Chroniques #56

• L’actualité des disques blues, soul, gospel, r’n’b, zydeco
et autres musiques afro-américaines qui nous touchent, vue par abs magazine online…

Linsey Alexander

Two Cats

Delmark DE851 / Socadisc – www.delmark.com

Cela fait pas mal de temps que Linsey Alexander – né en 1942 – se produit dans les bars à blues de Chicago et environs, mais le “Hoochie Man” n’a atteint à la notoriété que depuis que la compagnie Delmark l’a pris sous son aile. Ses enregistrements précédents en 2004, 2006 et 2010, en autoproduction, étaient relativement confidentiels mais son premier album pour Delmark, « Been There Done That », paru en 2012, a fait l’effet d’une bombe. Il a même été élu « meilleur disque de blues de l’année ». Le deuxième,  « Come Back Baby », en 2014, était de la même veine et ce troisième ne dépareille pas. Il contient toujours une bonne dose d’humour décalé, grivois souvent, avec des morceaux comme I’m Not Your Problem, Where Did You Take Your Clothes Off Last Night, I’m In Love With A Woman (mais elle a une femme aussi !) ou un olé olé Two Cats (« ma femme a deux chattes, une devant et une derrière… »). Il est aussi bien dans son époque avec Facebook Woman, tandis que la politique, le nouveau locataire de la Maison Blanche et son équipe l’ont aussi inspiré dans Comb Over Blues (« I can’t believe what’s in the news, Wiki leaks, oil leaks, Twitter makes me jitter… »). Et tout cela arrive orné de belles mélodies soutenues par une section de cuivres punchy et des passages de guitare mordants et incisifs. Breezy Rodio (lead guitar), Paul Hanover (harmonica), Anthony Palmer (rhythm guitar) et Roosevelt Purifoy (claviers) épaulent à merveille Alexander qui est un conteur d’histoires facétieux et hilarant distillant un Chicago blues V.S.O.P. comme on en redemande, tantôt slow tantôt rapide (How Could You Do Me Like You Done Me ?, Starting Monday) avec de çà et là des clins d’œil au R&B, à la soul (‘Til I Kissed You, Kiss Revisited) et au funk (User). L’âge d’Alexander ne perce que par moments brefs, à travers sa voix qui n’est plus celle d’un jeune homme, mais il assure vaillamment et cela n’enlève rien au plaisir d’écoute qui se maintient tout au long de cet album roboratif et jouissif. – Robert Sacré


Sugaray Rayford

The World That We Live In

Blind Faith Records BF 0104 / Differ-Ant

On peut que s’étonner, vu le talent de Sugaray Rayford, qu’il il faille qu’il enregistre hors États-Unis pour sortir un aussi bon album. Mais c’est un choix consenti, en collaboration totale avec le talentueux Luca Sapio, que l’on ne présente plus, auteur-compositeur des dix morceaux de ce disque, mais aussi aux consoles et à la production. Seuls les chœurs ont été enregistrés hors Blind Faith Studio (studio/label de Luca) : à Dan Rafael, en Californie, par Chris Edwards. Du haut de son mètre quatre-vingt-seize et avec sa bonhommie, Sugaray signe ici un album un peu différent de ce qu’il a fait jusque-là, plus soul, mais avec, toujours, cette voix et cette énergie qui donnent le frisson. On est parfois proche des très grands – comme Solomon Burke ou Redding – dans ses interprétations. Quant aux musiciens et la la section de cuivres qui secondent le chanteur, c’est un pur régal, autant dans le jeu que dans le son et le mixage. Après avoir relancé la carrière de Martha High (l’ex choriste de JB), le producteur transalpin avait envie d’amener Sugaray sur le terrain de la soul et sortir un peu du douze mesures conventionnel. Nous savions, après un set marquant lors du Lucenre Blues Festival, que cet idiome lui irait comme un gant. C’est un pari totalement réussi et un album de dix faces très abouties que l’artiste texan nous livre ici. – Marcel Bénédit


Bror Gunnar Jansson

And the Great Unknown part II

Normandeep Blues – www.normandeepblues.fr

Pour casser l’ambiance d’une soirée trop animée, rien de tel que cet album de Bror Gunnar Jansson. Vos invités quitteront discrètement les lieux en prétextant l’heure tardive et vous vous retrouverez enfin seul pour goûter l’horizon tourmenté de ce chanteur et guitariste suédois. Dans ses textes défile une galerie de personnages singuliers ou inquiétants, marginaux ou dangereux. Son univers rappelle ceux de Tom Waits ou de Nick Cave. Les moments de tension (The Lonesome Shack, The Bear Snake) contrebalancent de long passages sombres et incantatoires (The Preacher, While I Fight the Tears) au bout desquels un changement d’accord, une pincée de slide ou de pedal-steel laissent entrevoir des aurores boréales. La voix se déchire aussi sur He Had a Knife in His Hands ou le douloureux I Ain’t Going Down That Road No More. Un CD qui prolonge avec classe « And the Great Unknown part I », sorti peu de temps avant. – Dominique Lagarde


Little Willie Farmer

I’m Coming Back Home

Wolf CD 1200939 – www.wolfrec.com 

Le Sud recèle toujours des pépites ! Hannes Folterbauer, le boss du label autrichien Wolf, l’illustre, si besoin est, avec sa dernière trouvaille : Little Willie Farmer. Né en 1956 à Duck Hill (Ms), celui-ci a appris le blues auprès de son oncle Waldo qui a également influencé le sémillant Leo Bud Welch. Initié très tôt au gospel par ses parents, Little Wille Farmer a fait montre d’un réel talent qui l’a rapproché de plusieurs formations à l’église, dont The Silver Tone et The Angelettes. Et puis, attiré par le blues en écoutant les radios locales, il va ensuite jouer dans le Delta, avec Johnnie Billington, Bobby Rush, Lynn White et au Civic Center à Greenwood. Little Willie Farmer élabore et distille un country blues et un funky blues épatants. Sur ce premier album pour Wolf, il joue en solo sur une guitare acoustique qui est amplifiée sur plusieurs morceaux. Le jeu est vif et alerte, les phrases fluides et glissantes. Il alterne les titres down home blues au rythme syncopé et ceux plus urbains au swing marqué. Son large répertoire est composé de standards de blues classique outre quelques morceaux autodidactes. Écoutez en priorité le titre éponyme I’m Coming Back Home à la ligne de basse marquée, à la voix déclamatoire aux intonations du Loup Hurlant et à la guitare aux effets de tiré particulièrement maîtrisés. Idem pour l’interprétation magique de Back Door Friend aux accents émouvants de Lightnin’ Hopkins. Les 14 titres du disque sont d’égale valeur, à l’image de la ballade à tempo mi-lent Come Home Find My Baby Cry. Sa version de Boogie Chillum de John Lee Hooker à l’acoustique est virevoltante. Little School Girl exprime pleinement ce que le blues permet de ressentir au-delà d’une technique maîtrisée. Goin’ To Louisiana (deuxième version de l’album) fixe une ligne de basse métronomique avec un jeu « boogie woogie » rondement mené. Sur le bouleversant titre du texan Lightnin’ Hopkins GrandMama Told Grandpap, la guitare amplifiée délivre avec un tempo mi-lent des notes pronfondes qui transpirent le blues du Sud avec une narration légère très ancrée dans la tradition. Enfin, Obama – The President Song, est une ode qui célèbre qui vous savez. Un disque presque improbable aujourd’hui, au son bien léché, qui constitue pour moi le vrai coup de coeur de cette période estivale. – Philippe Prétet


