Parchman Farm (VF)

Robert Weaver Jr. dit ‘Wolf’ chantant au milieu des détenus, Parchman Farm, Mississippi, octobre 2025. Photo © Eric Doidy

La musique et l’espoir

• Dans le cadre d’un séjour au Center for the Study of Southern Culture de l’Université du Mississippi à l’automne 2025, j’ai parcouru les routes de l’État, des villes comme Oxford ou Jackson aux comtés les plus ruraux, à la rencontre des gens qui y vivent. Mais je n’aurais jamais pu imaginer qu’une dizaine de jours à peine après mon arrivée, les hasards de la route allaient m’ouvrir les portes du pénitencier d’État du Mississippi : Parchman Farm. En avant-première d’un ouvrage à paraître en 2027, voici quelques rencontres que j’ai pu y faire.

En tant qu’amateur de blues, je ne connaissais Parchman Farm que de loin. Par les artistes qui y ont été détenus – au premier rang desquels l’immense Bukka White, qui lui consacra une composition ; par les enregistrements fondamentaux de blues, de gospel et de chants de travail collectés là-bas dès les années 1930 par des folkloristes tels que John et Alan Lomax ; par l’ouvrage historique de David M. Oshinsky au titre explicite – ‘Worse Than Slavery’ : Parchman Farm And The Ordeal Of Jim Crow Justice (Free Press, 1996); et enfin par les récents enregistrements de détenus publiés par Ian Brennan sur les deux volumes bouleversants intitulés Parchman Prison Prayer sur le label Glitterhouse.

Entrée principale, Parchman Farm, Mississippi, octobre 2025. Photo DR.

Au cœur du Delta dans le comté de Sunflower, ce pénitencier agricole s’étend sur de vastes hectares (73 km2). Là, il n’y a pas de mur d’enceinte : juste les champs et, de part et d’autre de la route, les différentes unités entourées chacune d’une clôture et d’un dispositif de sécurité. L’histoire de Parchman Farm est glaçante : ouvert en 1901, l’établissement pénitentiaire est connu pour ses conditions de détention particulièrement sordides, où l’insalubrité, les brimades constantes, la violence et la mort forment le quotidien des détenus. Début 2020, des émeutes de gangs éclatent et quelques détenus entreprennent une action collective en justice relayée par les rappeurs Jay-Z et Yo Gotti. Au mois de mai suivant les émeutes, le gouverneur du Mississippi nomme à la tête du Mississippi Department Of Corrections (MDOC) Burl Cain, qui fut pendant plusieurs décennies le directeur du pénitencier d’Angola, l’équivalent de Parchman Farm, qu’il avait entrepris de réformer. En 2022, alors octogénaire, Cain nomme à Parchman un nouveau directeur qui va l’aider à y mettre en œuvre une politique de changement.

Marc McClure, Parchman Farm, Mississippi, octobre 2025. Photo © Eric Doidy

De trente ans le cadet de Burl Cain, Marc McClure est originaire de West Point (une petite ville du Mississippi proche de l’Alabama située entre Tupelo et Tuscaloosa). Son histoire est marquée par un terrible drame : le meurtre de son frère par son propre père, et un long cheminement vers le pardon. Lisant les courriers que lui envoie son père, puis lui-même nommé directeur de la prison où celui-ci se trouve incarcéré, il prend conscience de la nécessité de traiter les détenus comme des êtres humains. À son arrivée à la direction de Parchman, McClure remanie le personnel et entreprend d’y renouveler en profondeur les pratiques et la culture. Aujourd’hui, il commence chaque édito qu’il signe dans le journal du pénitencier, The Parchman Chronicles, par ces mots : « Dear Parchman family ». Il connaît chacun des détenus.

