Chroniques #58

Liz Mc Comb

Merry Christmas

GVE Productions – www.lizmccomb.com

Noël arrive ! Et la tradition veut – surtout aux USA – que tous les grands artistes célèbrent cette fête avec un disque qui lui soit consacré. Tous l’ont fait avec plus ou moins de bonheur : Elvis, James Brown, Sinatra, Hank Ballard, Mahalia Jackson, etc. J’avoue qu’habituellement je n’écoute même pas ce genre de chose. Mais là, il s’agit de Liz Mc Comb, la plus merveilleuse vocaliste actuelle dont je connais tous les disques. Celui-ci est très réussi. Accompagnée suivant les titres d’un piano (le sien ou celui de Cyril Duflot Verez), d’un orgue, d’une guitare ou basse, de drums sur deux titres et de son percussionniste habituel Philippe Makaia, elle donne vie et chaleur à ce répertoire mélant les gospels et les chants traditionnels : Joy to the World ou Walk in the Light sont de véritables rayons de soleil. Un disque apaisant, tout simplement beau, et qui devrait toucher un large public. – Marin Poumérol


James Armstrong

Blues Been Good To Me

Catfood Records CFR-025 – catfoodrecords.com

Catfood Records, à l’image des nombreux disques de son représentant le plus fidèle, Johnny Rawls, nous a habitués à un registre plutôt soul/blues. Néanmoins, au catalogue, on retrouve déjà deux CD de James Armstrong, « Blues at the Border » en 2011 et « Guitar Angels » en 2014 clairement blues. Pour ce troisième opus sur le label de notre ami Bob Trenchard à El Paso, Texas, la co-production avec Johnny Rawls se fait clairement sentir. On sort très nettement du registre strictement blues dans lequel évolue habituellement James Armstrong pour s’orienter avec une réussite absolue vers des chemins beaucoup plus soul/blues, même si le blues stricto sensu représente la majeure partie des titres. Le leader à la guitare, à la slide et au chant est en cela aidé par un orchestre de haute tenue, une section de cuivres remarquable et des chœurs auxquels participe d’ailleurs Johnny Rawls. Huit des dix faces de l’album sont écrites par Armstrong, mais les interprétations de Addicted To Love (Palmer) et How Sweet It Is To Be Loved By You (Holland, Holland et Dozier) s’intègrent à merveille dans un répertoire d’une grande homogénéité. Tout ici est excellent : compositions, chant, rythmique, cuivres, jeu de guitare de James Armstrong posé et inventif, atmosphère, arrangements ; jusqu’à la pochette du disque et cette photo d’un artiste qui semble sourire avec sérénité, comme s’il savait qu’il vient de réussir là le meilleur album de sa carrière – et pour nous, à l’évidence, l’un des tous meilleurs albums de cette année 2017. – Marcel Bénédit

 


Sous la houlette de Peggy Brown, qui dirige l’agence Hit The Road à Ridgeland dans le Mississippi, deux artistes qui témoignent de la vitalité de la scène musicale sudiste sont distingués avec la sortie de leurs albums.

Jamell Richardson

How I Wanna Blues

Ce natif de Meridian fait ses premières armes au sein de sa congrégation aux côtés de sa famille, puis rejoint les prestigieuses formations de Rance Allen, Paul Beasley, Donnie McClurkin, ou encore Marvin Sapp. En 2012, il quitte le répertoire sacré pour rejoindre la formation de l’une des vedettes de la soul sudiste, Mel Waiters. Le cinéma s’intéresse également à lui, puisqu’il est à l’affiche, en 2014, du biopic dédié à James Brown intitulé « Get On Up ». Dans ce dernier, il joue le rôle du guitariste et ami de l’icône de la soul, Jimmy Nolen. En 2014, il sort son premier album, « Gulf Coast Blues Boy » et se retrouve à l’affiche de nombreux festivals Outre-Atlantique. Fortement influencé par le jeu de son idole B.B. King, cette nouvelle session nous permet d’apprécier un artiste qui mélange habilement le blues traditionnel de ses prestigieux ainés avec une belle dose de Southern soul. À découvrir absolument.

Lady L

Nice ‘N Eazy

Celle qui se fait appeler la “Blues, Soul and R &B Dynamic Diva” signe ici un album qui a été produit par G.C. Cameron, l’ancien chanteur de groupe The Spinners. Avec une belle dose de groove, cette production intéressera en priorité les amateurs de musique urbaine que l’on retrouve dans les clubs le week-end dans la banlieue d’Atlanta. – Jean-Luc Vabres

 


Kim Wilson

Blues and Boogie Vol.1

Severn CD 0070 – severnrecords.com

Kim Wilson, membre fondateur des Fabulous Thunderbirds – une formation née au milieu des années 1970 et à laquelle il collabore toujours – est un excellent chanteur et un remarquable harmoniciste. Son apprentissage se déroula en Californie sous la houlette de George “Harmonica” Smith et Luther Tucker. Le regretté James Cotton fut son mentor et ami. Son répertoire compte un nombre considérable de chansons (« plus de 500 », dixit Kim Wilson). Aussi n’a-t-il eu aucune difficulté pour confectionner ce florilège. Seize chansons sont au menu de ce superbe « Blues and Boogie Vol.1 ». L’ampleur du répertoire laisse augurer, bien sûr, de nombreux autres volumes (« Je peux enregistrer jusqu’à ma mort ! », affirme avec humour Kim Wilson) pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Quatre compositions originales côtoient des interprétations de titres de Jimmy Reed, Big Maceo Merriweather, Sonny Boy Williamson (Rice Miller), Elmore James, John Lee Hooker, Magic Sam, Jimmy Rogers… Le Mean Old Frisco de Lightning Hopkins est joué sur un tempo d’enfer. Teenage Beat, de Little Walter, reçoit un léger vernis rock ‘n roll sur lequel les parties de guitares de Billy Flynn et Big John Atkinson soutiennent à merveille l’harmonica de Kim Wilson. Blue and Lonesome, autre composition de Little Walter, se démarque de l’original : le tempo est ici un peu plus lent et la version est gorgée de feeling. Écoutez Searched All Over dont Wilson est l’auteur, où le piano du regretté Barrelhouse Chuck répond à la perfection à la guitare slide de Billy Flynn ; on pense à Little Johnny Jones et Elmore James. Une référence ! Un must pour tous les amoureux de Chicago blues qui attendront avec fièvre un second volume. – Gilbert Guyonnet


Dee Dee Bridgewater

Memphis… Yes I’m Ready

DDB Records/ Okeh/Sony Music 8898540612

Miss Bridgewater est bien sûr la grande chanteuse de jazz mondialement connue et appréciée que l’on connaît, mais elle a voulu se faire (enfin) plaisir et retourner à ses sources, Memphis, où elle est née en mai 1950 et à une enfance bercée aux sons de Stax et Hi Records. Elle a investi les Royal Studios de Lawrence “Bo” Mitchell (fils/héritier de Willie Mitchell) et, entourée de musiciens imprégnés de l’esprit « Memphis soul », dirigée par son manager perso (sa fille ainée Tulani), elle s’est éclatée dans un répertoire soul qui fait une place au gospel avec une belle version, avec chœur, du (Take My Hand) Precious Lord de Thomas A. Dorsey. Le blues est présent aussi avec des versions très soul et arrangées sauce Bridgewater du Going Down Slow de St Louis Jimmy, de The Thrill Is Gone de Roy Hawkins (mais encore plus connu grâce à B.B. King) et le Hound Dog de Leiber-Stoller popularisé par Big Mama Thornton. Pour le reste, on est bien dans une Memphis soul dépoussiérée et modernisée avec, entre autres le Can’t Stand The Rain d’Ann Peebles et Don Bryant, The Sweeter He Is d’Isaac Hayes et David Porter, Yes I’m Ready de Barbara Mason ou Why Am I Treated So Bad de Roebuck Pops Staples… Et même le rock’n’roll de Memphis est présent avec un Don’t Be Cruel que ne renieraient pas Elvis Presley ni Otis Blackwell, les compositeurs. Une belle pièce dans la discographie très étoffée de la chanteuse. – Robert Sacré


Marquise Knox

Black and Blue

Autoproduction – marquiseknoxblues.com

On se souvient du jeune prodige de Saint-Louis (Missouri) qui a enregistré son premier album « Man Child » en 2010 au studio Blue Heaven à Salina, Kansas, chez APO – le label de Chad Kassem – alors qu’il n’avait que seize ans. L’album a été enregistré avec le célèbre guitariste Michael Burks et son groupe. La sortie a été acclamée dans le monde entier, obtenant le prix du meilleur premier artiste de Living Blues et une nomination au prix Blues Music du meilleur premier album. Après quatre albums (dont deux vinyles d’excellente facture au son impeccable) chez APO, Marquise Knox se lance dans l’auto-production avec « Black and Blue », album live enregistré en avril 2016 au Bowlful of Blues à Newton (Iowa). Marquise Knox affiche une maturité bluffante et une maîtrise technique digne des plus grands qu’il a affectionnés pendant sa brève adolescence musicale : B.B. King, Muddy Waters et bien sûr le Wolf. Cet opus contient treize titres originaux à l’exception de Commit A Crime de l’immense Chester Burnett qu’il revisite avec bonheur avec un harmonica aérien, et une version envoûtante de Blues Man de Skip James. Mention spéciale dans son band homogène au brillant Gus Thornton, l’ancien bassiste d’Albert King. Parmi des titres de valeur égale, citons les ballades Sweet Smell, You Keep Asking Me et Shine In The Rain au tempo mi-lent dans lesquelles Marquise Knox à la voix chaude et au timbre légèrement marqué excelle. Can A Young Man Play The Blues est l’occasion d’apprécier son jeu guitare assez magique. Le dernier titre de l’album, One More Reason (To Have The Blues), mettra tout le monde d’accord : Marquise Knox est bien le digne héritier d’une longue série d’artistes majeurs de la musique afro-américaine. – Philippe Prétet


Andrea Marr

Natural

AM 2017 – www.andreamarr.com

La ressemblance physique de cette chanteuse de Melbourne avec la Tina Turner des années 60/70 saute aux yeux. Mais la comparaison va au-delà. Andrea Marr écrit d’excellentes chansons, comme les ballades Grateful et That’s Where Love Ends, venues en droite ligne du gospel. C’est aussi un volcan en éruption, sur Force of Nature, Let’s Take it to the Bedroom, ou Real Good Man qui roulent des mécaniques et dont les titres parlent d’eux-mêmes. Les deux reprises de l’album situent ses influences : Aretha Franklin, avec Rock Steady, Marva Whitney et le funk à la James Brown sur What Do I Have To Do. Accompagnée de son ensemble de huit musiciens, les Funky Hitmen, cette interprète née au Sri-Lanka, avant d’émigrer en Australie à l’âge de 14 ans, casse la baraque. Si Andrea Marr semblait jusque-là être un secret bien gardé en Australie où elle a déjà publié sept albums depuis ses débuts en 1999 et glané de multiples récompenses, ce « Natural » devrait logiquement lui faire gagner un plus vaste auditoire à travers le monde. – Dominique Lagarde