The Cashbox Kings

Royal Mint

Alligator ALCD 4976 / Socadisc – www.alligator.com

Belle consécration pour ce groupe talentueux qui fait maintenant partie de la grande famille Alligator et qui se voit assuré d’une distribution correcte et mondiale, même si leur passage chez Blind Pig leur avait déjà mis le pied à l’étrier. En fait, on a ici leur neuvième album. Le noyau du groupe est formé par Joe Nosek (hca, vo) qui a fondé le band en 2001 et Oscar Wilson (vo) qui l’a rejoint en 2007, associés depuis longtemps à Joel Paterson (guitare), Kenny “Beedy Eyes” Smith (drums) et au regretté Barrelhouse Chick (piano), rejoints plus récemment par Billy Flynn (guitare), et quelques autres. Pour l’occasion, ils ont accueilli des invités dont une section de cuivres, les C-Notes. On a ici quelques reprises traitées avec originalité et avec gusto comme le bien enlevé House Party emprunté à Amos Milburn, une version bien balancée du I’m Gonna Get My Baby de Jimmy Reed, le Traveling Riverside Blues de Robert Johnson, mais aussi Flood, un morceau repris à Muddy Waters et rarement joué, sans oublier I’m A Stranger de Junior Wells (une idole de Nosek) et même All Night Long de Clifton Chenier. La plupart de leurs compositions originales valent aussi le détour, parce que très ancrées dans la réalité du monde actuel comme Blues for Chi-Raq qui traite de la violence dans le quartier de Wilson (43rd street dans le South Side) ou les réseaux sociaux avec If You Got A Jealous Woman, Facebook Ain’t Your Friend, mais aussi la politique avec les phantasmes de Trump (Build That Wall), avec humour et en mode rockabilly. Avec cet opus, on peut dire que les Cash Box Kings confirment, si besoin était, leur entrée fracassante dans la cour des grands. – Robert Sacré


John Nemeth

Feelin’ Freaky

Memphis Grease Records MGRCD001 – www.johnnemeth.com

Si la pochette est bien sûr un clin d’œil au premier album du Velvet Underground, sorti il y a tout juste 50 ans, question look, John Nemeth semble davantage se rapprocher de Doctor John. Question musique, c’est encore autre chose. Ce chanteur et harmoniciste californien, s’est exilé à Memphis depuis quatre afin de se rapprocher du son qu’il affectionne : celui des studios Royal. Sur la Côte Ouest, il a travaillé et beaucoup appris, auprès du guitariste Elvin Bishop. À Memphis, il a trouvé un écrin pour son chant inspiré, doux-amer et nuancé. Accompagné ici des Blue Dreamers, le groupe qui est aussi celui de ses tournées, il livre 11 créations où les rythmes mid-tempo (avec plus ou moins d’accélération selon les cas !) dominent, bien mis en valeur par la production puissante de Luther Dickinson des Mississippi All Star. Under The Gun exprime l’inquiétude de vivre dans un pays où la détention d’armes prolifère. Si Feelin’ Freaky, Rainy Day, Kool Aid Pickle, Long Black Cadillac, peuvent sortir du lot, chacun au fond peut trouver son instant de bonheur dans cet ensemble très cohérent et rien moins qu’excellent. – Dominique Lagarde


Davis Coen

These Things Shall Pass

Soundview Distr. Select-O-Hits – www.daviscoen.com

Davis Coen est un chanteur/guitariste du Mississippi et il est dans le circuit du show business depuis plus de 20 ans avec dix albums au compteur (celui-ci inclus) et de multiples tournées aux USA mais aussi en Europe. Tout cela dans une discrétion certaine, car il n’est pas assez connu chez nous. Il définit son style comme du country-blues contemporain avec un gros intérêt pour le répertoire religieux. Il vient, enfin, de réaliser son rêve d’enregistrer un album entier d’Hymnes et de chants de Gospel et le moins qu’on puisse dire, c’est que, contre toute attente de la part d’un vocalise blanc, cet album est excellent quasiment de bout en bout. Le timbre de voix est bien adapté à ce style, avec de fortes colorations country, que ce soit dans les six compositions personnelles de Coen ou dans les covers. L’accompagnement est lui aussi à forte connotation country mais, au total, c’est une très bonne surprise avec de vieux hymnes comme Old Rugged Cross ou What A Friend We Have In Jesus, avec une bonne reprise comme le Working For Jesus (de Willie Banks & The Messengers) ou des compositions personnelles comme le mélodieux Saint Christopher, en duo avec le chanteur Patrick McClary de Jackson, Mississippi, que l’on retrouve dans le superbe Jesus’ Hand. À découvrir absolument. – Robert Sacré


North Mississippi Allstars

Prayer For Peace

Legacy

Un disque assez profond des NMA, groupe fondé en 1996 par les frères Dickinson : Luther (guitare, chant) et Cody (drums, piano, bass, programming et chant). Cet album a été enregistré de manière itinérante aux US durant leur tournée de 2016 dans divers studios. C’est peut-être l’album qui depuis le début de leur carrière allie le mieux leur sensibilité à ce mélange musical devenu leur marque de fabrique, sorte de southern rock qui rencontrerait le hill country blues. Une bonne dose d’énergie, des réflexions sur le monde, la famille, et un message optimiste en filigrane. 12 titres très différents, avec des invités de marque qui viennent prêter leur talent à cette belle entreprise : le bassiste Oteil Burbridge (Allman Brothers), Greame Lesh (Midnight North, The Terrapin Family), Sharisse Norman et Danielle Nicole au chant, le bassiste Dominic Davis et la présence remarquée de la formidable Shardé Thomas, petite fille d’Otha Turner.Un très bel album. – Marcel Bénédit