La lumière du Seigneur et le château des ombres 

Le jour de mon arrivée à Parchman, je fais la rencontre de l’un d’eux : un septuagénaire incarcéré depuis 1993, Robert Weaver Jr., qui chante le gospel. Sa voix profonde et posée fait qu’il émane de lui une prestance naturelle que sa modeste stature n’annonce pas de prime abord. Le personnel et les autres détenus font à son égard preuve de déférence.

Robert Weaver Jr. dit ‘Wolf’, Unité 30, Parchman Farm, Mississippi, octobre 2025. Photo © Eric Doidy

Tous l’appellent “Wolf ”, un surnom donné par son grand-père. « Il me disait que quand je pleurais, lorsque j’étais bébé, je criais comme un loup », se souvient-il. « Toute la famille m’appelait ‘Baby Wolf’ puis, tout simplement, ‘Wolf’ : ‘tu as les poumons d’un loup’, disait-on. » Wolf est un ancien soldat. Il a vu du pays, passant plus de 8 ans sur les bases militaires américaines d’Europe au temps de la Guerre froide, avant de revenir dans le Mississippi où plusieurs tragédies ont fait prendre à sa vie des tournants. En novembre 2024, Bryan Ward (un proche ami de Bobby Rush animant Golgotha Ministry, une petite organisation religieuse intervenant en prison) organise autour de Wolf une session d’enregistrement en public à Parchman. Bobby Rush y rejoint Wolf pour une interprétation viscérale de l’hymne gospel I’ve Been Changed qui fait trembler les murs.

J’ai écrit pour la revue en ligne Il Blues (en italien et en anglais) un article qui revient sur la genèse de ce moment, comprenant une interview qui permet de mieux faire connaissance avec Wolf. Lorsque notre entretien commence, je note qu’il ajoute à sa présentation les mots suivants : « la musique, ça a toujours été ma vie. » La musique, pas la prison. Je ne l’interrogerai pas sur ce qui l’a conduit à cette condamnation. Bien qu’il n’ait jamais enregistré jusque-là, je choisis d’aborder cet entretien comme s’il s’agissait d’un des artistes que j’ai l’habitude de rencontrer. On parle musique et c’est pour comprendre son contexte qu’on aborde le quotidien en prison. « Tu connais les Temptations ? » me demande-t-il. On cite des morceaux, on fredonne des airs et son visage s’illumine d’un sourire qui s’élargit chaque fois un peu plus. « Et les Zion Harmonizers ? Les Soul Stirrers ? Les Violoneers ? » Il cite Sam Cooke ou encore James Cleveland et, le temps de cet entretien, revit l’insouciance de ses jeunes années lorsqu’avec ses frères il participait à des concours de chant auxquels leur mère les inscrivait. « Nous étions tout de même sacrément bons », confie-t-il, pensif. « Si nous avions poursuivi dans cet élan, nous aurions pu laisser notre empreinte dans l’industrie musicale – d’un côté ou de l’autre, R’n’B ou gospel. » Wolf est une des personnalités les plus lumineuses et attachantes que j’aie jamais eu l’occasion de rencontrer. Combien de talents comme lui les circonstances de la vie ont-elles cantonnés à l’anonymat ?

Robert Weaver Jr. dit ‘Wolf’, Parchman Farm, Mississippi, octobre 2025. Photo © Eric Doidy