Kings & Associates

Tales Of A Rich Girl 

Big Wing Records – www.kingsandassociatesmusic.com

Depuis 2014 et leur premier album (« Red Dress »), ce groupe australien s’est bâti une solide réputation dans son pays mais aussi aux États-Unis où il enregistre ses albums. Dans ce second opus, on retrouve la chanteuse Angela “Angie” Portolesi ainsi que Benjamin Cunningham (chant et guitares), Stephen Portolesi (basse, guitare), Kelvin Sugars (dms), Louie Higuera (piano et Hammond B3 bien en évidence dans Evergreen), Eleanor Masterson (violon, mandoline : God Bless Mamma…).Toutes les faces ont été composées par le couple Portolesi et les paroles sont inspirées par leurs expériences personnelles. On démarre avec un superbe blues lent, Truth Be Told, inspiré par la mort d’un ami proche. Peace X Peace n’est pas en reste, c’est un gospel blues en slow dont le refrain Pray For Me a été écrit par le regretté Reverend Cleophus Robinson de Saint Louis. Dans la même veine, il y a aussi le très émotionnel 1000 Ways et encore Tales Of A Rich Man (en live et en acoustique), une réponse bluesy en slow au titre éponyme. À noter quelques faces R&B plus rapides comme Deadwood, le déjanté Charlie B ou le très musclé All That’s Good. – Robert Sacré


À l’heure des revivals survitaminés concoctés dans des studios new yorkais et des come back plus ou moins opportunistes, il est agréable de découvrir des productions authentiques aux antipodes des sonorités contemporaines et respectant les canons du genre. C’est ainsi que le label Blue Lotus nous propose ses deux dernières productions.

Roland Johnson

Imagine This

Blue Lotus BL 01 – www.bluelotusrecordings.com

Il aura fallu que Roland Johnson patiente jusqu’à l’âge de 68 ans pour enregistrer son premier album. Très actif sur la scène de St Louis (Missouri) puisqu’il se produit chaque semaine au Beale (701 S. Broadway), il doit sa chance à la rencontre des musiciens/compositeurs Paul Niehaus IV et Kevin O’Connor. Le style se veut volontairement ancré dans la grande tradition de la Soul sudiste, sans pour autant tomber dans un passéisme béat. Il n’y a pas ici de samples et le vieux Wurlitzer remplace avantageusement les synthés, alors que l’ensemble paraît avoir été enregistré live en studio. Des influences diverses parcourent les dix titres du présent CD. À commencer par ces deux duos avec la chanteuse Renee Smith, dont Promised Land qui rappelle un peu le Soulshake de Peggy Scott & Jo Jo Benson, ou encore ces uptempos Keep On Dancin’, Yours And Mine où s’illustre un efficace quatuor vocal féminin. Difficile, aussi, de ne pas craquer sur la ballade Ain’t That Loving You dont les arrangements et l’interprétation sont dans le droit fil des aînés comme James Carr. L’éclectisme est au rendez-vous puisque figure même un rock & rollisant Imagine This avec le sax hurleur de David Gomez.

Gene Jackson

1963

Blue Lotus BL 02 – www.bluelotusrecordings.com

Gene Jackson, qui est un peu plus jeune (57 ans), semble avoir suivi le même parcours que son colistier. Le style est enlevé, la voix puissante trouve sa pleine expression dans les ballades comme Ain’t No Way, You’re Gonna Get Hurt ou 1963 qui n’est pas autobiographique mais dégage une certaine nostalgie d’une époque où Luther King et Kennedy étaient encore vivants et où l’on manifestait pour les Droits Civiques. La présence du saxophoniste Mark Huth, qui s’exprime à la manière de Clarence Clemmons, fait que Married At The Station ressemble à certains titres de Bruce Springsteen tandis que Rag Doll à des allures de ballade pop anglaise et que Voodoo Girl est un hommage appuyé au zydeco.

Il est à noter – sans savoir s’il s’agit d’une volonté délibérée – que les deux albums ne comportent aucune reprise, ce qui en fait aussi l’intérêt. Enfin, Roland, Gene et Renee Smith (qui devrait bientôt enregistrer son propre album), se présentent comme étant une « Soul Revue » et regardent du côté de l’Europe. Alors… Porretta Soul ? À bon entendeur ? – Jean-Claude Morlot


Peter Ward

Blues On My Shoulders

Gandy Dancer Records/ Mark Pucci Media

Chanteur/guitariste, Ward est basé à Boston, MA et, pour son nouvel album, il s’est entouré de partenaires réputés. Ainsi, dans le titre éponyme Blues On My SHoulders on retrouve, entre autres, l’harmoniciste Sugar Ray Norcia, le pianiste Anthony Geraci et le guitariste Monster Mike Welch. Ces deux derniers sont aussi présents dans d’autres faces punchy comme les excellents What Can I Do To You ? et On The Ropes, tandis que Norcia, de son côté, pousse She Took It All, Drumming Willie et Collaborate (où, en plus, il chante). Ce n’est pas tout, puisque Ronnie Earl (gt) et Sax Gordon Beadle (sax) contribuent avec gusto aux vitaminés It’s On Me et l’instrumental On The Ropes. On retiendra aussi les deux faces boostées par Rusty Scott à l’orgue Hammond B3 : l’instrumental bien enlevé Southpaw (style Bill Doggett) et le blues lent A Little More (avec Peter Ward gt,vo ; Sax Gordon, sax), ainsi qu’une face au délicieux parfum country, Colletta, où Eric Kilburn nous gratifie d’une belle partie de mandoline. – Robert Sacré


Bruce “Mississippi” Johnson

The Deal Baby

Autoproduction – brucemississippijohnson.com

Belle découverte que la personnalité et le talent de Bruce Lester Johnson, chanteur originaire du Mississippi comme son surnom l’indique. Découverte, pas tant que cela, car il faisait partie de la Blues Caravan de Big Joe Turner et a également vécu de nombreuses années en France (il a même participé à The Voice) avant de s’installer en Grande-Bretagne. La particularité de Bruce Johnson, outre sa voix grave, est son talent pour l’écriture. L’album contient dix compositions de grande qualité, dans lesquelles il se révèle en véritable conteur. L’ambiance générale du disque apporte à la scène actuelle, avec ce groove particulier qui nous avait rendus si dithyrambiques à la découverte du premier album de Mighty Mo Rodgers : ce CD est du même tonneau de ce point de vue. Lui qui a pas mal évolué dans les registres jazz et soul s’inscrit ici dans un blues totalement assumé (comme il le dit sur I Can’t Shake The Blues). Les arrangements sont remarquables et l’apport du co-réalisateurteur de l’album, Johan Dalgaard, aux claviers, un plus évident. Tous les titres sont de haute tenue et on se régale à écouter et réécouter cet album très original. – Marcel Bénédit


Leonard Griffie

Better Late Than No Time Soon

Pangoboy – www.leonardgriffie.com 

Chanteur, guitariste et compositeur, Griffie a du répondant. Ses racines sont blues, mais il est ouvert au jazz, au R&B et à la soul. Il le démontre tout du long dans cet album, avec le soutien de partenaires au top : Doug McAlister (bs), Mark Stever (dm), Michael Vannice (p, orgue), Gordon Grenley (sax) et Randy Scherer (tp). On est d’emblée dans l’ambiance blues/R&B avec de bien rythmés Look M In The Eye, I’m Not Like That, avec une mention toute spéciale pour You Done Stepped In It Now et Goin’ Downhill. On a aussi des parenthèses plus soul (le morceau titre de l’album ou I Got News et Ain’t No Happy Home, tous trois en slow et l’instrumental Up And At End plus enlevé et porté par la guitare de Griffie et le B3 de Vannice). Tout le reste va dans le même sens, sans temps mort, le plaisir d’écoute est là de bout en bout. – Robert Sacré


Nicole Willis
& The Umo Jazz Orchestral

My Name Is Nicole Willis

Perse 002 – https://nicolewillis.com/

Chanteuse originaire de Brooklyn mais établie en Finlande, Nicole Willis affichera en 2018 déjà 35 ans de carrière. En France, c’est avec « Keep Reachin’ up » que le grand public la découvre en 2006. Ce nouvel album, son dixième en solo, la fait entendre entourée d’un orchestre finnois de 18 musiciens. Un véritable big-band avec lequel elle interprète des chansons écrites à plusieurs mains, dont celles régulières du guitariste Pete Toikkonen. Pour autant, Nicole Willis reste fidèle au style qu’on lui connaît, entraînant avec elle l’orchestre vers des horizons tantôt rudes, tantôt nuancés. Au printemps dernier, elle annonçait la fin de sa collaboration avec le groupe instrumental des Soul Investigators. Des chansons composées en leur compagnie, réarrangées par Jimi Tenor, apparaissent néanmoins ici. Le musicien charismatique et controversé Ian F Svenonius se fait entendre comme récitant sur les titres d’ouverture et de clôture. Lancé par des titres rapides comme Break Free ou Do the Watusi, l’album s’éloigne sensiblement d’une soul formatée, à partir de la ballade No Child Denied, pour prendre une tournure plus conceptuelle et sociale. Une artiste à l’empreinte reconnue, toujours désireuse de la confronter à des environnements musicaux différents. – Dominique Lagarde


Various Artists

The Blues Masters : An Italian Tribute

Blues Made In Italy CD006 – www.bluesmadeinitaly.com

Le blues est considéré dans la péninsule italienne comme un véritable phénomène culturel que l’on peut envier à nos amis transalpins. La scène blues italienne rayonne par son dynamisme et sa diversité. Il suffit de consulter la liste pléthorique des concerts pour se rendre à l’évidence. Pour entretenir cette dynamique, l’association « Blues Made In Italy », sous la houlette de Lorenz Zadro (brillant guitariste acoustique), organise des évènements autour de la musique afro-américaine. Cet album participe de ce mouvement spontané. Il s’agit d’un vibrant hommage enregistré par le gratin de la scène blues italienne en référence aux légendes du blues. Vingt morceaux qui ont l’ambition de couvrir le large champ du blues depuis Arthur “Blind” Blake jusqu’à la regrettée Koko Taylor, en passant par Freddie King. Quatre vingts minutes de pur blues tant en acoustique qu’en électrique. L’accueil réservé par les musicien(nes) italiens(nes) à ce projet ambitieux et par les amateurs a été immédiat. Plusieurs prises sont inédites. La qualité artistique est au rendez-vous. L’aura de l’association devrait permettre aux musiciens de se faire connaitre au-delà des réseaux sociaux. Certes, les musiciens actuels s’approprient tous à leur façon les textes et leur interprétation est forcément personnelle, mais l’important est ailleurs : c’est de « l’esprit du blues » dont il s’agit, ce fameux « supplément d’âme » qui transcende un morceau en une véritable petite perle. Notre excellent confrère et ami Marino Grandi, rédacteur en chef du magazine italien IL BLUES consultable sur le web, a rédigé les notes de pochette. Attention, la diffusion est restreinte ! Le CD est paru en édition limitée à trois cents exemplaires dont 10 % des bénéfices sont reversés à une association en charge des victimes des séismes qui ont frappé l’Italie. Un grand bravo à nos amis italiens pour leur démarche pédagogique qui est ancrée dans une profonde tradition musicale fondée sur le partage et l’humanisme. – Philippe Prétet