Jim Allchin

Decisions

Sandy Key Music CD-JA004

Il semble qu’il y ait pas mal d’intellectuels ayant des professions reconnues dans leur sphère d’activité qui ont fait un pas de côté soit temporairement, soit définitivement, pour se consacrer à leur passion de la musique et pour réaliser leur rêve de devenir musicien professionnel, parfois avec des périodes de vache maigre. On pense à Pierre Lacocque, un psychothérapeute renommé à Chicago qui, harmoniciste, est devenu le leader du très réputé groupe Mississippi Heat. Jim Allchin a lui aussi fait ce choix. Avec un doctorat en Sciences Informatiques de Stanford University et du Georgia Institute of Technology d’Atlanta, il est devenu directeur de département chez Microsoft et un expert reconnu sur le plan international ! Pourtant, guitariste, il a choisi la voie de musicien pro. C’est ici son troisième album, varié et recelant de fort bons moments, avec l’aide appréciable du producteur vedette et « awardisé » Tom Hambridge (par ailleurs batteur et présent sur l’album), et de Reese Wynans, le magicien du piano et du Hammond B3. À côté d’un couple de ballades quelconques sur le plan musical (mais intéressantes sur le plan des paroles) dont l’une bénéficie pourtant du concours vocal de Keb’ Mo’ (Healing Ground) et de quelques blues rock, cet album réserve de bonnes surprises s comme The Mexican End (avec, en intro, un clin d’œil mélodique à Pierre Lacocque, cité plus haut) et Bad Decisions mais aussi un Blew Me Away bien enlevé, tout comme l’excellent instrumental Just Plain Sick et quelques bons blues comme Friends et You Might Be Wrong. On appréciera aussi My Father’s Eye, une ballade émouvante en slow et un bel hommage de Allchin à son père mort il y a près de 50 ans et qu’il a peu connu, assez toutefois pour le regretter. Allchin est un guitariste très convaincant tout au long de l’album et il est superbement soutenu par des partenaires talentueux, surtout Reese Wynans omniprésent et toujours à bon escient, par le batteur Tom Hambridge, et par une section de cuivres efficace. – Robert Sacré


Greg Sover

Songs Of A Renegade

www.gregsover.com

Un nouveau venu sur la scène blues et soul blues dont on va entendre parler. Greg Sover est un jeune chanteur, guitariste et auteur-compositeur de Philadelphie. Mais si le jeune homme, qui vient du blues rock, semble devoir être à l’aune d’une brillante carrière, c’est autant parce qu’il écrit bien, chante bien et joue bien que parce qu’il sait aussi s’entourer et sortir du créneau de ses tout débuts. Et quoi de mieux qu’être accompagné pour cela par des musiciens émérites – et notamment trois vétérans de la scène de Philadelphie : Garry Lee (bassiste, directeur musical et co-producteur de l’album), le guitariste Allan James et le drummer Tom Walling. Ajoutez à cela des invités hauts en couleur aux percussions, et vous avez un cocktail original au service d’un album énergique de dix titres, totalement abouti et vraiment original. – Marcel Bénédit


Vintage #18

Grit

Auto prod. 1-91061-44676-7 / CD Baby – www.vintage18.net

Premier album pour ce quartet qui s’est choisi un nom aussi bizarre qu’original et qui signe 9 des 11 faces reprises ici : un mix de soul et de blues. Populaire en Virginie du Nord, au Maryland et à Wshington D.C., ce groupe est formé de quatre personnalités bien trempées, à commencer par la chanteuse noire Robbin Kapsalis née à Chicago et élevée à Atlanta dont le rôle est essentiel. Elle est bien entourée avec Bill Holter, un guitariste très doué, Mark Chandler à la basse, guitare slide et clavierss et Alex Kuldell le batteur. Cela commence, on ne sait pourquoi, par quelques faces soul assez quelconques, le meilleur étant gardé pour les quatre ou cinq dernières faces, en passant par des slow blues prenants comme Love Hangover et Just Got Back From Baby’s. À noter aussi un Million Miles, en slow, torturé et dramatique, fort long (plus de 8 minutes) et, pour finir, quelques bon blues en medium comme Poor Me et Remember. L’album culmine avec l’excellent Good Eye bien enlevé. On attendra un deuxième album, voire plus, pour se faire une idée plus précise, mais c’est un début encourageant. – Robert Sacré


Little Freddie King

You Make My Night

MadeWright Records MWR72

Little Freddie King est considéré en Louisiane comme le “Gutbucket King”. Autrement dit, qu’il joue un blues à ras-de-terre, poisseux et bien ancré dans la tradition… Effectivement, Fread Eugene Martin, 76 ans, frère du mythique Freddie King, est l’un des derniers représentants d’un country blues électrique joué avec les tripes et en phase avec la réalité quotidienne des afro-américains qui vivent dans le Sud. Son blues va donc à l’essentiel. Certes, le jeu au fil du temps est parfois désuni, mais il reste l’essentiel : l’âme du bluesman avec un jeu hypnotique et captivant. Little Freddie King est une véritable légende. Il a joué toute sa vie dans des juke joints où les locaux écoutaient sa musique en buvant une bière et ce, même si la guitare n’était pas toujours accordée parfaitement. Peu importe, pourvu que l’ambiance soit là. Son ami “Wacko” Wade a bien compris que c’était une pépite, lui qui l’accompagne aux fûts et qui le produit notamment sur cet opus live enregistré dans le fameux club « DBA » sis Frenchmen Street à NOLA. À ses côtés, on retrouve le bassiste William Jordan et le brillant harmoniciste Bobby Lewis Ditullio dont les phrases superbes et lancinantes transcendent le blues terrien qui suinte de la guitare. Onze titres dans cet album dont six sont crédités au maestro. Le répertoire donne toujours autant le frisson. Tough Frog To Swallow à tempo mi-lent envoûtant et à la rythmique infernale a fait se déhancher les fans présents lors de la prise son. Chickend Dance, un grand classique du répertoire imagé de Little Freddie King, est emblématique du Sud profond. Un blues brut de décoffrage et un son ample et saturé constituent l’arme fatale qui fonctionne à merveille. Standin’ At Yo Door lent et sirupeux à la basse métronomique et à la voix qui harangue est un moment fort de l’album. Pour finir, Siung Sang Sung est un instrumental mâtiné de rock’n’roll qui sied si bien à l’artiste. L’album est aussi disponible en vinyle. Il tourne en boucle sur ma platine. – Philippe Prétet


Gina Sicilia

Tug of War 

Blue Elan BER1023 – www.ginasicilia.com 

Gina Sicilia est maintenant en pleine maturité artistique et offre ici son meilleur album à ce jour, à mon humble avis. Pourtant, même s’il n’est pas à placer vraiment dans la catégorie « blues » stricto sensu. Par contre, c’est un bel effort réussi dans un domaine, la musique soul, où rares sont les artistes blancs capables de rivaliser avec leurs homologues noirs. Gina a composé quasiment tous les titres. Sa soul trouve souvent son origine dans la musique country comme He Called Me Baby (une des meilleures faces de l’album, composée par Harlan Howard, une vedette de C&W, et dont elle fait un beau morceau de soul sudiste), avec Ron Jennings (guitare) et Joel Bryant (Hammond B3), voire dans la musique pop (sa version de All My Loving (des Beatles !) est une belle tranche de Southern Soul en slow, tout comme son syncopé Tell Him (des Exciters). Mine de rien, cela demande du talent et Gina en a, à revendre. Parmi ses propres compositions, I Don’t Want To Be In Love (co-écrit avec son guitariste Dave Darling – un nom prédestiné) est de la même veine, comme d’autres faces « from-country-to-soul » : Never Gonna End et les excellents Abandoned en medium, Heaven uptempo et Damaging Me en slow. Les paroles des compos de Gina Sicilia sont reprises dans les notes de pochette. Un seul regret, avec ses tout juste 40 minutes, ce recueil nous laisse un peu sur notre faim, on en aurait aimé un peu plus. – Robert Sacré