« Dieu a posé sa main sur moi et a voulu que je chante ses louanges », constate Wolf, « alors c’est ce que je fais. » A plusieurs reprises, il me lance une invitation : « J’espère que tu auras l’occasion de venir à l’un de nos offices du dimanche », me répète-t-il. « Nous avons la chance d’avoir une belle chapelle. Oh, mon ami, j’espère que tu pourras venir la voir par toi-même ! » La chapelle dont il me parle avec fierté se situe dans l’unité 30 de la prison. Souhaitée par Burl Cain, pour qui la pratique de la religion permet l’élévation morale des détenus, sa construction s’est achevée il y a quelques années. Ce que les détenus confirment, c’est que la religion permet d’échapper à l’emprise des gangs – c’est en effet le seul motif pour lequel on peut les quitter sans trop craindre de violentes représailles. L’office religieux du dimanche est aussi l’occasion de s’extraire du quotidien et, pendant deux ou trois heures, de s’abandonner ensemble à une émotion commune – à la ferveur des chants, des prières, des cris et des corps dont les balancements répondent à la musique. Que ce soit dans les offices qui se tiennent dans les cafétérias des « zones », pièces exigües et aux plafonds bas où les voix tonnent et où la musique emplit tout l’espace, ou bien dans celle de la chapelle de l’unité 30 qui réunit plusieurs centaines de détenus, ce gospel est puissant, irrésistible et vivant. Lorsque l’aumônier Rhodes (lui-même ex-détenu au pénitencier d’Angola) m’emmène dans la chapelle, Wolf est là.

Robert Weaver Jr. dit ‘Wolf’ et ses codétenus chantant dans la chapelle de l’Unité 30 pour l’office dominical, Parchman Farm, Mississippi, octobre 2025 . Photo © Eric Doidy

Alternant chants et exhortations, c’est lui qui accueille les participants qui s’installent, alors que les musiciens se chauffent à proximité de la baignoire où sont célébrés les baptêmes ; ensuite les différents chanteurs lead, soutenus par le chœur, prennent à tour de rôle le micro. Le répertoire puise dans le gospel contemporain, avec des interprétations de morceaux tels que Fill Me Up de Tasha Cobbs ou God’s Got A Blessing (With My Name On It) de Norman Hutchins. La résonnance naturelle des lieux et la véhémence de l’engagement de l’auditoire portent jusqu’à une légère saturation le groove électrique impulsé par les musiciens, long prélude au message développé ensuite lors de l’office par deux prêcheurs, eux aussi détenus. Enfin, on se donne la paix en échangeant longuement des mots que l’on fait durer. À la sortie de la chapelle, nous attend une distribution de cookies préparés par les détenus. On se laisse envelopper par la chaleur des rayons du soleil avec le sentiment d’avoir partagé une expérience intense. 

Wolf et Bryan Ward pendant une séance d’enregistrement, Parchman Farm, Mississippi, octobre 2025. Photo © Eric Doidy

Lors d’un de ces dimanches, Roger, l’un des deux prêcheurs qui dirigent l’office, me propose de manière impromptue de partager mon témoignage. Je n’ai jamais été particulièrement porté sur la religion. Mais, lorsque je rejoins l’autel et que je commence à bredouiller, les encouragements des quelques 300 détenus que j’ai devant moi finissent par me faire trouver les mots. Je comprends qu’ils m’invitent à rejoindre l’émotion que chaque semaine ils partagent et j’éprouve alors un irrépressible sentiment de gratitude. Plus tard, au cours d’une discussion, je me rends compte que Michael, l’autre prêcheur qui officie à la chapelle, sera libéré le jour de mon anniversaire. Nous nous amusons de cette coïncidence en disant que nous aurons tous deux quelque chose à fêter ce jour-là. Michael réfléchit à ouvrir sa propre église, une fois dehors. Après 18 ans passés ici, il m’assure qu’il ne regrettera pas Parchman Farm – « mais certaines personnes, ça oui, vont me manquer. » Wolf n’est pas loin de nous. Lui reste ici.

