Chris Beard

Photo © Frank Deblase (Rochester, NY)

« La femme est au centre de mon inspiration »

• Chris Beard, guitariste, chanteur et songwriter, a de qui tenir point de vue talent. Il est le fils du célèbre guitariste Joe Beard. Il était en tournée en Europe en mars 2016 et ce fut un plaisir de le rencontrer avant deux concerts, l’un à Liège en Belgique et l’autre à Heerlen en Hollande. Il s’est prêté avec complaisance à l’interview.

Que pensez-vous de cette tournée ?

« Cette tournée est fabuleuse. Je n’ai pas pu venir avec mes partenaires habituels, car c’est trop coûteux, mais le groupe qui m’accompagne est de tout premier ordre. Renaud Lesire, le bassiste, un de vos compatriotes je crois, est tout simplement hors normes, efficace et bourré de talent. Les autres, Patrick Cuyvers aux claviers et Steve Wouters à la batterie sont du même niveau. Ils connaissaient mon répertoire sur le bout des doigts et d’emblée on était tous opérationnels. Quant au tourneur, Ray Bodenstein, il arrive à tout mettre en place sans délai et sans heurts, c’est un plaisir de travailler avec lui. Tous les concerts se sont fort bien déroulés, le public européen est merveilleux, bien plus respectueux des musiciens qu’en Amérique, rien que du bonheur. L’interaction avec les gens est primordiale. J’ai l’habitude d’aller jouer de la guitare dans le public et je cible les femmes… À chaque show, je m’assieds sur les genoux de quelques-unes d’entre elles et je chante pour elles. Les femmes sont très importantes, ce sont elles qui achètent les albums ou qui demandent à leur mari ou leur compagnon d’acheter les disques ! Tu sais, B.B. King m’avait dit, il y a longtemps : « Soigne bien les spectatrices, fais toujours quelque chose pour elles, toujours. Aussi longtemps que tu les soignes et que tu les rends heureuses, tout le monde sera heureux !» . Tout le monde est beau que ce soit intérieurement ou extérieurement, la beauté est un concept relatif et je ne vise pas seulement celles qui ont le profil de Miss America. En fait, je suis heureux de faire ce que je fais, de jouer de la guitare et de chanter, et j’aime partager… »

Vous êtes né à Rochester, New York ?

« Oui, dans l’’État de New York, dans la ville de la société Kodak, mais personne de ma famille, à ma connaissance, n’a travaillé pour cette boîte. Mon père, comme tu le sais, est Joe Beard, le chanteur/guitariste de blue. Mais toute la famille était très imprégnée de la musique gospel dans nos églises baptistes, j’ai un peu chanté dans la chorale de mon église. Tu connais les Campbell Brothers, l’un des principaux groupes de Sacred Steel ? Oui, bien sûr, eh bien je suis très lié avec eux depuis que je suis né. Un de mes meilleurs amis d’enfance est Carlton Campbell, le fils de Phillip. Il est le batteur des Campbell Brothers et il a produit mon dernier album en 2015 et y joue aussi. Dans mes proches, j’ai un frère qui chante et qui est multi-instrumentiste (drums, keyboards, guitare) et deux sœurs, dont l’une chante. »

Quand avez-vous commencé à jouer de la guitare ?

« J’ai commencé la guitare à l’âge de cinq ans. Il y avait plein de guitares dans la maison parce que mon père était guitariste et j’ai été exposé au blues dès ma naissance. Puis j’ai écouté Muddy Waters, Howling Wolf et tous ces gens-là  Et aussi Luther Allison et Buddy Guy, des amis de mon père. À une époque, il dirigeait le groupe de soutien de ces bluesmen, et chaque fois qu’ils venaient dans notre coin, ils passaient à la maison et j’ai été en contact direct avec eux. Et avec Matt “Guitar” Murphy aussi, qui était mon oncle, quelque part, car il était du même coin du Mississippi que mes parents, et chaque fois qu’il venait par chez nous, il me montrait plein de choses à la guitare. Albert King aussi et Luther Allison. J’ai subi un tas d’influences et des bluesmen renommés m’ont appris un tas de choses, dont la discipline pour tendre au maximum vers l’excellence et ne jamais baisser les bras, travailler et répéter. Ce que je continue à faire, jour après jour. »