John McNamara

Rollin’ With It

Bahool Records BMM394.2 – www.johnmcnamarablues.com

Comme il y a quarante ans et plus, le chemin des studios Ardent est de nouveau très emprunté. Sur la route de Memphis, dans la voiture qui l’emmenait depuis l’Australie, le chanteur et guitariste John McNamara a eu tout le temps d’écouter le disc-jockey pour s’imprégner des musiques du lieu. Il en est reparti sans les menottes aux poignets, mais avec cet album bien ficelé de dix titres, dont quatre reprises de soul vintage. Dans son chant, John McNamara retrouve parfois des intonations à la Little Willie John. Son morceau Under The Weight of The Moon rappelle Summertime. À ses côtés, quelques musiciens historiques de la ville, le guitariste Michael Toles, le clavier Lester Snell ou le batteur Steve Potts, et le soutien d’une section de cuivres. – Dominique Lagarde


Willa & Co

Better Days 

Building Records – www.willaandcompany.com 

Nouvelle venue pour nous dans la galaxie des chanteuses de R&B, Willa Vincitore (ex-McCarthy) est dans le circuit depuis près de deux décades, mais voici son premier album. Elle l’a peaufiné en rassemblant autour d’elle un beau panel de musiciens dont le palmarès est éloquent parmi lesquels Chris O’Leary, un vieux pote, Willa fut un des membres fondateurs de son band et a contribué à trois de leurs albums. Elle a composé elle-même les 12 titres de son album ! Cela démarre en fanfare avec un excellent Love Looks Good On Me bien enlevé. Willa est une chanteuse puissante dans divers registres, son timbre de voix vaut le détour ! Et cela continue dans la même veine, avec du R&B musclé et bluesy comme Stop, Droll And Roll, Hooked On You, Mama Needs Some Company (avec un super guitariste : Chris Vitarello), Hey Little Sister ( avec O’Leary – harmonica et chant) . Il ne faut pas oublier Demons en slow avec C. Vitarello à la slide pour conclure en beauté. Le reste est plus ordinaire, mais c’est un avis très subjectif et certains y trouveront leur bonheur. – Robert Sacré


Reggie Young

Ace CDCHD 1500 – www.acerecords.co.uk

Guitariste de studio à Memphis depuis le milieu des années cinquante, Reggie Young connaît le succès fin 1959 au sein du Bill Black’s combo avec le hit Smokie pt 2. C’est sa participation à des standards de la soul comme The Dark End of the Street de James Carr ou le Midnight Mover de Wilson Pickett (la liste est interminable !) qui lui vaut l’estime et le respect des amateurs de soul music. Son jeu élégant et raffiné se fait encore entendre derrière Presley sur In the Ghetto ou Suspicious minds, lors du passage du King à l’American studio en 1969. Entre 1967 et 1972, les licks de guitare de Reggie Young sont un must que viennent aussi capter une pléiade de chanteuses et chanteurs country et pop. Un carnet de travail est strictement tenu par l’intéressé, non pour le bonheur futur des discographes, mais pour être sûr d’être payé ! La vie et la carrière de ce personnage essentiel et discret, sont retracés dans le copieux livret signé Colin Escott. À 81 ans, Reggie Young enregistre un premier album instrumental de sept compositions qui fleure bon le mariage de la southern soul et de la country music. À ses côtés, d’autres noms (Clayton Ivey, David Hood) rappellent le glorieux passé des sessions de Memphis. L’ensemble se conclut sur un hommage à Jennifer, celle qui partage sa vie depuis une vingtaine d’années. Un morceau dont la ligne mélodique rappelle le Natural Woman d’Aretha Franklin. Pour ceux qui recherchent le temps long et serein. – Dominique Lagarde


Rick Estrin & The Nightcats

Groovin In Greaseland

Alligator ALCD4977 / Socadisc – www.alligator.com

Compositeur aussi prolifique que doué et harmoniciste virtuose, Estrin défend les couleurs de la compagnie Alligator Records depuis 1987. À l’époque, il officiait au sein de Little Charlie & The Nightcats et il a participé aux 9 albums de ce groupe. Depuis 2008, il a repris la direction du quartet et c’est le 4è album à mettre à son actif. Celui-ci a été enregistré aux studios (+ club) Greaseland à San José, CA., dont le propriétaire est le guitariste hors pair Kid Andersen… lequel fait partie des Nightcats depuis 2008, avec Lorenzo Farrell (piano, orgue) et Alex Pettersen (drums). C’est une équipe HP (Hautes Performances) avec Estrin impérial à l’harmonica, nuancé par ci (Cool Slaw) et péremptoire par-là (Another Lonesome Day), avec un Andersen absolument génial dans chacune des 13 faces (11 composées par Estrin) et entre autres dans Cool Slaw ou Hot In Here et, en particulier, dans l’instrumental Mwah composé par ce même Andersen en hommage au regretté Lonnie Mack ! Le pianiste/organiste Farrell est brillant lui aussi (I Ain’t All That, Hands Of Time…) sans oublier le batteur Pettersen qui maîtrise les tempos et le beat/pulsation des Nightcats, avec sobriété mais autorité. Et il y a des guests, une section de cuivres, Nancy Wright, sax, dans Mwah, Terry Hank avec John Halbleih et Jim Pugh (piano) dans le sautillant Big Money, etc. Le timbre de voix nasal d’Estrin a ses partisans et admirateurs, à titre personnel je suis moins enthousiaste mais c’est subjectif. Par contre, toutes les paroles sont de qualité, dans l’humour décalé (Dissed Again…), comme dans les sujets sérieux (Living Hand To Mouth, The Blues Ain’t Going Nowhere). – Robert Sacré


Various Artists

Texas Alexander and His Circle 1927- 1951

Box JSP 77203 (4CD) / Socadisc – www.jsprecords.com

Algernon Alexander, né en 1900 près de Centerville au Texas, est sans doute le principal pionnier du Texas blues. Ce box de 4 CD présente l’intégrale de son œuvre, soit 65 titres enregistrés de 1927 à 1934 plus son dernier single de 1950 qui n’est pas fameux. Alexander est un chanteur assez primitif possédant une solide voix proche des « hollers », ces chants de travail qu’il a sûrement pratiqués. On peut trouver son chant un peu monotone, mais ce qui fait aussi (surtout) la beauté de son œuvre, c’est qu’il était seulement chanteur, confiant ses accompagnements aux meilleurs : Lonnie Johnson (toujours superlatif et sachant s’adapter à toutes les situations ), Eddie Lang, Little Hat Jones ou Carl Davis aux guitares, les Mississippi Sheiks avec les frères Chatmon et même sur deux titres extraordinaires : Tell Me Woman Blues et Frisco Train Blues, King Oliver avec Clarence Williams. L’influence d’Alexander fut majeure ; ne jouant d’aucun instrument. Il trimballait une guitare et faisait appel aux jeunes talents locaux pour le soutenir ; c’est ainsi que Lowell Fulson ou Lightning Hopkins firent leurs premières armes. Le box est complété par l’intégrale des 10 faces de Little Hat Jones qui sont de haut niveau, dont le classique Rolled From Side to Side, six faces de Willie Reed, quatre de Coley Jones, plus le single de Johnny Beck et celui de Sam “Suitcase” Johnson. Il faut écouter Texas Alexander : c’est un artiste important. – Marin Poumérol