Robert Weaver Jr. dit ‘Wolf’, Parchman Farm, Mississippi, octobre 2025. Photo © Eric Doidy

Des moments intenses, j’en ai vécu beaucoup à Parchman. Dès le lendemain de mon arrivée, sans que je sois véritablement préparé à cela (qui le serait ?), Marc McClure tient à m’emmener rencontrer les détenus du couloir de la mort, situé à ce moment-là dans une aile de l’unité 29, sinistre forteresse surnommée « Castle Grayskull » – « le Château des ombres » en français. Dans le véhicule du directeur de la prison, l’atmosphère s’alourdit alors que nous patientons pour franchir les différents portails de sécurité. C’est le milieu de la matinée et il fait déjà chaud, mais la solennité du moment fait perler quelques gouttes de sueur supplémentaires sur nos tempes. Même pour le directeur, une visite à ces détenus vêtus de couleur rouge n’est jamais un moment anodin. La dernière porte s’ouvre sur un espace vétuste et confiné, dominé par le bruit continu d’une énorme soufflerie. Les cellules sont situées sur deux niveaux mais, à l’exception d’une seule, les portes en sont ouvertes et les détenus circulent à leur guise dans le petit couloir. Au moment où nous entrons, c’est une trentaine de visages qui se tournent vers nous – de visages étonnamment accueillants. On discute à bâtons rompus. Avec Jersey, par exemple. Chacun a son surnom en prison et, en ce qui le concerne, c’est “Jersey” – tout simplement parce qu’il vient du New Jersey. Il est féru de musique chrétienne et c’est lui qui dirige l’office dans l’unité. Sa grande fierté, ce sont ses guitares. « J’en ai cinq mais je n’en utilise que deux », s’empresse-t-il de m’expliquer, « les trois autres sont pour les gars qui veulent apprendre à en jouer. » Au fond du quartier des condamnés, en attendant, Jersey donne des cours de gratte à ses codétenus. « Pour autant que je sache, c’est ici le seul couloir de la mort dans tous les Etats-Unis où les détenus ont accès à des guitares et d’autres instruments. Le seul. On a un gars avec une basse, deux autres avec des claviers. » Il ajoute : « Et puis aussi, c’est le seul où nous ne sommes pas enfermés tout le temps. »

Marker de Parchman Farm, Mississippi. Photo DR.

McClure se souvient de ses premières visites du lieu : « Un des trucs les plus durs que j’ai vus de ma vie, c’est quand on ouvrait la porte de leurs cellules et qu’on les autorisait à sortir dans le couloir. Quand ils parvenaient au seuil, leurs mains se resserraient et, sans même y prendre garde, ils se mettaient à se déplacer à tout petits pas. Parce qu’avant, les rares fois où ils sortaient, ils portaient toujours des fers aux pieds. Et là, même sans les chaînes, ils étaient incapables de marcher normalement. » Charles, un détenu que McClure tient à me présenter ce matin-là, a vécu ce conditionnement : « Je me grattais la cheville jusqu’au sang quand je suis arrivé ici, à cause des fers. Et puis tu finis par t’habituer à prendre cette cadence. C’est comme la main dans ton dos pour aller à la douche. Tu n’y fais plus attention. Tu apprends vite que si tu vas trop loin ou trop vite, ils resserrent ce truc. Alors c’est comme ça que tu marches. La dernière chose que tu veux, c’est que la chaîne heurte ta jambe. » Charles me raconte des histoires glaçantes sur le quotidien des détenus avant la nomination de McClure. Charles est là depuis 33 ans. Il n’a plus qu’un mois à passer ici – une semaine avant notre rencontre, McClure a été informé de la date arrêtée pour son exécution. L’émotion entre les deux hommes est palpable. Ils savent l’un et l’autre que, le jour venu, ils feront ce qu’ils ont à faire. Lorsqu’au bout d’une heure nous remontons dans le véhicule, McClure et moi partons la gorge nouée. Pour lui, les condamnés à mort font eux aussi partie de la « famille de Parchman ». « Je considère que notre boulot ici n’est pas de les punir », explique-t-il. « La punition, c’est l’affaire des juges. Le verdict a été prononcé : leur peine, c’est d’être ici. S’ils se comportent bien, nous n’avons pas à en rajouter. »

