Marion Rampal

Marion Rampal. Photo © Martin Sarrazac

Marseillaise Noire

Marion Rampal

Main Blue

e-motive records (2017)

Un air de temps suspendu, un pic instable, céleste, sur le fil du rasoir. Un instant de grâce renouvelé, qui réinvente la fragilité à coup de distance et de décalage. Rien ici de l’aridité de l’exercice de style. On palpe le charnel, la substance et la fibre. Déjà remarquée, notamment dans des collaborations avec le saxophoniste Raphaël Imbert, la chanteuse marseillaise Marion Rampal inscrit, avec cet opus, une trace indélébile au firmament de l’atypie groovée : « Les premières places ne sont pas intéressantes, celles qui m’intéressent ce sont les places à part. » Le Cocteau des enfants terribles aurait aimé cette personnalité difficile à inscrire dans les canons du déjà entendu. Indéniablement à part, l’art de Marion flotte au dessus des catégorisations avec un naturel désarmant. Découvert dans le disque de Raphaël Imbert (« Music Is My Home » – Jazz Village JV 570090 / Harmonia Mundi) qui mixait allègrement Duke Ellington et Mozart, sa voix se nichait avec un égal bonheur entre les sinuosités d’Amadeus et la Black and Tan Fantasy ellingtonienne. Plus tard, les concerts avec l’Attica Blues d’Archie Shepp (émouvante version de Prelud To A Kiss à La Vilette en 2016 sur YouTube), le projet « Appalachian » avec Raphaël Imbert et, çà et là, quelques variations sur Schubert ou Michel Legrand élargiront l’éventail, tout en conservant un objectif toujours aussi central et resserré. L’enregistrement actuel concentre toutes les qualités antérieurement évoquées en n’en conservant que la substantifique moelle. De la moindre note glissée à l’évasion la plus hors norme, du Let The Wind Blow à Soul Of A Man, de la régénération cajun de La Belle et les Trois Capitaines à l’hommage implicite à James Booker dans Visitation of the Bayou Maharajah, la maîtrise et la réussite sont toujours au rendez-vous. Plus que tout, peut-être, The Perfect Husband concentre la symbiose de Marion avec les percussions d’Anne Paceo et les claviers de Pierre Francois Blanchard. Une Marseillaise en noir et blanc, sang-mêlé d’un son dépoussiéré aux aspérités ténues et revendiquées. Un afflux d’inspirations pour un air nouveau…

Marion Rampal. Dessin original de José Correa.
Marion Rampal. Photo © Martin Sarrazac

Noter qu’Archie Shepp, Marion Rampal et Jason Moran seront à Jazz à Vienne le lundi 3 juillet  dans le cadre de la soirée hommage à John Coltrane au Théâtre Antique.


Par Stéphane Colin

 

1 Comment

  1. Projet à revoir en live dans le cadre du Festival Jazz A Vienne 2017 :
    Le 3 juillet / Théâtre Antique/ soirée hommage à John Coltrane avec entre autres le groupe d’Archie SHEPP avec Jason MORAN et invités : MARION RAMPAL et SHABAKA HUTCHINGS …

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