Various Artists

Nothing But A House Party
The Birth of the Philly Sound 1967-1971

Kent Records CDKEND 466 – www.acerecords.co.uk

Peut-on parler de creux de la vague pour la soul de Philadelphie entre le milieu des années 60 et le début des seventies ? Certainement pas, si l’on se réfère aux 24 titres contenus dans cette compilation. Entre les chanteurs pour teenagers de la première moitié des sixties (Chubby Checker, Orlons, Dee Dee Sharp, Bobby Rydell et l’explosion du Philly Sound en 1972, survient une période de transition et de maturation, au cours de laquelle vont émerger des talents majeurs, comme ceux de Kenny Gamble et Leon Huff. On retrouve ici nombre de leurs productions initiales pour divers artistes. Aux côtés de talents établis comme Jerry Butler, Archie Bell, Barbara Mason, les Delfonics et Intruders, on découvre une cohorte d’inconnus et quelques perles savoureuses comme le Christine d’Executive Suite ou le Rainmaker des Moods. Ni Motown, ni Memphis, la soul de Philadelphie est dansante (le frénétique titre des Showtoppers en ouverture, un tube en Angleterre), très orchestrée, swinguante et légère. Proche de la variété aux oreilles de certains, elle s’en détache néanmoins par la ferveur de ses interprètes. Une recette qui fera bientôt fureur avec les O’Jays, Billy Paul, Harold Melvin, etc… Une compilation qui fait mouche, richement annotée par Tony Rounce. – Dominique Lagarde


Tabby Thomas meets Lonesome Sundown

Down In Louisiana

Jasmine Records JASMCD 3088 – www.jasmine-records.co.uk

Ernest Joseph “Rockin’ Tabby” Thomas (1929-2014) restera à jamais l’un des grands représentants du swamp blues louisianais. Ceux qui eurent la chance d’aller passer une soirée dans son club, le Tabby Blues Box dans la zone pétrolifère de Bâton Rouge (un endroit sexy) et discuter avec lui, ne peuvent qu’avoir été marqués par la gentillesse du bonhomme, la typicité du lieu, et la qualité du blues souvent à ras de terre qu’on y entendait. Après un passage par San Francisco en 1959 et une poignée d’enregistrements sur Hollywood Records qui ne rencontrent aucun succès, il regagne sa Louisiane natale. Dès lors, après quelques faces sur de petits labels, c’est grâce à Excello records, le label basé à Crowley, qu’il rencontre enfin un certain succès avec Hoodoo Party en 1961. Il ne fera pas une grande carrière à titre personnel mais, entre son club, son label Blue Beat qu’il crera à la fin des années 60 permettant notamment à pas mal d’artistes locaux d’enregistrer et ses apparitions régulières dans les festivals (notamment le NO Jazz Fest), son nom marquera très nettement l’histoire du swamp blues. Chanteur, pianiste et guitariste, Tabby Thomas reste une figure du lieu. Il est heureux que Jasmine Records, dans sa série de belles compilations, lui rende hommage avec ce CD qui regroupe de très anciennes faces pour Delta, Feature, Rocko, Zynn, puis Excello évidemment, 18 au total avec une excellente qualité de son. Et afin de poursuivre logiquement sa balade dans le swamp blues, le label britannique nous gratifie dans la foulée de 10 faces de Lonesome Sundown pour Jay Miller qu’on a grand plaisir à réentendre.  On est ici immergé avec bonheur dans le blues des bayous. – Marcel Bénédit


Various Artists

Unreleased Piano Blues Gems 1938-1942

Hi-Horse Records 19001

Un disque bien sympathique, très bien présenté avec un son excellent livret et qui propose 17 petites perles de piano blues dont 15 inédits. Roosevelt Sykes se taille la part du lion avec 12 titres enregistrés à Chicago en 1941-42 avec Alfred Elkins à la basse et un guitariste sur 4 titres. C’est du très bon Sykes comme on le connaît dans ses bons jours. Curtis Jones en tout début de carrière, a droit à deux titres bien ficelés dont l’excellent My Blues Is Rising de 1939. Un certain “Poor Boy” Burke est présent sur deux titres, mais il s’agit en fait de St Louis Jimmy qui se cache sous ce nom. Petite curiosité avec ce Xmas Blues par Willie “Boodle It” Right, superbement accompagné au piano par le grand Joshua Altheimer bien connu pour ses accompagnements de Big Bill Broonzy. Toutes les paroles de ces titres sont reproduites sur le livret accompagnant ce CD qui devrait plaire à tous les fondus de piano blues. – Marin Poumérol


Mahalia Jackson

Intégrale, Volume 16, 1961

Frémeaux & Associés FA1326 – www.fremeaux.com

Et voici le troisième volume (sur 4) issu de la bande son d’enregistrements filmés par la Television Enterprise Corporation en 1961 en Californie. Comme dans les autres volumes on retrouve, dans ces 21 faces, un mélange de quelques Negro Spirituals, de Gospel Songs plus nombreux et pris aux meilleures sources et de quelques Hymnes. Mahalia Jackson y déploie son talent exceptionnel fait de convictions religieuses en béton, d’un charisme hors normes et d’une sensibilité exacerbée à fleur de peau alliés à une diction impeccable et à un dynamisme communicatif qui transcendent aussi les morceaux lents, plus solennels et introvertis comme Just Tell Jesus, Nobody Knows The Trouble I’ve Seen, The Holy Bible, I Surrender All, etc. Il faut dire qu’elle bénéficie d’un soutien sans failles de ses partenaires, surtout de sa pianiste, la sensationnelle (et sous-estimée) Mildred Falls. On notera ici les faces empruntées aux grands compositeurs de gospel de l’époque comme Thomas A. Dorsey (It’s My Desire en slow et Hold Me, Don’t Let Me Go en slow mais super bien syncopé), Roberta Martin (He Knows How Much We Can Bear en medium avec une intensité prenante) et Kenneth Morris (Remember Me en slow qui change joliment de rythme à mi-chemin en medium, I Want To Rest en medium, superbement chaloupé comme Thank You Jesus avec une Mildred Falls éblouissante). Mahalia Jackson est émouvante et géniale dans les faces lentes et en medium mais, en ce qui me concerne – donc subjectivement- là où elle casse le mieux la baraque, c’est dans les faces rapides et super swinguantes comme Give Me That Old Time Religion, He’s Sweet I Know ou Lord Search My Heart. Recommandé sans réserves comme toute la série. – Robert Sacré