Parlez-nous de vos débuts dans le show business

« Adolescent, dans la seconde moitié des années 70, j’ai commencé par jouer de la guitare rythmique dans des rock bands. On jouait de la soul type Motown surtout, de la soul soft qui plaisait aux filles qu’on voulait impressionner, mais aussi un peu de soul à la sauce Stax, plus hard, que nous préférions, et qui plaisait aussi aux filles mais moins que le style Motown, plus doux et sentimental. J’ai aussi joué dans le band de mon père et, aujourd’hui, mon style de guitare est une combinaison de tout ce que j’ai appris, les styles Stax et Motown, le R&B, la soul et le blues, et ma voix est forcément marquée par mes expériences dans le gospel. »

On vous a donné le surnom “Prince of the Blues” ?

« Je ne sais plus qui m’a donné ce surnom qui n’est pas mal du tout, hein ? Tu ne trouves pas ? Je voyage beaucoup, et ce surnom m’a été donné je ne sais plus où ni par qui ,mais je crois que cela a été à la suite de mon deuxième album , « Born To Play The Blues ». En tout cas, je l’ai gardé, car c’est original et personne d’autre n’y a pensé avant. Je suis le seul à le porter et j’y tiens beaucoup… C’est aussi sous ce surnom que je suis répertorié pour les droits d’auteurs chez BMI, Princeofblues Publishing. »

Photo © Douglas R. Lloyd (DRL~images)

Parlez-nous de vos enregistrements

« Mon premier album, « Barwalkin’ », a été produit par Johnny Rawls. Il y joue aussi de la guitare rythmique. Il est devenu et reste un de mes meilleurs amis. C’est sorti en 1997 sur J.S.P. Records à Londres, en Angleterre. Cet album a fait beaucoup pour moi et pour ma réputation. En effet, grâce à lui, j’ai été nominé pour un Award comme « Best New Blues Artist », or c’était mon premier album et je suis fort reconnaissant envers Johnny Rawls et John Stedman pour m’avoir offert cette opportunité d’accéder à la cour des grands. Ils m’ont permis de faire un départ en fanfare dans le show business. Et mon deuxième album est paru aussi sur JSP Records. Il portait le titre « Born to Sing the Blues » parce que c’est exactement ce que je suis. Il s’en est suivi une multitude d’offres de tournées et de participation à des festivals, aux USA d’abord, puis, il y a une dizaine d’années, j’ai fait ma première tournée européenne, en France, au Maxwell Café à Paris, c’était au printemps et c’était formidable ! Depuis, je suis régulièrement revenu en France, en Belgique, en Hollande… Mon troisième album est paru en 2005 sur Northern Blues Records sous le titre « Live Wire » et il rassemble des faces de concerts en live, un concert à Chicago, Illinois, et un autre à Grand Rapids dans le Michigan, et j’y ai ajouté des faces gravées en studio. Ainsi, on en a pour son argent ! Le suivant, « Who I Am and What I Do », est paru en 2010 sur Electro Glide. Cela s’est passé de façon bizarre. J’avais de quoi faire un album avec des morceaux que j’avais co-produits avec mon ami Ronnie Baker Brooks. À l’époque, je passais beaucoup de temps à Chicago et je cherchais à conclure un contrat avec une compagnie de disques. Je me produisais au Kingston Mines et j’y ai rencontré ces types qui étaient intéressés et on a fait un deal. Ils ont publié les faces en question sur leur label Electro Glide, mais ils n’ont pas accordé autant d’attention à la distribution que le disque le méritait. J’en ai fait beaucoup plus qu’eux grâce à mes connections avec le magazine Living Blues et avec un tas de stations de radio. Mais, même comme cela, l’album n’a pas fait de bruit, pas celui qu’il aurait dû faire néanmoins. Je suis persuadé que c’est un super album et je pense que je vais le re-éditer un de ces jours avec la promo qu’il mérite… À propos, mon père, Joe Beard , joue de la guitare rythmique sur un des morceaux. Pour moi, c’est un album important, autobiographique comme son titre l’indique, j’y raconte qui je suis et ce que je fais. J’adore le morceau titre et, globalement, tout le disque. Enfin, le tout dernier, paru en 2015, est intitulé « The Eye of the Witch » et il est paru sur mon propre label, Destin, l’œil de la sorcière. Oui, c’est au sens général. Mes parents sont originaires du Mississippi où on croit beaucoup à la sorcellerie, aux mojos, aux bons et mauvais sors, au vaudou, alors je suis moi aussi dans cet univers, je suis fasciné par toutes ces croyances et je voulais écrire des texte là-dessus. Par ailleurs, Carlton Campbell est batteur dans le groupe de son père Phillip mais il est aussi batteur pour moi, de temps en temps. Il joue sur cet album et en plus il l’a produit et il a fait un boulot fabuleux. »