Le Parchman Band

Le pénitencier de Parchman a également la particularité d’avoir un groupe de musique qui donne des concerts dans toutes les prisons du MDOC. Son histoire remonte aux prémices des années 1960. Le directeur de la prison est alors Fred Jones, un ex-élu du parti démocrate au Sénat. Jones possède lui-même une plantation dans le Delta et défend la ségrégation : comme son ami gouverneur Ross Barnett, il est impliqué dans le White Citizen’s Council qui s’oppose frontalement au mouvement des Droits civiques. Mais il a la volonté de réformer l’administration pénitentiaire en mettant en place des programmes de réinsertion ou de divertissement, parmi lesquels un atelier musical. Wendell Cannon, un musicien de rockabilly qui avait milité aux côtés de Barnett durant sa campagne, est choisi pour animer cet atelier tandis que son épouse est embauchée en tant qu’infirmière. À côté d’un ensemble de musique hillbilly regroupant des musiciens blancs, Cannon fait accepter l’idée d’une formation de R’n’B réunissant détenus noirs avant que, dix ans plus tard, un premier groupe intégré voit finalement le jour. Pour la plupart enregistrés à Jackson dans les studios de Malaco, quelques albums sont publiés, alternant les genres musicaux au fil des morceaux (« Parchman From The Inside » en 1972, « The Parchman Sound » en 1978) ou bien exclusivement consacrés à la musique honky-tonk (« Good Ole Cons » en 1980). Mark “Muleman” Massey est un ancien détenu de Parchman Farm, de 1991 à 1993. Son mentor fut le guitariste du groupe, Ronnie Gregg (« un dur qui qui ressemblait à un jeune Merle Haggard et jouait comme James Burton ») qui, après l’avoir entendu chanter par hasard, lui décrocha une audition auprès de Wendell Cannon. Muleman se souvient de Cannon comme d’« un personnage à la Yosemite Sam, du dessin animé Bugs Bunny. » « Il n’y avait aucun autre groupe de musique dans aucune autre prison du Mississippi », dit-il, « nous étions les seuls. » 

Mark “Muleman” Massey devant le Marker de Parchman Farm, Mississippi. Photo DR (courtesy of Mark “Muleman” Massey).

Je rencontre Muleman sous les arbres qui bordent l’allée menant à sa maison, située tout au bout d’un long chemin de terre dans les parages de Senatobia, Nord Mississippi, à quelques encâblures du cimetière où repose Fred McDowell. Un ciel serein, loin de Parchman. Le soleil se couche alors que nous sommes assis sur le coffre de sa voiture avec une guitare et un seau de petits grains ronds de raisin sauvage, la muscadine. Muleman partage quelques-uns de ses souvenirs. « Il y a eu des moments où je pouvais à peine marcher, à cause de la faim. À l’époque, on avait encore ce qu’on appelait la ‘gun line’ : tu dépasses la ligne, on t’abat. Il y avait de véritables tortures. Il y avait le travail forcé, aussi. On ne te donnait pas le choix comme aujourd’hui. Tu ne voulais pas travailler ? Tu avais droit à une correction. Ils te laissaient ensuite gésir toute la journée sous le soleil au milieu du champ, avec de lourdes chaînes, devant les autres détenus qui trimaient. Et le lendemain, tu disais, ‘OK, donnez-moi cette bêche.’ Les gardiens, la K-9 (canine) avec leurs matraques et leurs rottweilers, c’étaient des rednecks – ils avaient un gros bide, ils buvaient de la bière, et ils te battaient comme plâtre. Il y avait quelques Noirs aussi. Il faisait une chaleur accablante, mais on n’avait bien sûr pas d’air conditionné, ni de glace. Pour nous rafraîchir, on nous donnait à boire une espèce de mixture poudreuse, mais sans glace. Les gars souffraient tellement de la chaleur qu’ils saignaient du nez tout le temps. L’hiver, pareil, il y avait des unités sans le moindre chauffage. » Muleman empoigne sa guitare et sa voix semble porter jusque dans les verdoyantes collines qui nous entourent :