James Kakande

Electro Magnetic Love Thing

PJCD027 – www.peppermint-jam.com

Dans son quotidien comme dans ses chansons, James Kakandé est un mec cool. Porte-parole d’un style de vie pacifiste, de philosophie humaniste, de véganisme. Un bobo, voir un baba, dirait-on chez nous en classant l’affaire. Sa musique métissée, emprunte à la soul, au funk, au rap, au jazz et au reggae. Des styles qu’il arrive à fondre dans ses 11 créations, reflets de l’atmosphère des villes qu’il a parcourues, et des cafés où il s’est produit avec sa guitare. Cet album aurait pu être enregistré au début des années 90, à l’aube d’un courant naissant de world music à tendance pop. Il l’est aujourd’hui, vingt-cinq années plus tard et porte le témoignage que les grandes préoccupations restent identiques. Au sein du groupe régulier qui accompagne James Kakandé, le batteur Sly Dunbar est invité sur I Love You. Chanteur, James Kakandé rappelle Garland Jeffreys ou Eagle- Eye Cherry et leur voix douce-amère. Musicien, il s’essaie aussi à la basse et au piano. Auteur-compositeur, il livre des chansons concises, simples et sans artifice. – Dominique Lagarde


Samantha Fish

Belle Of The West

Ruf Records Ruf 1248 – www.rufrecords.de

Ce tout dernier opus de la chanteuse/guitariste Samantha Fish (le deuxième chez Ruf Records en 2017 après « Chills & Fever », dans un style soul et blues rock) a une très forte coloration North Hills of Mississippi. Dame ! Il a été enregistré à Independance, MS, et il est produit par Luther Dickinson (présent en plus à la guitare et mandoline). Parmi les autres accompagnateurs on retrouve, entre autres, le guitariste Lightnin’ Malcom (ex R.L. Burnside présent indirectement ici avec une bonne version de son Poor Black Mattie), Jimbo Mathus (fender rhodes, hca, vo et compositeur du titre éponyme Belle Of The West) et la fille d’Othar Turner, Sharde Thomas (fifre, dms, vo) dans American Dream et ailleurs. On retrouve aussi Lillie Mae Rische (violon, chant) dans Blood In The Water, Need You More et sa propre composition Nearing Home. Samantha Fish, décidément très douée, a composé 8 des 11 faces dans cet esprit Mississippi blues (chapeau !) et elle est totalement en phase avec ses partenaires (Cowtown, Daughters, Don’t Say You Love Me, No Angels, sans oublier un superbe Gone For Good « endiablé ». Samantha Fish a eu une superbe idée en retournant aux sources du Blues dans le Mississippi. Elle se démarque comme une artiste majeure du blues contemporain avec une solide assise dans la tradition. – Robert Sacré


The Original Blues Brothers Band

The Last Shade of Blue Before Black

Severn CD 0071 – severnrecords.com

Quelques repères historiques. 1978 : le show télévisé des Blues Brothers (Dan Ackroyd et John Belushi) apparaît sur NBC-TV’s Saturday Night Live. 1980 : sortie du film hollywoodien éponyme ; à cette occasion le Blues Brothers Band effectue une tournée mondiale pour la promotion du film. 1988 : après quelques années de sommeil, l’Original Blues Brothers Band reprend du service. Trente ans plus tard, cet orchestre enregistre et tourne encore avec toujours à la barre le guitariste Steve Cropper et le saxophoniste Lou Marini ; il manque le regretté bassiste Donald “Duck” Dunn disparu en 2012. L’OBBB a toujours existé sous la forme d’une revue, c’est-à-dire un noyau orchestral qui maîtrise tous les styles de la musique africaine-américaine (Jazz, Blues, Rhythm & Blues, Soul et Funk) et accompagne divers chanteurs. Avec ce nouveau CD, on ne déroge pas à la règle : arrangements impeccables au service des chanteurs, tel l’ancienne star Stax Eddie Floyd. Celui-ci reprend son tube de 1967 On A Saturday Night, le funky Itch and Scratch popularisé par Rufus Thomas. Il donne une magnifique interprétation de la composition de Dan Penn You Left the Water Running, chanson difficile quand on a en tête les versions de Wilson Pickett, Otis Redding et Sam and Dave. Eddie Floyd rend hommage à James Brown avec sa propre composition Don’t Forget About James Brown. Joe Louis Walker a été invité sans sa guitare, il chante une version Don’t Go No Further (Willie Dixon) enjolivée d’un solo de guitare de Matt Murphy, un des membres originaires de l’orchestre. La revue fait un clin d’œil à La Nouvelle-Orléans grâce à la voix et au piano du “Nite Tripper”, Dr. John. Voilà une revue variée, bien agréable à écouter. – Gilbert Guyonnet


Albert Castiglia

Up All Night

Ruf Records Ruf 1249 – www.rufrecords.de

Né à New York en 1969, Albert Castiglia apprend la guitare dès l’âge de 4 ans à Miami où ses parents se sont installés. À 12 ans, il joue dans des concerts locaux et, en 1990, il devient pendant 7 ans le guitariste chanteur du groupe Miami Blues Authority. Puis en 1997, c’est le tournant de sa carrière avec une audition par Junior Wells. Il devient alors le guitariste principal et permanent du Hoodoo Man’s Band de Wells. Mais celui-ci décède en 1998. Son groupe reste soudé pour ouvrir les spectacles de Sandra Hall. En 2002, il commence une carrière solo et sort un premier album chez Blues Leaf Records. Quatre autres albums suivront puis en 2014, il signe chez Ruf Records. Un album live en 2015, « Big Dog » en 2016 et voici donc cette année « Up All Night ». La base du groupe est un trio avec Albert à la guitare et au chant, Jimmy Pritchard à la basse et Brian Menendez à la batterie. Il y a des invités comme Mike Zito au chant et à la guitare et qui est aussi le producteur du disque, et Sonny Landreth à la slide. À noter une belle reprise, Woman Don’t Lie de Luther “Snake Boy” Johnson, musicien qui semble bien injustement oublié aujourd’hui ! Le résultat est un album de blues-rock qui frappe fort. Tout y est, une voix qui enflamme chaque titre, un jeu de guitare d’une rare puissance soutenu par son duo super efficace. Et avec les invités, le son est encore plus brut. L’ambiance est très rock’n’roll, mais le dernier morceau revient à un blues plus classique et plus calme joué à l’acoustique. En conclusion, un disque dont la dynamique et la prestation sont brillantes. – Robert Moutet


R.L. Boyce

Roll and Tumble

Waxploitation – waxploitation.com

Après le remarquable album « Live From The Circle Bar » (voire ABS Mag #57) enregistré à La Nouvelle-Orléans en février 2017, R.L. Boyce remet le couvert pour nous faire déguster un met savoureux. A priori, on aurait pu craindre un plat réchauffé puisque quatre titres de cet album doublonnent avec le LP « Ain’t The Man’s Alright » paru en 2013. À la réflexion, le choix de Waxploitation de reprendre ces titres n’en parait que plus pertinent car la première parution en vinyle chez Sutro Park (label californien) s’adressait exclusivement à un public averti disposant d’un tourne-disque… Ce qui n’est pas forcément le cas de tous les amateurs, et ce même si le vinyle effectue un come-back tonitruant dans les bacs des disquaires. Autrement dit, l’ouverture à un public plus large de la musique de R.L. Boyce est de bon augure. Pour preuve, sa récente tournée en Grande-Bretagne et l’intérêt des medias généralistes d’Outre-Manche devraient faire du bien à la vente de ses albums de ce côté-ci de l’Atlantique. C’est tout le mal qu’on lui souhaite. On retrouvera donc ici avec plaisir Luther Dickinson (production et guitare), Ligthnin’ Malcolm (g), Andre Otha Turner (b et d), le regretté Calvin Jackson père et le brillant fils Cedric Burnside (d). Bien sûr, l’influence de R.L Burnside est omniprésente dans l’œuvre de R.L. Boyce. Comment pourrait-il en être autrement lorsqu’on connait leurs liens d’amitié issus de leurs racines communes ? La bourgade de Como (Ms) a été un creuset pour tant d’artistes qu’il a fréquentés jadis, incluant notamment Fred McDowell, Ranie Burnette et un certain Othar Turner avec lequel il a enregistré quelques faces sublimes au fifre. Un titre emblématique comme Going Down South symbolise à lui seul tout l’ADN des musiciens des collines du nord du Mississippi. Hormis l’emblématique Poor Black Mattie qui renvoie en filigrane à la regrettée Jessie Mae Hemphill, citons Roll and Tumble, titre déclamatoire et hypnotique qui résument à eux seuls l’ambiance électrique de l’album enregistré sur la terrasse de R.L. Boyce ainsi qu’en studio à Hernano (Ms). Bref, voici un des meilleurs albums d’un artiste majeur de Hill Country Blues. – Philippe Prétet


Various Artists

Howlin’ At Greaseland

West Tone WTR CD-1708

La pochette, qui ressemble beaucoup à celle du « Rocking Chair Album » d’Howlin’ Wolf (Chess) et le titre mettent la puce à l’oreille. Voilà un « tribute album » consacré à l’un des plus grands bluesmen, Chester Burnett “Howlin’ Wolf”. Qui ose s’attaquer à un tel immarcescible monument ? On se rassure en découvrant au verso de la pochette les musiciens impliqués dans ce projet : les harmonicistes Rick Estrin et Aki Kumar, les talentueux guitaristes Rockin’ Johnny Burgin et Kid Andersen (le maître de céans, puisqu’il est aussi le propriétaire du studio californien Greaseland où a été enregistré ce disque), le pianiste Jim Pugh (longtemps partenaire de Robert Cray) et l’un des meilleurs batteurs actuels, Derrick D’mar Martin. Une fois l’orchestre rassemblé, il a fallu choisir les chanteurs. La gageure est réussie. Le vétéran (92 ans) chanteur-pianiste Henry Gray, plusieurs années durant musicien de Howlin’ Wolf, brille dans une interprétation intimiste de Little Red Rooster en duo avec la guitare de Kid Andersen. Taildragger fait son numéro d’imitation du maître. La lecture de Meet me in The Bottom que donne le chanteur Alabama Mike, est excellente. Mais la réussite du CD, ce sont les trois titres que chante le cousin d’Eddie Boyd, John “Blues” Boyd. Nous avions découvert ce chanteur avec le remarquable CD « The Real Deal » (Little Village Foundation). Ici, dans le répertoire du Loup, il est magnifique : voix puissante, souple, sans afféterie. L’artiste ne cherche jamais à imiter l’inimitable. Ses interprétations de Smokestack Lightnin’, Ridin’ In The Moonlight et Spoonful sont ce qui se fait de mieux dans le blues contemporain. Enfin, à noter qu’entre les prises les musiciens se remémoraient leurs souvenirs personnels ; Kid Andersen eut la bonne idée de laisser les micros ouverts. Ainsi découvrons-nous quelques anecdotes sur Howlin’ Wolf… Gilbert Guyonnet