Avez-vous connu le légendaire Son House ?

Oui, c’était mon voisin à Rochester, quand j’étais gamin. Je voyais ce vieil homme assis sur son porche dans un rocking chair, avec une bouteille de whisky et une guitare. Je n’avais pas la moindre idée de qui il était, mais, plus tard, mon père a enregistré avec lui et il m’a expliqué qui il était réellement. Moi, j’écoutais des bluesmen d’avant-guerre comme Robert Johnson, Huddie Leadbelly Ledbetter, etc. Et j’ai été impressionné d’avoir eu pour voisin un contemporain de Robert Johnson et célèbre en plus, sans le savoir. J’en ai voulu un peu à mon père pour ne m’avoir rien dit plus tôt mais c’est comme ça… Il est ensuite parti s’installer à Detroit, où il est mort (NDLR : en 1998) et je n’ai pas pu parler avec lui, ni lui demander des conseils. Quel dommage ! En 2009, j’ai décidé de lui rendre hommage dans un concert. Toutefois, mes musiciens favoris c’étaient Muddy Waters et Howling Wolf et aussi Luther Allison, un type formidable. Luther était très proche de mon père et, quand il était dans le coin, mon père m’emmenait voir son show et on allait dans les loges, il avait cette guitare bleue qu’il appelait Lucille et je me souviens, un jour, il me l’a flanquée dans les mains et m’a dit : « Allez, joue-en, motherf (NDLR : morveux) » J’en ai joué, et cela reste un de mes meilleurs souvenirs…

Photo © Lola Reynaerts

Composez-vous beaucoup ?

Oui, beaucoup. Des choses qui viennent du cœur, des tripes, de mes propres expériences et des relations que je noue avec des amis, des proches, les gens que je rencontre. Les femmes sont mon principal sujet d’inspiration, tu sais ce que je veux dire… Et puis il y a toutes sortes de blues, les blues des mauvaises nouvelles, ceux des bonnes nouvelles, les blues gais et festifs, ironiques, il y a des blues pour tout ce qui peut arriver dans la vie. T’es fauché ? T’as le blues. Tu es dans la déprime ? T’as le blues. Il y a le blues de la femme qui t’aime et est plus que correcte avec toi et celui de la virago, de la garce. La femme est au centre de mon inspiration, tu sais, les femmes contrôlent un paquet de choses, elles ne le réalisent pas toujours, mais elles ont le contrôle, mec, alors il faut faire avec…


À écouter

• « Barwalkin’ » – JSP Records CD288 (1997)
• « Born to Sing the Blues » – JSP Records CD2148 (2001)
• « Live Wire » – Northern Blues Records (2005)
• « Who I Am and What I Do » – Electro Glide Records (2010)
• « The Eye of the Witch » – Destin (2015)


Robert Sacré
Remerciements à John Stedman et Andrew Aitken (www.jsprecords.com)

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