Lowell Fulson

Classic Cuts 1946-1953

Box JSP 77207 (4CD ) / Socadisc – www.jsprecords.com

Réédition à l’identique d’un coffret paru en 2004 contenant les 113 premiers enregistrements d’un des piliers du blues, l’incontournable Lowell Fulson. Né en Oklahoma en 1921 dans une famille musicale et ayant du sang indien il devint vite guitariste et accompagna le légendaire Texas Alexander puis s’établit en Californie où il enregistra dès 1946 pour Bob Geddins et sa myriade de petits labels. Dès le début son style est établi et dans ses petites formations il sait s’entourer des meilleurs : les pianistes Eldridge Mc Carty , puis Lloyd Glenn ou Jay McShann, les saxophonistes Earl Brown, Maxwell Davis. Billy Hadnott à la basse et Bob Harvey aux drums. Il grave également une série de blues avec le seul soutien de son frère Martin à la seconde guitare. Ray Charles jouera aussi quelque temps avec lui (mais n’apparaît dans aucun enregistrement). Son 3 O’clock Blues deviendra le premier succès important de B.B. King. Cette musique est de l’excellent R&B à cheval sur les styles texans et West Coast, avec un jeu de guitare à la fois fluide et cinglant suivant les morceaux. En 1954, Lowell signa chez Chess Records à Chicago et démarra une superbe seconde carrière avec Reconsider Baby, mais ceci est une autre histoire… Tout était déjà en place dans les faces très prometteuses présentées ici. – Marin Poumérol


Junie

The Complete Westbound Recordings (2 CD)

Westbound CDSEW2 157 – www.acerecords.co.uk

Chanteur des Ohio Players de Detroit, Walter “Junie” Morrison – récemment décédé à l’âge de 62 ans – quitte le groupe fin 1973. À l’origine, un désaccord sur les ballades que Junie souhaite faire interpréter au groupe. Il emporte avec lui cette voix haute, et beaucoup de ces idées déroutantes qui font le sel et l’originalité des trois premiers albums du groupe. Ce double CD rassemble sa production solo de 1973 à 1976, sortie à l’origine au long de trois albums et d’une poignée de 45 tours, pour la plupart des versions courtes de titres figurant sur les 33 tours. Des ballades, le premier album « When We Do » n’en manque pas, et le fait entendre accompagné des cordes du Detroit Symphony Orchestra. Mais Junie est tout aussi friand des nouveaux sons du clavinet, que des guitares fuzz. Il y apparaît un peu comme un Zappa de la soul. Ennemi du linéaire, il n’aime rien tant que casser les rythmes, déstructurer les chansons. 1975 le voit encore descendre aux studio Ardent de Memphis, pour enregistrer « Freeze ». Plus funky, l’ensemble repose aussi davantage sur les synthés. Et pour cause, Junie assure seul l’ensemble de l’orchestration parsemant le tout de monologues, ou de petits dialogues aux voix déformées . Quant à « Suzie Super Groupie » de 1976, qui marque son retour à Detroit, accompagné du groupe les Crowd Pleasers, c’est peut-être l’album le plus facile d’accès (et le plus difficile à dénicher en vinyl !). Les titres dansants, mid-tempo ou flirtant avec le disco dominent, mais rien ne fait mouche dans les charts. Junie est ensuite invité à rejoindre la P-Funk Family, avant de signer avec Columbia en 1980. Un talent à redécouvrir au long de cette réédition bien construite à conseiller en priorité aux amateurs de funk soul seventies. – Dominique Lagarde


Albert King

On My Merry Way – The Earliest Sessions of the Guitar King 1954-1962, Singles As & Bs

Jasmine Records JASMCD 3089 – www.jasmine-records.co.uk

Quelques graines semées par la famille Nelson à Indianola (Mississippi) au printemps 1923 firent sortir de terre un arbuste que l’on transplanta à Forrest City puis Osceola (Arkansas). Le premier bourgeon, baptisé Albert King (en remplacement d’Albert Nelson) fut expédié à Gary (Indiana) au début des années 50. Il débute derrière les fûts d’une batterie avec Jimmy Reed et John Brim. Willie Dixon le repère en tant que guitariste et guide ses premiers pas en organisant une audition pour Parrot, label dirigé par le DJ Al Benson. Résultat : un disque et d’autres enregistrements, ici présents, cédés à Chess qui les publiera sur le LP « Door To Door » qu’Albert King partage avec Otis Rush. Le climat du sud semble bénéfique à Albert King. Il enregistre, à Saint Louis, pour Bobby Lyons et sa maison de disque Bobbin, huit singles ; avec en particulier Blues At Sunrise et Don’t Throw Your Love On Me So Strong, ébauches très réussies de chansons qu’Albert King développera, une fois devenu l’un des trois ROIS sous la houlette de Stax. Ce disque rassemble les premiers pas d’un superbe chanteur (il ne faut pas l’oublier), d’un artiste sûr de son immense talent mais à la recherche de sa vraie personnalité, de la popularité et du succès, qui advint à la fin des sixties quand le monde du Rock l’adopta. – Gilbert Guyonnet
Note : ce CD n’est pas l’intégrale 1954-1962. Il manque les alternates et inédits divulgués par Ace en 2001 avec le disque « More Big Blues ».


Various Artists

Boombox 1+2 – Early Independent Hip-Hop, Electro and Disco Rap

Soul Jazz RCD 334/370 – www.souljazzrecords.co.uk


Rapper’s Delight
, de Sugarhill Gang en 1979, est généralement considéré comme l’acte fondateur du hip-hop. L’émergence officielle des street jams underground apparues dans le Bronx des années 70. Selon le compilateur Stuart Baker, le courant prend fin début 1983, après que des hits emblématiques tels que The Message de GrandMaster Flash et Planet Rock d’Afrika Bambataa aient jalonné le parcours. Au total, ces deux doubles CD donnent à entendre 31 titres, parus sur des labels indépendants new-yorkais. Ce hip-hop des sound systems repose encore souvent sur de vrais instruments, mêlés aux premiers samples. C’est aussi l’ère de la révolution du street-art, la reconnaissance des graffitis urbains comme art de l’éphémère. 35 ans plus tard, ces enregistrements pourront vous paraître encore bien éloignés des standards du blues et de la soul, mais l’incroyable richesse des notes de pochette éditée par Stuart Baker, vous permettra de comprendre l’histoire passionnante du passage de témoin d’une génération à l’autre. D’ailleurs des producteurs américains de rhythm’n’blues – parfois en activité depuis le début des années cinquante – ne s’y sont pas trompés et ont ouvert leurs portes à ces jeunes talents, ainsi  Bobby Robinson, Sylvia Vanderpool, Paul Winley, Jack Taylor avec ses marques Rojac et Tayster ou Peter Brown. Peu ou pas de photos malgré tout de ces groupes en live ou en studio dans les somptueux livrets, mais nombre des témoignages et interviews. Dès1984, un rap aux textes engagés et à la teneur musicale plus violente (avec son corollaire, le rock-hard core) va prendre les États-Unis (et bientôt la planète !) d’assaut. Mais une atmosphère de party, d’une certaine insouciance et d’humour sont encore le trait commun de ces 31 titres. – Dominique Lagarde