Jimmy Carpenter

Plays The Blues

Vizztone 2017 – www.vizztone.com

La première fois que j’ai vu Jimmy Carpenter, c’était avec les Roadmasters, l’orchestre qui accompagnait Walter “Wolfman” Washington. L’homme-loup était pâle, exsangue. Une méchante anémie qui le laissera inerte dans un coin de scène du Parc Gamenson de Perigueux au troisième morceau du concert. Au débotté, Spencer Bohren assurait un intérim aussi bienveillant que léger en apparence. Une continuité de spectacle pour masquer les enjeux de la coulisse. Dedans, l’heure était grave, et dehors la musique paraissait légère. Un apaisement de façade. Chahutée par les événements, la section de cuivres menée par Jimmy tenait la baraque et sauvait le show. On repensera souvent par la suite à ces moments d’inquiétude transitoire – aux dernières nouvelles Walter se porte bien – et aux liens qu’ils ont générés. La rencontre le lendemain avec Plas “Pink Panther” Johnson et l’impression de fraternité de musiciens de l’ombre qu’elle donnait, la découverte du groupe des 101 Runners un soir de Voodoo Festival et les journées en studio à New Orleans pour l’enregistrement du disque « Walk Away », support qui constituera la trame d’une soirée périgourdine avec toute l’équipe – Papa John Gros, John Fohl, Erica Fall… et ce devant plus de deux mille spectateurs. Trois ans plus tard, la nouvelle mouture nous ramène à nombre de ces moments. « Plays The Blues » est indéniablement une manière de payer son dû et de mettre en exergue le cheminement propre d’un musicien de musiciens, plus souvent sollicité par les concerts et les sessions des autres. Juste retour des choses, c’est l’ancien boss de Jimmy, le chanteur guitariste Mike Zito, qui produit le disque. Un florilège de guitaristes se joint à lui pour apporter son tribut. Tinsley Ellis fait le Freddy King dans Surf Monkey, le prometteur John Del Toro Richardson lâche quelques notes bien senties avant le growl du ténor de Blues With The Feeling et Andy Osborne accompagne avec grâce sur A Change is Gonna Come. Sans prolixité ou autre effet démonstratif superflu – à l’image d’un titre éponyme que n’aurait pas renié maître Plas – l’album dévoile un « feeling de sérénité » du meilleur aloi. – Stéphane Colin


Chris Daniels and the Kings
with Freddi Gowdy

Blues With Horns Vol.1

Moon Voyage Records 

La pochette de ce disque est originale et jolie : carton découpé en forme d’accordéon de façon que, une fois déplié, on découvre les musiciens en relief sur une scène. Tel un livre animé. Cela donne envie d’écouter le contenu. Voici le quinzième disque de Chris Daniels and the Kings, orchestre qui fête ses trente-trois ans d’existence ! D’innombrables tournées autour du globe (dont vingt et une en Europe !) saluent la qualité de cette formation très cuivrée. Le leader Chris Daniels, réchappé du cancer, est professeur assistant à l’Université de Denver, Colorado. Il a accompagné Francine Reed, les Drifters, les Platters, Bo Diddley, Percy Sledge, Bonnie Raitt… Il joue de la guitare, chante et compose. Ses influences vont de Bobby Blue Bland à Walter “Wolfman” Wasington en passant par Clarence “Gatemouth” Brown. Il a composé un menu Soul et Funk à base de deux des ses compositions sur lesquelles il chante (Sweet Memphis et Rain Check de style très americana) et de reprises de Sam Cooke (Soothe Me Baby), d’Elvin Bishop (le très blues Can’t Even Do Wrong Right) et de Johnny “Guitar” Watson (Baby’s In Love With The Radio et You Can Stay But That Noise Must Go). Ce répertoire est bien chanté par Freddi Gowdy à la voix plus chaude que celle de son leader. Sonny Landreth et sa guitare slide ont été invités, c’est un gage de qualité. – Gilbert Guyonnet


Luther Allison

A Legend Never Dies

Ruf Records Ruf 2031 (LP Boxset) / Ruf 1243 (CD Boxset) – www.rufrecords.de

 

Comme un « apéritif » avant le festin… le single Ruf 4017 et ses deux titres – face A, You Can’t Always Get What You Want) enregistré en juillet 1997 et représentant le dernier titre de Luther Allison capté en studio, face B, Night Life enregistré live le 27 novembre 1977 au Cultural Center Oosterpoort de Groningen, Holland – ne faisait, lorsque nous l’avons reçu, que nous mettre en appétit… Belle idée de Ruf Records, car après avoir goûté à ce son si reconnaissable et si bien rendu sur le microsillon, comment ne pas avoir envie de découvrir et posséder ce qui allait suivre ? Dans la foulée, Ruf Records aller publier un coffret somptueux entièrement consacré au bluesman de Chicago, en version LP et CD, et en édition limitée à 1000 exemplaires pour le coffret LP et 1500 en CD (dans lequel le single inclus)…

Pour beaucoup d’amateurs de blues, Luther Allison occupe une place à part, car il a donné envie – à la fin des années 70 – à beaucoup d’entre nous d’aller aux concerts et acheter des disques. Pour ma part, la première fois où je l’ai vu sur scène, ce fut un vrai choc. C’était en 1980 au Printemps de Bourges, en final d’une soirée où Eddie Boyd ouvrait, puis Sugar Blue enchaînait avec son blues urbain sophistiqué, et enfin cet « ovni » arriva sur scène. Luther Allison, élégant, dont la voix et la guitare semblaient ne jamais se répéter. Il offrit un concert de plus de 2h30 lors de cette « Nuit du Blues » là, terminant le show, après plusieurs rappels, ruisselant de sueur, ayant tout donné à son public. Je m’en souviens comme si c’était hier, car il fut impossible de trouver le sommeil après cela. Juste attendre le lendemain pour acheter ses deux premiers albums Motown et les écouter en boucle, encore et encore… J’avais 18 ans et découvrais – après la découverte des microsillons depuis quelques années – le blues de Chicago live !…

Luther Allison est né le 17 août 1939 à Widener, Arkansas, quatorzième d’une famille de quinze enfants. Tout gosse, il joue de l’orgue et chante à l’église. Ses premiers pas vers le blues, il les fait à l’âge de dix ans en jouant du diddley bow à la maison. Sa famille part pour Chicago en 1951 et rapidement le jeune Luther entend Muddy Waters, Sonny Boy, Robert Nighthawk. Il est copain de classe avec le fils de Muddy et s’arrête volontiers chez lui en rentrant de l’école écouter jouer papa Morganfield… À 18 ans, Luther commence à se produire à la guitare avec le groupe de son frère Ollie. En 1957, il quitte l’école et monte un groupe nommé The Rolling Stones ! Pour la petite histoire, mécontents du nom trouvé, lui et ses copains deviennent The Four Jivers… Luther participe aux jan sessions dans le West Side, avec Magic Sam, Otis Rush, Freddie King (qui encouragea Luther à chanter). D’ailleurs, lorsque Freddie commence à tourner aux US au début des années 60, Luther reprend son band avec lequel il se produit chaque semaine au Walton’s Corner. Il devient ainsi peu à peu un musicien incontournable du West Side et honorera ce contrat cinq années durant. Il quitte Chicago durant quelques mois pour la Californie afin d’enregistrer avec d’autres musiciens de Chicago : Shakey Jake et Sunnyland Slim. Son passage au Ann Arbor Blues Festival en 1969 changera littéralement son statut grâce à une prestation remarquable, adulée par le public, qui le fera d’ailleurs engager trois années de suite. De retour à Chicago, ses deux premiers enregistrements pour son compte seront réalisés pour la firme Delmark au sein de l’anthologie titrée « Sweet Home Chicago », avant de graver son premier album, « Love Me Mama », toujours sur le label de Bob Koester (DS-625). Luther signe sur Motown Records en 1972. Ce choix aura deux incidences opposées : d’une part il y enregistre trois albums qui sont vraisemblablement parmi les meilleurs de sa carrière et Berry Gordy lui permet ainsi de se produire sur les scènes internationales ; mais le blues pour la Motown n’est pas une priorité et Luther ne sent pas un intérêt soutenu pour son style de musique au sein de sa maison de disques. Il prend une stature de quasi « super star du blues » en Europe et décide de s’installer à Paris. Il enregistrera une douzaine d’albums en Europe (notamment sur Ruf Records) et reviendra de moins en moins à Chicago. Il reviendra tardivement à la scène et aux tournées US avec « Soul Fixin’ Man » (Alligator/Ruf) en 1994 et remporte le succès qu’il mérite tant sur scène que de la part des critiques. La musique de Luther allie alors blues, soul et même gospel. Autre album marquant « Reckless » (Ruf 1012) en 1997, avec lequel il rallie encore plus un public fan de rock, comme personne ne l’avait fait depuis Freddie King et Albert Collins. Lorsqu’en juillet 1997 on apprend qu’il est atteint d’un cancer du poumon, tout le monde du blues éprouve un sentiment de grande tristesse. Luther décédera quelques semaines plus tard, le 12 août 1997, aux US, à Madison, Illinois, et ses funérailles seront à la hauteur de son talent.

La collaboration à partir de 1987 entre Luther Allison et Thomas Ruf (qui était déjà son producteur avant même la création du label Ruf en 1994) fut donc extrêmement solide et constante. Les deux hommes étaient très proches et il est donc logique que le label allemand soit à l’origine de la sortie de ces boxsets, quelques vingt ans après la disparition du bluesman. Le coffret reprend 7 albums originaux (idem version LP ou CD), au son remasterisé d’une qualité remarquable : « Montreux 1976 » (il s’agit du show dans son intégralité, jamais paru), « Life Is A Bitch » (1984), « Let’s Try It Again – Live ’89 » (1989), « Hand Me Down My Moonshine » (1992), « Bad Love » (1994), « Blue Streak » (1995) et « Reckless » (1997). S’y adjoint un livre magnifique de 88 pages écrit par Art Tipaldi, rempli d’anecdotes, de confidences d’amis ou d’associés, de photos privées et publiques et d’une discographie complète (1967-1997) réalisée par notre ami Detlev Hoegen. Enfin, 4 DVD qui vont vous laisser sans voix tellement les documents sont remarquables : « Im Konzert – Live In East Berlin » (1987), « Ohne Filter » avec son fils Bernard Allison (1991), « Live In Paradise » (1997) et « Just Memories » scènes captées au Zoo bar (1997) et aux W.C. Handy Awards (1997) ainsi que des bonus ; au total presque 7 heures en compagnie de Luther Sylvester Allison via la vidéo. Un régal !