« I could see a full moon up in the sky
And the wind and the clouds were blowing by
But you can’t see it all, looking through the bars
And I cried for my mama, but here nobody gives a damn »

Mark “Muleman” Massey, près de Senatobia, Mississippi, octobre 2025. Photo © Eric Doidy

Une fois sa chanson terminée, il raconte : « J’ai vu et j’ai vécu ça, je n’ai pas honte de le dire. J’avais 19 ans, je suis descendu du bus et pour la première fois de ma vie j’ai vu un condamné à mort, en pantalon rouge, escorté par quatre gardes montés sur des chevaux. » Muleman se souvient de l’unité 32, qui accueillait auparavant le couloir de la mort et les détenus les plus dangereux – tellement insalubre qu’elle fut fermée car les conditions de détention y étaient jugées inhumaines. Il est marqué à vie par la prison. Ses biens les plus précieux viennent de Parchman, comme la guitare à 28 dollars sur laquelle son codétenu David Kimbrough Jr., le fils de Junior Kimbrough, a composé les morceaux de son premier album (« I Got The Dog In Me », publié sous le nom de David Malone & the Sugar Bears) : « Il s’enregistrait dans la cafétéria, sur un appareil à cassettes que nous n’étions pas supposés avoir en prison. Il passait les cassettes en douce à Mr. Cannon qui les faisait ensuite parvenir à Fat Possum. » Le soleil est tombé. Les mules de Muleman s’avancent vers nous, tout en gardant prudemment leurs distances – Ginger, Cochise et Joe, timides géants plus hauts qu’un homme. Sous l’immensité étoilée que seul trouble le chant des cigales, Muleman poursuit sa réflexion en parlant des détenus : « oui, je sais ce que c’est. J’ai été l’un d’eux. » 

CD « I Got The Dog In Me », David Malone (David “Junior” Kimbrough) – Capricorn Records.

Wendell Cannon décède en 1996 à l’âge de 63 ans. Le Parchman Band est en déshérence depuis plusieurs décennies lorsque Marc McClure décide de le raviver en 2023. Il repère des talents, organise des auditions, pousse certains détenus à tenter le coup. « Je ne les vois pas comme des dossiers, comme un problème à gérer », m’explique McClure, « sinon on ne s’en sort pas. Je vois les atouts qu’ils on en eux, et j’essaye de faire en sorte qu’ils puissent s’appuyer dessus pour faire quelque chose de positif. » Muleman Massey met le groupe en contact avec la direction du B.B. King Museum & Delta Interpretive Center à Indianola, ce qui aboutit au tout premier concert du Parchman Band en-dehors d’un établissement pénitentiaire, au printemps 2025. Puis, dans l’été, à un deuxième, au Sunflower River Gospel & Blues Festival de Clarksdale, toujours dans le Delta. Mais Muleman s’embrouille et il est débarqué de l’aventure. Lorsque j’arrive moi-même dans le pénitencier, c’est avec Jimbo Mathus que le Parchman Band est sur le point de commencer la préparation d’un album – qu’ils sont en train d’enregistrer à l’heure où j’écris ces lignes. 

Chanteurs du Parchman Band ; de gauche à droite : Nathaniel Whitfield, Michael Snell, Stephen Chambers, Lee Andrew Smith. Parchman Farm, Mississippi, octobre 2025. Photo © Eric Doidy