Various Artists

L’aventure du Jazz – La Musique du Film de Louis Panassié 1969-72 – Volumes 1 et 2

Frémeaux et Ass. FA5666 – www.fremeaux.com

On peut saluer cette initiative de remettre à disposition des amateurs de jazz (surtout) mais aussi de blues et de gospel, de larges extraits de la bande son d’un film réalisé par Louis et Claudine Panassié à la fin des sixties, sous la direction tutélaire du père Hughes bien entendu. Deux long playings étaient parus en 1971 mais il restait de nombreuses faces inédites qui prenaient la poussière sur des étagères, entre autres, des faces de tournages de 1972, postérieures à la parution des LP. Le passage du vinyl au laser a permis d’ajouter 30 minutes de musique à chacun des deux volumes et il y en a encore en réserve de quoi faire un volume 3, voire 4. Les amateurs de blues se régaleront de faces gravées à Montauban en 1969 : deux de Memphis Slim dont l’une, à sa demande est traduit en live par Madeleine Gautier (Beer Dinking Woman – La Buveuse De Bière) et deux faces de John Lee Hooker. Quant aux amateurs de gospel, ils y trouveront aussi leur compte avec 6,35 minutes d’un service religieux bien enlevé dans l’Église Evangéliste St Luc de Philadelphie en juillet 1972, en plus de sept faces de Sister Rosetta Tharpe dont trois où la Sister est au piano et chant, en ce compris un court About My Life et quatre autres au chant et guitare, dont l’autobiographique Guitar Is A Gift Of God. Pour faire bonne mesure, on retrouve aussi les Stars Of Faith dans deux faces de juillet 1972 à Philadelphie. Les amateurs de jazz sont super gâtés avec le duo Milt Buckner (orgue) et Jo Jones (drums) qui swingent à tout va dans trois faces de juillet 1969 gravées à Biarritz et trois autres de mars 1972 à la Varenne St Hilaire dont un hommage à Mme Panassié (La Belle Claudine) et un autre à Madeleine Gautier (Madeleine’s Garden). Dans une autre face (Caravan), Jo Jones démontre sa maestria aux baguettes dans un très long solo. Des solos de batteries il y en a d’ailleurs quelques autres dont trois de Zutty Singleton (New York 1969), un de Michael Silva (La Varenne St Hilaire, 1972) et un de Cozy Cole (New York 1969). Il y a aussi quatre faces des Panassié Stompers (New York 1970) , un super-groupe éphémère formé par Buck Clayton (tp), Vic Dickinson (tb), Eddie Barefield (as), Budd Johnson (ss, ts), Sonny White (p), Tiny Grimes (gt), Milt Hinton (bs), et Jimmy Crawford (dms). La partie jazz se clôture avec des morceaux tous gravés à New York en 1969 : trois faces du pianiste Cliff Jackson en duo avec le batteur Z. Singleton, trois faces du pianiste Willie “The Lion” Smith dont une chantée (Music On My Mind), deux faces du Dick Vance Orchestra, trois faces du Buddy Tate Celebrity Club Orchestra et Blues for Hughes, un beau blues chanté par un trio de jazz formé par Charlie Shavers (tp), André Persiany (p) et Manzie Johnson (dms). C’est toute une époque qui est réactivée. On aime ! – Robert Sacré


Lucky Peterson

Tribute To Jimmy Smith

Jazz Village / PIAS

Il a commencé gamin par cet instrument, l’orgue Hammond B3, avant de venir régulièrement à la guitare. Il a choisi ici d’enregistrer un disque au B3 pour rendre hommage à une autre grand de cet instrument, Jimmy Smith, en réinterprétant neuf de ses compositions en trio, entouré des musiciens de très haute volée que sont Kelyn Crapp à la guitare et Herlin Riley aux drums. Des invités de marque sont présents avec Philippe Petrucciani à la guitare sur un titre, Nicolas Folmer à la trompette, ou encore Archie Shepp au sax sur deux titres et un troisième dans lequel il chante. Lucky chante aussi sur deux morceaux. C’est un très bel album, évidemment très jazzy, dans lequel, outre la maestria de Lucky Peterson au B3, transparait son amour sincère pour la musique de Jimmy Smith. Il sera en concert les 15 et 16 octobre prochains au Duc des Lombards à Paris avec ce répertoire, ne le ratez pas. – Marcel Bénédit


Lenny Lafargue

Un Ange

Le Bon Temps Rouler 7770015

Lenny Lafargue fait partie des bluesmen en voie de disparition car il ose encore, comme Benoit Blue Boy, chanter en français. Lenny a eu une enfance chaotique. Très jeune, il quitte le domicile familial pour jouer dans les rues et dans les bars comme musicien itinérant. Mais après de nombreuses rencontres décisives pour sa carrière, il en est aujourd’hui à son huitième album dont le titre « Un Ange » est certainement sa meilleure réalisation après 35 ans de carrière. Et ce morceau, qui donne son nom à l’album, est une sublime ode à l’amour avec une guitare magnifique accompagnée par la voix de Dee-Ann Zakaria. On peut évoquer pour ce titre une beauté qui dégage une intense émotion. Les autres titres du disque sont très variés, avec Lenny qui se risque à chanter en anglais dans Trouver du Mojo, Raoul Ficel à la guitare rythmique sur quatre morceaux, avec Fabienne Clisson à l ‘accordéon, et on fait un petit tour en Louisiane. Comme le premier titre, 35 Boom Bang, est un instrumental électrique qui met en valeur la guitare de Lenny, le dernier, Chérie Belle, confirme ses qualités à l’acoustique. Alors, pour conclure, nous ne pouvons que conseiller l’acquisition de ce disque à tous les amateurs qui recherchent dans la musique joie, vécu et émotion. – Robert Moutet