Ce coffret – dans une version ou l’autre – a certes un coût (130 euros), mais finalement pas déraisonnable eu égard à la quantité de travail nécessaire pour sa réalisation, l’intérêt des albums remasterisés, l’apport des vidéos et l’excellent ouvrage qui les accompagne. Ce petit bijou en édition fera évidemment date. Les fêtes de Noël approchent ! – Marcel Bénédit


The Gospelaires Of Dayton, Ohio

Movin’ Up The Early Years 1956-1965

Gospel Friend PN-1512 / Bear Family – www.gospelfriend.com

Per Notini et Gospel Friend vont de l’avant et continuent à enrichir un catalogue où il y a seulement douze titres pour l’instant, mais qui est extrêmement riche en qualité dans le choix des groupes et solistes, des titres choisis et dans les notes de pochette. Ici, c’est Robert Marovich – un des meilleurs spécialistes contemporains de l’histoire du Black Gospel – qui signe ces notes très informées et passionnantes. Cet album rassemble 29 faces des Gospelaires. Elles ne doublonnent pas ou peu avec les très rares rééditions antérieures (par ailleurs souvent impossibles à trouver) et, dans chaque cas, on est en présence de pièces remarquables, que ce soit par l’interprétation, les mélodies ou les thème. On y retrouve ainsi les deux toutes premières faces gravées par le groupe pour Avant Records en 1956 (We Are Marching Together et Some People Never Stop To Pray) avec leur leader historique Robert Washington. Les 27 autres faces (1957-1965) mettent en évidence d’autres piliers du groupe comme Melvin Boyd, Melvin Pullen, Paul Arnold, Frank Peoples, Robert Latimore (voix de basse et guitare). Dès 1962, Charles McLean et, en 1965, Jimmy Jay Hawkins. Ces 27 faces ont été empruntées au catalogue Peacock Records de Don Robey à Houston, Texas et chacune devrait être citée tant le plaisir d’écoute, dans chaque cas, est au rendez-vous. On mettra seulement en évidence quelques faces exceptionnelles comme celles où, après un début en slow, le rythme s’accélère et s’emballe (How Much Longer, They Don’t Understand Me, Mother’s Journey…), les faces d’emblée uptempo (Let’s Pray, Moving Up, Hr Heard Me Cry, I’ve Got It…) et celles qui tendent à l’hystérie (Rest For The Weary, C’Mon, Search Me Lord…). À noter enfin que les Gospelaires ont fait une tournée européenne en janvier 1966 dans le cadre du Spiritual & Gospel Festival organisé par Horst Lippman et Fritz Rau et il est piquant de noter que leur prestation au Fairfield Hall de Croydon en U.K. a été une révélation pour de jeunes Anglais présents au concert dont trois au moins sont devenus des historiens très actifs du Black Gospel : Robert Laughton (1), Opal Louis Nations (2) et Viv Broughton (3), sans compter votre serviteur qui venait de rentrer d’un séjour très mouvementé de troisans au Congo-Zaire en proie aux guerres tribales et reprenait – enfin ! – le chemin des concerts de gospel. – Robert Sacré

Notes :
(1) Bob Laughton est l’auteur, avec Cedric J. Hayes, d’une monumentale « Black Gospel Discography (1943-2000) » en deux volumes parus chez Eyeball Producrtions (2008). www.eyeballproductions.com . Les deux auteurs travaillent à un 3è volume (2001- ?). Laughton a aussi écrit un nombre considérable de notes de pochette d’albums ainsi que des articles dans de nombreux magazines.
(2) Opal Louis Nations est l’auteur d’un nombre incalculable de notes de pochette et d’articles de magazines. Il a aussi été à l’origine de programmes de rééditions majeures pour des compagnies comme Specialty, Nashboro, Peacock, etc.
(3) Viv Broughton est, entre autres, l’auteur d’un excellent livre, « Black Gospel, An Illustrated History Of The Gospel Sound », Blandford Press 1985.


Chuck Jackson

Big New York Soul
Wand Records 1961 – 1966

CDKEND 465 – www.acerecords.co.uk

Aujourd’hui un peu oublié, Chuck Jackson fut une vedette internationale de la première moitié des sixties. Né en 1937, il est membre du groupe vocal, des Del Vikings à la fin des années 50, avant de voler vers une carrière solo à succès pour le label new-yorkais Wand. Les tubes s’enchaînent : I Don’t Want to Cry, I Wake Up Crying, Any Day Now, etc. Aux côtés de Roy Hamilton, Ben E. King, Jackie Wilson, il incarne cette soul urbaine et chic qui fait fureur auprès des adolescents. Doté d’une voix percutante, taillée pour les ballades puissantes et orchestrées, on le retrouve aussi dans des duos plus funky avec la chanteuse Maxine Brown. Par le passé, le label Kent a consacré plusieurs 33 tours ou CD à cet interprète. Aujourd’hui, ce compact de 24 titres propose huit inédits, des versions mono, des faces B, des prises alternatives. Ce style orchestré et emphatique, riche en violons et chœurs féminins, a parfois un peu vieilli, mais à partir de 1966 les goûts évoluent. On équipe alors Chuck Jackson de matériel plus punchy comme I’ve Got to be Strong ou le presque New Orleans And That’s Saying a Lot. Chuck Jackson se montre aussi convaincant sur des titres bluesy, tels que If I Didn’t Love You, The Same Old Story ou Why Some People Don’t Like Me et dans une belle version du Need to Belong de Jerry Butler. À conseiller en priorité aux « complétistes », mais l’ensemble est un excellent reflet d’une certaine époque de transition du rhythm’n’blues vers la soul. – Dominique Lagarde


Various Artists

Bluesin By The Bayou
Ain’t Broke, Ain’t Hungry

Ace Records CDCHD 1606 – www.acerecords.com

Nouvelle escapade sudiste du côtés des bayous, avec en cette fin d’année une nouvelle compilation qui puise comme d’habitude en grande partie dans les productions de Jay Miller et Eddie Schuller. Le casting, à l’image des précédentes éditions, est élevé puisque nous retrouvons Slim Harpo, Lightin’ Slim, Mercy Baby, Barbara Lynn, Clarence Garlow, Big Walter ou encore Boozoo Chavis, Lazy Lester, Joe Richards et Cookie and the Cupcakes. Fidèle à ses bonnes habitudes, le compilateur nous propose une fois encore des titres inédits ou des prises non retenues. J’ai un faible pour Vince Monroe aka Polka Dot Slim qui avec son 45 tours Ain’t Broke, Ain’t Hungry / A Thing You Gotta Face qui a vu le jour sur le label Instant de La Nouvelle-Orléans, est ici au sommet de son art. Je n’oublie pas l’excellent Leroy Washington – le guitariste favori de Jay Miller – qui est présent avec le morceau remarquable intitulé I’ve Been In This Prison. Il décédera malheureusement bien trop tôt, en juin 1966, à l’âge de 34 ans, à Oakdale en Louisiane au cours d’un engagement. En 1981, la compagnie Flyright lui avait consacré un album, « Wild Cherry », qui mérite d’être recherché. Au final, pas de mauvaises surprises, le meilleur du Swamp blues est bien présent avec cette nouvelle galette et, pour clôturer cette année en beauté, Ace Records nous annonce déjà dans quelques semaines un nouveau volume qui s’annonce tout aussi somptueux. À suivre ! – Jean-Luc Vabres


Johnny Nicholas and Friends

Too Many Habits

No label

Le double CD en examen ici m’a remémoré le début d’un livre du poète Philippe Jaccottet, « Paysages avec figures absentes » : « Je n’ai presque jamais cessé, depuis des années, de revenir à ces paysages qui sont aussi mon séjour… » En publiant une douzaine d’inédits datant de 1975 avec Walter Horton, Johnny Shines et Boogie Woogie Red, le chanteur, guitariste et intelligent producteur Johnny Nicholas illustre les propos du poète. Il se souvient de ses premières amours. Dans les années 60, il fut un condisciple de lycée de Duke Robillard. Les deux adolescents jouèrent dans un orchestre appelé Black Cat. En 1970, Johnny Nicholas gagna Ann Arbor où il devint un incontournable musicien de cette ville universitaire. Il se produisit souvent avec les trois bluesmen légendaires cités plus haut. Nous avons ici, en plus d’un disque d’inédits, la réédition du bon album « Too Many Bad Habits » que publia le label Blind Pig, LP vite retiré du catalogue quand Johnny Nicholas rejoignit Asleep At the Wheel, orchestre très marqué par Bob Wills. Notez la présence de Tony Garnier, bassiste et chef d’orchestre du prix Nobel de littérature Bob Dylan depuis près de 25 ans. Johnny Nicholas a découvert dans ses archives une bande enregistrée en 1975. Il est accompagné de ses mentors : Walter Horton, Johnny Shines et Boogie Woogie Red. Après restauration, nous découvrons ces inédits avec un réel plaisir. Johnny Nicholas compose, chante et joue la partie rhythmique avec sa guitare. Johnny Shines est le cinglant lead guitariste. Son vieux complice Walter Horton nous régale avec son jeu d’harmonica si personnel, puissant et précis, virtuose et très mélodieux. Sur trois titres, le pianiste Boogie Woogie Red est le bienvenu ; il chante même Hootie Blues de Jay McShann. Ces deux disques éveillent en nous un sentiment de nostalgie, en nous ramenant à une époque où l’Amérique blanche et l’Europe découvraient le Blues, ce qui permit à quelques anciennes gloires de retrouver le chemin des scènes et des studios. – Gilbert Guyonnet


Various Artists

Down Home Blues – Chicago Fine Boogie

Wienerworld WNRCD5100 (coffret 5 CD)