Au fil de mes visites au pénitencier, j’ai l’occasion de m’entretenir avec des membres du groupe. Leonard Stevenson Jr., que tout le monde à Parchman surnomme “L.J.”, est un jeune trentenaire natif de Greenville. Il porte l’État du Mississippi tatoué sur son avant-bras gauche. Bien qu’il ne soit incarcéré que depuis 5 ans, il se produit avec le Parchman Band et, à ce titre, porte le pantalon rayé de vert qui, contrairement aux rayures noires, l’autorise à circuler (c’est habituellement au bout de 15 ans de bonne conduite que les détenus peuvent obtenir ce privilège). L.J. accompagne également les chanteurs de gospel lors des offices religieux dans la chapelle de l’unité 30. S’il est aussi sollicité, c’est parce que c’est un musicien versatile au savoir-faire infaillible, à la basse, à la batterie, à la guitare ou encore aux claviers. C’est à l’âge de 10 ans qu’il a commencé la musique. « J’ai d’abord été élevé dans l’islam », raconte-t-il, « mais mon père est parti en prison lorsque j’ai eu 5 ans. De là, c’est ma grand-mère qui nous a recueillis et qui nous a ensuite élevés dans la religion chrétienne. J’ai reçu le baptême à 11 ans. À ce moment-là, je jouais déjà le dimanche à l’église. » 

Leonard Stevenson Jr. (“L.J”) à la basse, Parchman Farm, Mississippi, octobre 2025. Photo © Eric Doidy

C’est son beau-père qui lui apprend, non seulement la basse, mais aussi les rouages du métier. « Il avait un groupe de blues. Son nom de scène était ‘Sweet Peter Jeeter’ [Note : le nom d’un personnage incarnant une virilité conquérante, que l’on trouve par exemple dans un poème du militant des Black Panthers H. Rap Brown en 1970 ou dans un morceau pornographique du comédien Rudy Ray Moore en 1977] mais son vrai nom était Melvin Robinson. Il avait un club sur Nelson Street, qui s’appelait le Blue Note. J’ignore comment ça s’appelle maintenant, ou même si c’est encore là. Mais c’est là que j’ai fait mon tout premier concert, à 11 ans. » Les autres musiciens du groupe apprennent chacun au jeune L.J. à maîtriser leur instrument. « Je regardais aussi des leçons sur Youtube de mon côté, mais c’était surtout en côtoyant les autres musiciens que j’apprenais. Il y a de vraies bêtes là-bas, tu peux me croire. C’est dingue le niveau que peuvent avoir les mecs sur certains instruments. Parfois on vient me voir et on dit ‘Wow, tu es super bon !’ et moi, bon, je sais que ce n’est pas vraiment le cas, parce que j’ai vu ces mecs. Je continue de gravir la montagne en espérant parvenir à leur niveau un jour, j’ai un but, mais je n’y suis pas encore. » L.J. n’est pas encore à l’adolescence lorsqu’il accompagne son beau-père T-Model Ford pour la première fois – sur la scène du Oil Mill, un autre club de Nelson Street. « J’ai grandi dans l’entourage de T-Model, je voyais souvent son fils, son petit-fils », se souvient L.J. « Aujourd’hui on pourrait dire que je porte l’héritage musical de mon beau-père. Bon, malgré l’adresse qui est désormais la mienne. » L.J. aime écouter tous les genres de musique, du gospel au reggae en passant par la soul ou le rock. « C’est comme un ventilateur, c’est quelque chose qui te fait du bien, qui t’apporte de l’air, qui te soulage d’un stress ou d’une tension. Et ça, c’est universel. »

L’autre mentor de L.J. est un musicien local du nom de Mr. Smiley, qui le repère lors de la cérémonie de remise des diplômes au collège. « C’était le directeur de l’orchestre ce jour-là, et il cherchait des gens pour monter un groupe. Il avait déjà un bassiste – moi, de toute façon, à cette époque j’étais plus dans le football. Mais il m’a laissé essayer la basse devant lui et, comme il connaissait aussi mon pote Stephan Hughes qui était batteur, il nous a engagés. Nous avons formé ensemble le groupe Mr. Smiley and the Young Guns. C’est lui qui m’a appris la théorie musicale, également. » Dès cet été-là, jusqu’à la fin du lycée, les musiciens enchaînent les engagements. « On jouait quatre soirs par semaine, j’étais aussi dans une équipe de football – c’était épuisant et je n’ai pas vraiment eu d’enfance à part cela. Tous les week-ends nous étions sur la route, nous animions des house parties. Très jeune, je me faisais déjà pas mal d’argent. Entre autres choses… » L’histoire ne se termine pas bien – c’est une histoire d’argent entre eux qui interrompt l’existence de Mr. Smiley et qui envoie L.J. à Parchman.