Rosedale

Long Way To Go

Dixiefrog DFGCD 8798 – www.bluesweb.com

À l’âge de 13 ans, le jeune Charlie Fabert devient un passionné de guitare après avoir écouté Led Zeppelin. Pendant deux ans il va apprendre à en jouer 8h par jour. En 2005, il commence à jouer en public, se fait remarquer dans divers festivals dont celui de Cahors puis il a l’occasion de remplacer Alvin Lee chez Ten Years After. Et il continue à se perfectionner en jouant avec les guitaristes des Yardbirds et de Docteur Feelgood. En 2010, en plus de tous ses projets, il accompagne de plus en plus son ami Fred Chapellier et, en 2011, celui-ci lui propose d’intégrer sa formation à plein temps, avec la possibilité de co-signer plusieurs titres. Toujours en 2011, il enregistre sous son nom et avec Paul Cox son premier CD (Note Records NDC 1024 2). En 2013, c’est la rencontre avec Amandyn Rose, un vrai coup de foudre musical. Elle a déjà fait de la scène avec notamment Michael Jones, Julie Pietri et comme choriste du groupe Gold. En plus elle a créé en Alsace une école de chant. Ses influences majeures sont très proches de celles de Charlie et sa voix n’est pas sans rappeler celle de Beth Hart ou celle de Janis Joplin. En 2016 naît le duo Rosedale dont voici le premier CD dans la série « Borderline Blues » de Dixiefrog. Le digipack est magnifique avec de belles photos, et les neuf titres ont le mérite d’être des originaux. Depuis ses débuts, Charlie a vu sa musique classée blues-rock, électrique et puissant. Mais dès le premier titre, Bad News, le rythme est ici calme et met surtout en valeur l’extraordinaire voix d’Amandyn soutenue par les magnifiques solos de la guitare de Charlie. Ainsi, les neuf morceaux se succèdent, alternant blues et de superbes mélodies, avec comme exemple le magnifique When Evil Sets Its Sights On You. On peut facilement prévoir que ce premier CD va être suivi de nombreux autres, et s’ils sont de la qualité de celui ci, leur succès est assuré. – Robert Moutet


Sébastien Troendlé

Boogies On The Ball
Piano Solo

Frémeaux & Associésn FA8537 – www.fremeaux.com

Ce pianiste alsacien est diplômé de l’Académie de Bâle. Son éclectisme musical va du jazz au reggae en passant par le blues, la chanson française et…. le Ragtime et le Boogie Woogie. C’est son deuxième album pour Patrick Frémeaux, après « Rag ‘n Boogie » (FA 8507) et sa dextérité instrumentale est sans failles. Ce n’est pas pour rien qu’il a été invité à donner un concert apprécié au fameux Scott Joplin Festival 2016 à Sedalia, Missouri. Il a aussi écrit une méthode de Boogie Woogie publiée par les Éditions Henry Lemoine en 2016. C’est une musique qu’il préfère interpréter en solo et il déploie tout son savoir-faire dans ces 14 faces instrumentales de A La La (A = la note la !) en medium au bien balancé Quelques Flocons inspiré par le fait que ces enregistrements ont été réalisés en hiver comme un Winter Boogie plus enlevé, en passant par des faces rapides qui donnent envie de bouger en rythme comme Chapel Street Boogie et Charlie’s Boogie. On notera de bonnes doses d’humour quasiment dans tous les titres, comme l’original et délicat Boogaudébut Ragalafin ou Grosse Gauche (= grande gueule en Alsacien, ici pour sa main gauche) en médium au début, rapide à la fin, et aussi Sorti Du Four (tout frais, encore un peu chaud), Woodywood Pecker Boogie (sur des réminiscences d’enfance), et Tendinite Blues (un cauchemar pour les sportifs et donc aussi pour les pianistes) en slow. Troendlé rêve d’aller en Afrique, on s’en doute, et il exprime ce souhait longuement dans un African Dream tourmenté. Enfin, Boogie On The Ball, le titre éponyme, plus enlevé, est lui aussi dans la même catégorie, l’humour : se tenir en équilibre sur un gros ballon pour jouer, c’est bon pour le dos ! Et c’est ce que le pianiste a fait sur ces titres. Un exercice très physique donc. Pour tous les mordus du Boogie Woogie et du Ragtime, mais aussi pour ceux qui veulent découvrir ces styles musicaux proches du Jazz et du Blues. – Robert Sacré


Les Chics Types

Magneto

In Ouïe Distribution 231-761 763

Le groupe lyonnais Les Chics Types célèbre ses dix ans d’existence avec Magnéto, leur cinquième album, explosif ! Leurs quatre premiers enregistrements comportaient quelques compositions personnelles, mais aussi beaucoup de reprises de grands classics du rock ou de la soul, puisées dans le répertoire des Stones, des Beatles, d’Otis Redding ou de Status Quo. Dans ce CD anniversaire, il y a dix nouvelles compositions, toutes en français, avec des sonorités folk, blues et rock. Le premier morceau est un hommage à leur ville, Lyon, et quelle excellente idée que la guitare soit entre les mains de Jack Bon. Les titres s’enchaînent, avec des évocations de divers quartiers de Lyon comme Rock In Burdeau Street, Au James Café ou Mon Voisin D’A Côté, mais aussi des histoires et des chagrins d’amour. Et pour mettre en musique tous ces beaux textes, le groupe a fait appel à Ahmed Mouici qui, dans les années 70, avait créé le groupe Pow woW, dont le succès fut impressionant. Autres invités de marque aussi, et qu’on ne présente plus : Fred Chapellier et Neal Black. À noter que l’album a été produit et enregistré dans le studio du chanteur et guitariste Frédéric Pellerin, plus connu sous le nom de They Call Me Rico, auteur récemment d’un très bel album. Depuis qu’il a quitté la formation Madcaps en 2009, ce dernier a enregistré trois CD et s’est produit dans plus de 150 concerts en France. Il se produit aussi très régulièrement au Canada. Dans ce dernier disque des Chics Types, il est successivement à la guitare, aux percussions, à l’orgue Hammond et aux chœurs. À noter le thème du dernier morceau, Free At Last, qui nous emmène loin de la région lyonnaise puisque l’on se retrouve sur un balcon du Motel Lorraine à Memphis où une balle a mis fin à un héros dont le souvenir restera pour toujours immortel… – Robert Moutet


Paul MacMannus and The Old Timers

Roo Doo Doo

Autoproduit

En janvier 2017, Paul MacMannus sort son quatrième disque, « Boogie & Soul ». Et notre bassiste de Draguignan ne chôme pas, car voici sa nouvelle production enregistrée en deux jours fin avril. Et il a totalement changé sa formation : fini les groupes de cinq à six membres, mais voici un simple trio, avec Paul à la basse, au chant et aux compositions, Hervé Letrillard à la batterie et Luc Lavenne à la guitare. Et ce trio dégage une incroyable énergie. Paul MacMannus sait très bien donner à sa basse la puissance nécessaire pour mettre en valeur sa voix rocailleuse. Et il faut bien reconnaître qu’il est aussi bien servi par la parfaite maîtrise de la guitare de Luc Lavenne et le beat sans faille de la batterie d’Hervé Letrillard. Je peux vous assurer que les dix titres vont vous tenir éveillés. Bien sûr, la majorité des morceaux restent fidèles au boogie qui a fait la marque de fabrique de Paul, mais quelques blues sont les bien venus. En conclusion, quelque soit la formule orchestrale que choisit Paul MacMannus, sa musique risque de bien souvent tourner en boucle sur votre lecteur de CD. – Robert Moutet


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