Le blues de la Cité des Vents se caractérise par une ou deux guitares et diverses combinaisons d’harmonica, de piano, de basse et de batterie. Pour beaucoup d’amateurs, dont je suis, il a suffi d’écouter un morceau de ce Chicago Down Home Blues des années 1940-1950 pour en tomber amoureux irrésistiblement. Compilé par Mike Rowe, auteur du remarquable livre « Chicago Blues » (ex Chicago Breakdown) ce coffret (5 CD) intègre la musique des noms les plus célèbres comme Muddy Waters, Little Walter, Howlin’ Wolf, Jimmy Reed, Elmore James et d’autres avec une foule d’artistes moins connus et parfois très obscurs. Certes, avec tant de rééditions de Chicago blues, il était presque impossible de ne pas reproduire les artistes qui précèdent. Mais, les compilateurs ont essayé de se concentrer sur des titres moins connus et des prises alternatives. Point essentiel : il n’y a pas de doublon avec la précédente compilation de Chicago blues, également concoctée par Mike Rowe pour le label Boulevard (actuellement indisponible). En revanche, il y a ici deux titres inédits, Gertrude et I’m A Hard Working Man de la très obscure Grey Haired Bill, tirés d’acétates très rares avec un superbe chant accompagné par une fine guitare et un sax. Les morceaux sont classés chronologiquement avec en entame les deux titres de James McCain enregistrés en 1945 pour J. Mayo Williams qui montrent l’influence de John Lee « Sonny Boy » Williamson dans son jeu d’harmonica et se terminent avec le piano aérien d’Eddie Boyd sur son classique Five Long Years and 24 Hours OF Fear de 1958. À l’écoute, on découvre pêle-mêle en plus des artistes mentionnés ci-dessus Bluesboy Bill (une jolie interprétation country blues de Take A Little Walk With Me avec des phrases à la guitare inspirées manifestement de Robert Johnson), Jimmy Rogers (six morceaux magnifiques incluant son Little Store Blues originalement enregistré pour Maxwell Street Radio sur son éphémère label Ora Nelle en 1947), Johnny Temple jouant un dynamique country blues, Ora Nelle Blues, titre inédit du même label interprété par Little Water, Sunnyland Slim, Robert Nighthawk, Mildred White (avec Pete Franklin à la guitare), Baby Face Leroy (l’un des meilleurs chanteurs de Chicago qui n’en a pas enregistré assez), Floyd Jones, Memphis Minnie (à l’origine Conjur Man, inédit Checker de 1952 et Kissing In The Dark, une très grivoise et rare face J.O.B.), Blue Smitty, James Homesick, J.B. Lenoir, Sonny Boy Williamson, Brown Dusty, John Brim, Big Joe Williams et bien d’autres. Le livret de 88 pages, copieusement illustré, contient un long essai de Mike Rowe présentant une érudite perspective historique ainsi que des informations sur la carrière des artistes. – Philippe Prétet


The Detroit Emeralds

I Think Of You – The Westbound Singles 1969- 1975

Westbound SEWD 160 – www.acerecords.co.uk

Groupe formé à l’origine à Little Rock (Arkansas) et composé des quatre frères Tilmon. Un premier succès dans les Charts en 1968 chez Ric-Tic avec Show Time. Après des changements de personnel importants (deux des frères sont remplacés), le groupe se fixe à Detroit et signe en 1970 chez Westbound. Leur premier single sur ce label, Holding On, passe inaperçu, mais le succès leur sourit avec l’excellent You Want It, You Got It et Baby Let Me Take You qui atteint la quatrième place dans les charts R’n’B et le numéro 24 dans les classements Pop. La plupart de leurs titres sont enregistrés à Memphis, aux Royal Studios de Willie Mitchell. Leur musique est alors de la Soul nordiste matinée d’un groove très Memphis grâce à la section rythmique de Hi : You’re Gettin’ A Little Bit Too Smart et soulignée par de très ( trop ?) présentes sections de cordes. Parfois, surtout sur les derniers titres, on flirte avec le disco qui occupait le haut du pavé à l’époque. Les Detroit Emeralds étaient un groupe de qualité auquel il manquait sans doute un soliste plus tranchant, avec plus de charisme, pour égaler les grands du moment (Dells, Temptations, Four Tops). – Marin Poumérol


Bobby Byrd

Help For My Brother
The Pre-funk singles 1963-68

BGP CDBGPD 309 – www.acerecords.co.uk

Beaucoup se rappellent peut-être Bobby Byrd (1934-2006) comme étant la voix répondant à James Brown dans son mythique Sex Machine. Il arrangea nombre des titres du Godfather of Soul, en composa aussi, sans forcément être toujours crédité d’ailleurs… Natif de Caroline du Sud comme JB, ils se rencontrent lorsque Bobby vient disputer un match de baseball dans le centre de détention pour mineurs dans lequel vit James. Leur intérêt mutuel pour la musique gospel les rapproche. C’est en grande partie grâce à une pétition menée par la mère de Bobby que Brown est libéré en 1952. Il rejoint Bobby dans le groupe a capella des Gospel Sarliters. Parallèlement, Byrd évolue dans un registre plus rhythm’n’blues et devient le leader du groupe The Avons qui deviendra The Flames, rejoint par Brown en 1956. Byrd chante, assure les claviers et partage l’écriture de bon nombre de titres avec Brown qui, rapidement, s’impose en leader du band qui devient James Brown and The Famous Flames, avant d’écrire une des pages majeures de l’histoire du funk. Byrd démarrera de son côté une carrière sporadique en 1963 avec I Found Out chez Federal mais restera – succès de JB oblige – dans l’ombre de ce dernier. Ses propres singles chez Smash (1964-1966) puis chez King (1967-1968) ne rencontreront qu’un succès d’estime en dehors de Baby Baby Baby (duo avec Anna King, choriste des Flames) ou encore We Are In Love en 1965 qui atteint le Top 20 du classement Soul US. Comme si tout devait le ramener à l’environnement de “Mister Dynamite”, il épouse Vicky Anderson, autre choriste de Brown. Cet artiste pétri de talent, tant par sa voix que par ses qualités de songwriter, aurait certainement du avoir une carrière solo plus reconnue si l’on se réfère à la qualité des 24 faces « pre-funk » sorties en simples sur les trois labels pré-cités et retranscrites ici par ordre chronologique et de la meilleure manière par nos amis britanniques. – Marcel Bénédit


Mahalia Jackson

Complete Mahalia Jackson
Intégrale volume 17 (1961)

Frémeaux & Associés FA1327 – www.fremeaux.com

Constituant à part entière de l’intégrale, voici le 4è volume de la série Mahalia Sings dont les trois premiers ont été chroniqués dans ABS Magazine. Pour rappel, Mahalia Jackson fut invitée à participer à des séances filmées par la chaîne Television Enterprise Corporation, dans les studios Paramount à Hollywood, Californie, en juin et juillet 1961. 82 titres de la bande-son ont été remastérisés et acquis par Patrick Frémeaux afin de les rééditer, ce qui est maintenant chose faite avec ce 4è et dernier volume de cette série (1) dirigée de main de maître par Jean Buzelin, auteur aussi des notes de pochette fouillées et informatives. On retrouve ici le mélange habituel d’hymnes, de spirituals et de gospel, tantôt en tempo lent et solennel (très nombreux ici), tantôt en medium et/ou en tempo rapide avec les mêmes accompagnateurs que dans les volumes précédents, la superbe pianiste Mildred Falls, Edward C. Robinson ou Louise Overall Weaver-Smothers en alternance à l’orgue et un excellent trio de jazzmen comme section rythmique : Barney Kessel (gt), Keith M. “Red” Mitchell (basse) et Sheldon ‘Shelly’ Manne (drums) (2). Le plaisir d’écoute est toujours au rendez-vous quasiment de bout en bout, mais il y a des moments privilégiés comme I Want To Be A Christian, un spiritual en medium syncopé, There Is Power In The Blood et Blessed Quietness, deux gospel hymns lents mais syncopés sans oublier (Take My Hand) Precious Lord de Thomas A. Dorsey, lent et solennel, mais qui reste un régal pour les oreilles, surtout quand c’est Mahalia qui le chante. On n’oubliera pas d’autres gospels comme I Found The Answer en medium ou les traditionnels Elijah Rock et I Know It Was The Blood bien rythmés. Enfin on notera quatre chants de Noël pour conclure l’album, dont Silent Night et Adeste Fidelis… C’est de saison et donc bienvenu. – Robert Sacré

Notes : 
(1) Dernier de la série Mahalia Sings… Pas de l’intégrale, qui va continuer de plus belle.
(2) Preuve, s’il en fallait encore, que blues, gospel et jazz sont des vases communicants.


Various Artists

Going Downtown

CD-2020 – Bluebeatmusic.com

L’un des meilleurs auteurs et chanteurs de la région de la Bay Area est en vedette dans cette collection de 24 enregistrements des pianistes emblématiques de la West Coast des années 1948-1949 qui sont rares et difficiles à trouver. Hormis les faces de Roy Hawkins pour Modern/RPM qui ont été rassemblées en deux albums sur le label Ace (UK), cette compilation a pour principal intérêt de présenter tous les titres qu’il a enregistrés pour le label californien Downtown lors de la session de San Francisco en 1948 (à l’exception notoire de A Fool For You) ainsi que quatre titres gravés entre 1948 et 1952 du peu réédité J.D. Nicholson. Sont également inclus les enregistrements de 1949 du label Spire basé à Fresno de Mercy Dee Walton et quelques autres raretés pour pimenter le tout, y compris les premiers enregistrements datant de 1949 You Better Change Your Ways Woman ! et Christmas Blues (Uptown 202) de Haskell Sadler – plus connu sous le nom de Cool Papa Smith –  et les deux faces superbes de Groovy Trio, Too Late, Baby et Squeeze My Baby (Groovy 101). Ambiance Boogie et Rythm’n’blues assurée. – Philippe Prétet


The Undisputed Truth

Nothing But The Truth

CDTOP2 469 – www.acerecords.co.uk

Un double CD qui réédite trois albums de the Undisputed Truth, groupe de soul psychédélique, très en vue dans la première moitié des années 70. En l’occurrence : « The Undisputed Truth », « Law of the Land » et « Down to Earth », le premier, le troisième et le quatrième 33 tours publiés entre de 1971 à 1974, plus six titres bonus dont une chouette version de What’s Going On ? Cette publication fait l’impasse sur le deuxième LP, « Face to Face with the Truth », déjà ressorti en compact. À l’origine, un trio constitué de Joe Harris, Billie Rae Calvin et Brenda Joyce Evans, The Undisputed Truth verra son line-up considérablement modifié en 1973. Après le départ des deux chanteuses, Joe Harris se retrouve associé à Tyrone Berkeley, Tyrone Douglas, Calvin Stevens et Virginia McDonald pour l’album « Down to Earth ». Placé sous la houlette du producteur Norman Whitfield, the Undisputed Truth garnit ses albums de nombreuses reprises, en particulier de morceaux déjà chantés par les Temptations. Leurs interprétations ne manquent pas de délicatesse et accentuent souvent le côté cool et harmonieux des compositions, là où leurs rivaux mettent les gaz. A contrario, si leur version de Papa Was a Rollin’ Stone fut enregistrée plusieurs mois avant celle des « Tempts’ », c’est bien la seconde qui fit le tour du monde. N’empêche, leur musique semble avoir joui d’un joli succès dans notre pays, si l’on en juge par la fréquence avec laquelle leurs disques refont surface sur le marché de l’occasion. Avec les albums « Cosmic Truth » et « Higher Than High » en 1975, Undisputed Truth prendra un tournant plus heavy rock, jusqu’au hit You +Me = Love de 1976. Une réédition convaincante et bien documentée. – Dominique Lagarde


Various Artists

24 Classic Blues songs From the 1920’s

Blues Images BIM-115 (Calendrier 2018 avec CD-24 tracks volume 15 ) – www.BluesImages.com

Depuis 15 ans, John Tefteller et Blues Images continuent à nous proposer un calendrier richement illustré de matériel promotionnel des années 20, d’infos sur les musiciens de toutes époques, de dates importantes dans l’histoire des musiques africaines-américaines et, comme cette fois encore, de photos rares voire tout juste découvertes (ici : Kansas Joe-Memphis Minnie ; Johnnie Temple ; Isaiah Nettles aka The Mississippi Moaner). Ce calendrier est accompagné d’un CCD de 24 faces qui ont été re-mastérisées par les procédés les plus modernes avec des résultats stupéfiants à l’écoute. On redécouvre ainsi 12 classiques de Charley Patton (Screamin’ And Hollerin’ The Blues, Mississippi Bo Weavil Blues), Tommy Johnson (Slidin’ Delta, I Wonder To Myself), Blind Willie Johnson (God Moves On The Water), Blind Lemon Jefferson (Hot Dogs, Weary Dogs Blues), Kansas Joe et Memphis Minnie (Frsico Town, Goin’ Back To Texas),Tampa Red et Georgia Tom (Strewin’ Your Mess), Blind Blake (Hard Road Blues ainsi que Lead Hearted Blues avec Bertha Henderson), mais aussi 12 faces très rares de “Hi” Henry Brown, des Beale Street Sheiks, de Johnnie “Geechie” Temple, du Mississippi Moaner, de Sam Butler (aka Bo Weavil Jackson). On doit y ajouter des faces récemment découvertes en condition exceptionnelle de Jab Jones avec le Memphis Jug Band (My Love Is Cold, Poor Jab Blues), de Charley Nickerson avec le Memphis Jug Band (Going Back To Memphis) et, cerise sur le gâteau, un superbe Happy As The Day Is Long des Rev. Steamboat Bill’s Revival Singers. Un must, comme les 14 premiers volumes. – Robert Sacré


The Wild Ones

rootzrumble – www.donor.company

Si rien ne le laisse deviner à la lecture des rares indications de pochette, cet album n’est pas paru en 2017 mais bien dans les années 80. Les Wild Ones sont un groupe de rock’n’roll, constitué de cinq musiciens originaires de Belgique. À contretemps de leur époque éminemment synthétique, ils ont choisi de ressortir slide, steel-guitar et contrebasse, pour jouer le rockabilly des origines, dans l’esprit des Blue Caps de Gene Vincent, et de leurs contemporains, les Stray Cats. Leur titre The Best Way To Jive se fraya un chemin sur les ondes il y a trente ans et fit l’objet d’un clip. À côté de neuf originaux, trois reprises (Cat’s Squirrel de Doctor Ross et Got My Mojo Workin’ pour souligner la touche blues, puis le Lust for Life d’Iggy Pop, passage obligé pour des garçons sauvages. L’ensemble est swinguant, énergique, impliqué, flirtant parfois avec l’univers plus psychobilly de groupes comme les Météors. Initialement paru en Belgique en 1986, sous forme d’un mini LP de six titres baptisé « Crossroads », le disque sortit l’année suivante dans notre pays comme 33 tours complet avec 4 titres supplémentaires. Aujourd’hui la réédition CD rassemble le tout en ajoutant les deux faces d’un 45 tours, Merry Christmas, People. « Still Untamed », un deuxième album, allait suivre en 1988, avant que la formation ne disparaisse des radars. – Dominique Lagarde


Ramon Goose

Long Road To Tiznit

TUGCD1104 – www.worldmusic.net

Un album vraiment original dans lequel le blues se balade entre Tiznit (ville située au sud du Maroc) et les States, en passant par Londres (où Ramon Goose a enregistré avec ses musiciens) et Marrakesh (faces gravées avec les musiciens locaux). Le guitariste et chanteur Ramon Goose fut littéralement touché pour la première fois par la musique berbère lors d’un mariage et, depuis, cette influence majeure s’est peu à peu imprégnée, jusqu’à ce disque. Son blues s’est ici transformé et sa musique devient, avec cet album, un mix des deux cultures. Mélange aussi des musiciens et de leurs parcours, avec notamment Justin Adams à la guitare et Najma Akhtar dont la voix transcende, une association d’une extrême beauté. Sept des neuf titres sont des compos de Ramon Goose seul ou en duo, et parmi les deux autres morceaux, noter le version de Come On In My Kitchen de Robert Johson par laquelle l’album s’ouvre et qui imprègne littéralement. Un disque fait pour rêver, s’évader, autant que pour danser. – Marcel Bénédit


Eric Séva

Body and Blues

Les Z’arts de Garonne

Eric Seva est un saxophoniste à la musique « fusionnelle » qui essaie de percer au travers du Blues quelques trouées de recherche. Le « duo nu » avec le chanteur/guitariste Harisson Kennedy sur Joli Marie Angélique fait partie de ces moments de grâce qui nous transportent dans un ailleurs rêvé fait de compilations personnelles à la programmation tout aussi aléatoire que désordonnée. – Stéphane Colin


Billie Holiday

New York-Los Angeles-Boston 1947-1959, Vol.3 

Frémeaux & Associés FA 3066 (coffret 2CD) – www.fremeaux.com

La compagnie Frémeaux continue à documenter une des plus grandes chanteuses de jazz en la personne de Billie Holiday. Après trois volumes consacrés aux années 1935 à 1946 (1), les deux CD (37 faces) présentés ici documentent la période post-Lester Young, sauf le célébrissime Fine And Mellow de 1957 enregistré pour la TV avec Lester Young, Roy Eldridge, Doc Cheatham, Vic Dickenson, Coleman Hawkins, Ben Webster, Gerry Mulligan, Mal Waldron, Danny Barker, Milt Hinton et Jo Jones, un chef d’œuvre ! Mais Lester Young, après leur séparation physique, est quand même omniprésent partout par le style et par l’esprit. On dirait que Billie tient les deux rôles à la fois, par exemple, dans You Turned The Tables On Me et He’s Funny That Way (1951) ou Foolish Things de 1952. Sa façon unique  de chanter en arrière du temps est ici à son meilleur niveau et on n’en finirait pas, sinon à les citer toutes, de pointer les faces les plus marquantes, de Detour Ahead avec le guitariste Tiny Grimes (1951) à Lover Come Back To Me avec Stan Getz (1951) et à tant et tant de faces avec le trompette Charlie Shavers (+ Flip Phillips, Oscar Peterson, Barney Kessel, Ray Brown) : Love For Sale, Tenderly (1951), ou ses tours de force vocaux avec le trompette Harry’ Sweets’ Edison (tantôt avec Barney Kessel, ‘Bud’ Johnson, Billy Taylor, Leonard Gaskin, Cozy Cole, dans I’ve Got My Love To Keep Me Warm (1954), tantôt avec Benny Carter, Jimmy Rowles, Barney Kessel dans Prelude To A Kiss , ou encore avec Ben Webster dans April In Paris (1955) et Body And Soul (1957). Notons encore Lady Sings The Blues et Billie’s Blues (I Love My Man) gravés en novembre 1956 à New York au Carnegie Hall avec Roy Eldridge, Coleman Hawkins, Kenny Burrell, Chico Hamilton et I Cried For You avec Buck Clayton, Al Cohn, K.Burrell, C. Hamilton (1956). Bref, tout au long des 37 faces, un Who’s Who de tout ce que le jazz de ces années-là comptait comme crème de la crème et dessus du panier. – Robert Sacré

Note (1) : Billie Hollyday vol.1, « New York-Los Angeles 1935-1944 » (2 CD) FA209 ; Billie Holiday vol.2, « New York-Los Angeles 1944-1946 » (2 CD) FA 222 ; Intégrale Billie Holiday-Lester YOUNG (3 CD) FA 154


Ella Fitzgerald

Singing The Jazz 1950-55, Vol.2

Frémeaux & Associés FA 5155 (coffret 2 CD) – www.fremeaux.com

Née en avril 1917 à Newport News en Virginie, Ella Fitzgerald a commencé sa carrière dans le band de Chick Webb et de 1936 à 1956. Elle a été sous contrat d’enregistrement avec la compagnie Decca (1) jusqu’à ce que son impresario, Norman Granz, arrive à la convaincre de signer un contrat sur sa propre marque Verve (2). Granz prétendra, avec une bonne dose de mauvaise foi, que les gravures Decca d’Ella étaient médiocres et sans intérêt, mais ces deux albums viennent prouver le contraire. Les 19 faces du CD 1 sont un « simple » duo entre la chanteuse et le pianiste Ellis Larkin, deux musiciens qui dialoguent d’égal à égal, et les 8 premières faces (de 1950) – des ballades sentimentales et délicates – ont été composées par Georges et Ira Gershwin qui a témoigné : « Je ne savais pas combien nos chansons étaient bonnes jusqu’à ce que j’entende Ella Fitzgerald les chanter ». Ces chansons sont extraites des partitions musicales de comédies créées sur Broadway entre 1920 et 1930 dont Makin’ Whoopee, People Will Say We’re In Love, etc. Les 5 faces de 1954 et les 5 faces de 1955, dans le même registre slow et mélodieux, sont de compositeurs variés comme Jimmy Dorsey, Rodgers et Hammerstein, Cole Porter, Hoagy Carmichael et encore les Gershwin (Nice Work If You Can Get It). Le CD2 couvre lui aussi la période 1950-1955, mais Ella est ici accompagnée par des Big Bands comme celui de Sy Oliver : 9 faces qui swinguent à tout va dont un duo vocal musclé Don’t Cha Go ‘Way Mad (1950), les syncopés Goody Goody et Solid As A Rock (1950), There Never Was A Baby Like My Baby (1951), Mr. Paganini (1952), Blue Lou (1953), Lullaby Of Birdland (1955), etc. Dans 4 faces de 1955, mélancoliques et sur-entourées de cordes, Ella est accompagnée par André Previn et son orchestre et dans 4 autres faces de 1955 elle est avec Bennie Carter et son band. Mais, cerise sur le gâteau, on savourera une face de 1951 avec Bill Doggett (orgue Hammond), Hank Jones (p), Everett Barksdale (gt). Suprise surprise enfin, les Ray Charles Singers dans un morceau bien enlevé d’Arnett Cobb, Smooth Sailing. – Robert Sacré

Notes :
(1) Ella Fitzgerald, « New York 1936-1948 » , (2 CD) FA232
(2) Ella Fitzgerald, « vol.2, New York-Los Angeles 1956-62 » (NDLR : Les années “grandioses”) (2 CD) FA 296 – Ella Fitzgerald « Live in Paris 1957-1962 » (2 CD) FA 5476


Aurélien Morro & The Checkers

French Quarter

Autoproduit

En 2013, le chanteur et guitariste Aurélien Morro rencontre le bassiste Eric Courier et le batteur Miguel Pereira. Rapidement, le trio enregistre leur premier disque, « Check It Out », avec la participation de Frédéric Canifet aux claviers, Régis Pons à la trompette et Adrien Daguzon au saxo. Ce premier CD est salué par les médias et pendant deux ans le groupe va défendre son blues sur scène pour enfin produire son deuxième album, « French Quarter ». Cet album propose des morceaux groovy, avec des cuivres rutilants qui laissent toujours une place importante à la guitare d’Aurélien. C’est un blues qui s’inspire du blues traditionnel, mais le groupe s’aventure aussi vers des sonorités plus actuelles et fait appel à deux talentueux italiens, Marco Pandolfi à l’harmonica et Max Ferrauto à la voix percutante. Les compositions personnelles d’Aurélien Morro comme Solution, Funky Loco ou Sad Day sont bien en accord avec les reprises de Tab Benoit, Jon Cleary ou des Isley Brothers. Depuis qu’ils ont remporté le prix du Cahors Blues Festival en 2014, Aurélien Morro & The Checkers sont considérés comme l’une des formations majeures de la scène blues française. Pour preuve, ils sont sélectionnés pour représenter la France à l’International Blues Challenge à Memphis en janvier 2018 et ainsi se mesurer aux meilleurs musiciens de blues mondiaux Nous allons bien sûr suivre cette grande compétition en passant en boucle ce magnifique « French Quarter ». – Robert Moutet


Charles Pasi

Bricks

Blue Note 5770097

Si d’aucuns pourraient penser que sa présence sur le label Blue Note fait de Charles Pasi un musicien à classer essentiellement dans la rubrique « Jazz », je réponds : que neni ! Qu’un label aussi prestigieux et sélectif s’intéresse à ce musicien n’est pas une question de genre, mais bien de talent. Charles n’est pas qu’un harmoniciste de blues, il est certes un excellent musicien, mais aussi un chanteur et surtout songwriter bourré d’inspiration qui n’entre dans aucune case, aucune espèce de classification. Soul ? Blues ? Jazz ? Pop ? Que dire ? Avec « Bricks », on touche un peu tous ces univers, mais au-delà de tout, à celui du groove (Good Enough, City Of Light…), des beaux textes, de ce qui fait qu’un musicien se détache du commun. Je n’en dis pas plus – à dessein – car je souhaiterais vraiment que les lecteurs d’ABS Magazine se procurent cet album qui s’écarte certes un peu des standards des disques chroniqués habituellement ici, mais qui les fera se régaler – j’en suis sûr – à l’écoute de titres comme Burn Out, et parce qu’on a affaire à l’une des écritures les plus singulières du moment. Les onze titres de cet album révèlent un auteur-compositeur hors norme, entouré qui plus est de musiciens dont le niveau se passe de tout commentaire. – Marcel Bénédit

Blues Archive fut fondée en 1994 par Paul Reed (caméraman de séries documentaires à la BBC), Bob Webber (ingénieur du son pour la télé) et Amanda Palmer (sociologue, Université d’Oxford) et un puits d’archives en terme d’interviews et d’enregistrements de concerts. John Stedman (JSP records) poursuit ainsi – grâce à ces archives et pour notre plus grande joie – l’édition de DVDs de concerts captés à Londres et restituant sur scène tout le talent de musiciens pour la plupart aujourd’hui disparus, ainsi que des interviews rares.

Various Artists

Blues Live and Alive

JSP Records JSP2201 – www.jsprecords.com

On a affaire ici à des moments de scène filmés et enregistrés à Londres dans les années 90. On y retrouve tour à tour Sherman Robertson, Jimmy Dawkins, Phil Guy excellent dans It’s Too Late Baby, Larry Garner, le truculent U.P. Wilson, Otis Grand, Andrew “Jr Boy” Jones, Lonnie Shields et Angela Brown. Excellent.

Phil Guy

My Blues, Baby

JSP Records JSP5180 www.jsprecords.com

Phil Guy (1940-2008), comme chacun sait, était le jeune frère de Buddy Guy. Lousianais d’origine, il joua dans le groupe de Raful Neal durant une dizaine d’années avant de partir pour Chicago, en 1969, où il rejoint le groupe de son frère aînéet collabore aussi avec Junior Wells dans les années 70. Phil enregistrera quelques très bons albums dans les années 80 et 90 et tisse des liens indéfectibles avec John Stedman et JSP Records. Le concert dont il est question ici fut capté pendant l’une des nombreuses tournées, au 100 Club, à Londres, le 11 juillet 1999. Phil (guitare, vo), est accompagné par Julian Piper (g), Bob Hall (keys), Steve Ewart (b) et Dave Raeburn (dms). Onze titres parmi lesquels le Chicago blues domine, mais où la Louisiane n’est jamais loin. Une interview d’une trentaine de minutes clôture le DVD. – Marcel Bénédit


Blues From The Bayou

The Rhythms of Baton Rouge

Par Julian C. Piper

ISBN 9781455623099 – www.pelicanpub.com

Au début de la quarantaine, l’anglais Julian C. Piper a passé une année à la Louisiana State University à étudier et à jouer du blues principalement au Blues Box sis à Baton Rouge (La). Son amour pour le Swamp blues l’a poussé à s’immerger dans la culture et à fréquenter les clubs de Baton Rouge. Grâce à son amitié avec le propriétaire du Blues Box, Tabby Thomas et son fils Chris Thomas King, Julian C. Piper en a fait sa cantine et y a rencontré des musiciens emblématiques du « blues des marais » tels que Lonesome Sundown, Robert Pete Williams, Guitar Kelly, Silas Hogan et Lazy Lester ainsi que, plus proche de nous, la famille de Raful Neal. Ces entrevues constituent la trame de ce livre, avec aussi des extraits d’interview et des témoignages vivants qu’il a recueillis auprès des proches ou héritiers de Slim Harpo et de Lightnin’ Slim (dont la photo de couverture a été prise par André Hobus en 1973 en Belgique). Toutefois, ce sont bien les chapitres de Piper sur Lightnin’ Slim et Slim Harpo qui contribuent le plus à cet ouvrage. Sa longue interview avec le producteur de disques J.D. Miller à son magasin de musique et son studio à Crowley révèle un personnage contradictoire qui défendait le « swamp blues » et dont les enregistrements pour Excello à Nashville faisaient les carrières de ces artistes et de bien d’autres. Or, Miller a manié l’ambiguité lorsqu’il a utilisé des groupes mixtes dans le studio à une époque où les lieux de musique du Sud étaient séparés, alors qu’il était également prêt à enregistrer les débordements racistes de Pee Wee Trahan, alias Johnny Rebel, et les sortir sur son propre label. Piper esquive habilement la polémique pour se concentrer sur les rouages ​​de la production de disques, et explique que Miller n’a pas reversé aux musiciens la totalité des royalties auxquels ils avaient droit par enregistrement Excello… La plupart des musiciens avec qui Piper en a parlé était convaincue que Miller les avait dupés. Les passages les plus intéressants du livre concernent ces personnages que Piper a traqués dans les ruelles des années 1980 à Baton Rouge. Laquelle ville industrielle est devenue une coquille vide musicalement parlant comparée à son apogée des années 50 et 60 (l’actuel club Blues Room à l’emplacement du Tabby’s Blues Box 2 est devenu fantomatique en semaine). Certes, l’incontournable chanteur et multi-instrumentiste Tabby Thomas est l’étoile incontestable du livre, mais il faut aussi citer le sémillant Lazy Lester, avec qui Piper part en tournée, une conversation éclairante avec la veuve de Slim Harpo et une rencontre avec un mélancolique Lonesome Sundown. Peu de gens savent que l’acteur et musicien qui a joué Tommy Johnson dans « O Brother Where Art Thou », Lowell Fulsom dans « Ray Ray biopic Ray », et Blind Willie Johnson dans « The Soul of a Man » de Wim Wenders était le fils talentueux de Tabby Thomas, un certain Chris Thomas King. Outre Raful, la famille Neal comprend Kenny, chanteur, guitariste et harmoniciste primé qui sévit dans les festivals de blues partout dans le monde – mais qui reste à Baton Rouge où il vient à son tour d’ouvrir un club. Bref, voici un livre bourré d’anecdotes, dans un anglais accessible et distrayant. Idéal pour (re)découvrir le blues des marais. – Philippe Prétet


British Rock

1968-1972 : Pop, Rock, Glam

Par Christophe Delbrouck

Collection Castor Music ; ISBN 979-10-278-0134-3 – www.castorastral.com

Christophe Delbrouck est l’auteur de trois ouvrages sur Frank Zappa chez Castor Astral, mais aussi de « Live, une histoire du rock en public » (Le Mot et le Reste), et « The Who et Crosby, Stills, Nash & Young » de nouveau chez Castor Astral. C’est fidèle à ce même éditeur qu’il a entrepris un imposant travail chronologique de l’histoire du rock britannique. Après « British Rock, 1956-1964 : Le temps des pionniers » et « 1965-1968 : Swinging London », il s’attarde maintenant sur la scène londonienne de 1968 à 1972. Avec ce troisième tome, on découvre la naissance et l’essor de nouveaux groupes comme Queen, Led Zeppelin, ou Pink Floyd, le succès de David Bowie, Joe Cocker ou Elton John et on assiste au déclin des Beatles ou à l’évolution des Rolling Stones. Personnellement, comme certainement nombre d’entre vous – lecteurs d’ABS –, je ne suis pas ce qu’on peut appeler un « fan de rock » et mes connaissances dans le domaine sont plus que limitées. Mais ce bouquin se lit comme un roman, traite de personnages que l’on connaît forcément par la radio ou la télé, et j’avoue avoir pris tellement de plaisir à lire ce « British Rock, 1968-1972 », livre accessible à tous. – Marcel Bénédit


Blues Hands

Par Joseph A. Rosen

ISBN : 978-0-7643-4963-8 / Editions Schiffer – www.schifferbooks.com

L’auteur, photographe américain Joseph A. Rosen a gagné notamment le prestigieux prix « Keeping the Blues Alive Photography & Art» en 2002. C’est en 1976 qu’il a commencé à s’intéresser à la photographie du blues en rencontrant Muddy Waters. Depuis, il n’a de cesse de photographier les musiciens aux quatres coins du petit monde du blues. Ce recueil de près de 250 photos en couleur et noir et blanc est – comme son nom l’indique – consacré aux « mains du blues ». Comme tout un symbole, la photo de couverture est consacrée à l’immense et regretté Willie King. Le photographe y exprime la force, la beauté, la diversité, la puissance du blues qui puisent aux racines de toute la musique afro-américaine. On trouvera dans cet opus des personnalités musicales comme B.B. King, Gary Clark Jr., Buddy Guy, Al Green, Susan Tedeschi, Derek Trucks, les Blind Boys of Alabama, James Brown… Avec des anecdotes et des images à l’expression immédiate – outre des informations biographiques – « Blues Hands » relate une expérience humaine de près de 30 ans. Dans un format qui prendra peu de place dans votre bibliothèque, voici une idée de cadeau singulière pour les amateurs de superbes clichés qui illustrent une thématique originale. Philippe Prétet