Au concert de l’été 2025 à Clarksdale, L.J. est à la batterie. « Ce fut un moment très, très spécial. J’avais l’habitude des applaudissements, parce que j’ai joué au football et que je me suis beaucoup produit sur scène. Mais là, les applaudissements résonnaient très différemment dans mon cœur. J’ai commis un crime odieux et c’est la raison pour laquelle je suis là aujourd’hui. Mais l’accueil que nous avons reçu du public venu nombreux ce soir-là, me faisait entrevoir la possibilité d’un pardon. (…) Et puis ma propre famille était venue assister au concert. Je n’ai pas pu leur parler mais, lorsque j’ai vu l’expression de ma grand-mère… C’était comme, malgré… (silence) Elle était fière, aucun doute là-dessus. En dépit de tous mes défauts. En dépit de l’adresse où je vis. J’ai vu que, malgré tout, je pouvais encore la rendre fière de moi. J’ai du mal à trouver les mots pour exprimer tout ce que ça a chamboulé en moi. »

Michael Snell (chanteur du Parchman Band), Parchman Farm, Mississippi, octobre 2025. Photo © Eric Doidy

Un sens à la vie

C’est à un autre détenu, Jamien Washington, dit “Jae”, qu’était confié, au moment de mes visites, le rôle de photographe officiel du Parchman Band. Jae apprend la basse et il lui est arrivé de jouer de l’instrument au sein du groupe. C’est un jeune homme de 27 ans, originaire de Doloroso – « douloureux », en langue espagnole, en fait un petit coin de campagne situé le long de la route 61, au sud de Natchez. De là, en passant le pont de la rivière Homochitto, on se retrouve à Sibley, où la célébrité locale est un chanteur et guitariste de blues et de southern soul, Theodis Ealey. « Ma mère était une bonne amie d’une de ses proches, Mme Ealey. Toute ma famille aimait sa musique. Je l’écoute toujours. J’écoute du blues, du gospel, du rap… Mon chanteur préféré dans le monde blues est Johnnie Taylor ; dans le gospel hip hop, il y a un tout nouvel artiste qui m’attire, qui se fait appeler Rich Da Famous. Mais J’écoute toujours Theodis Ealey. » 

Jae a pris perpète pour un crime que, dit-il, il n’a pas commis – un comité de soutien s’est constitué à l’extérieur pour l’aider à clamer son innocence. Jae est le seul détenu dans ce cas-là que je rencontre à Parchman. Son sourire tranquille et son apparente décontraction m’étonnent alors. « En réalité, je remercie Dieu de m’avoir donné cette opportunité d’être incarcéré » me répond-il, le plus sérieusement du monde. « Parce que, vois-tu, si j’avais continué à suivre le chemin que je prenais, à l’heure où l’on parle je serais probablement déjà mort et ça serait bien pire pour ma famille. Ici, il y a la possibilité pour qu’ils puissent encore me voir, me parler, me prendre dans leurs bras même. C’est une bénédiction. J’ai une femme et trois filles, tu sais. Alors, ça peut paraître dingue mais je suis reconnaissant d’être ici. Sinon, soit j’aurais fini par être moi-même tué, soit j’aurais fini par faire du mal à quelqu’un d’autre. Je ne suis pas innocent à 100%. Mes fréquentations à l’époque, mes actions, me rendent coupable, même si je n’ai pas physiquement fait du mal à quelqu’un. (…) Honnêtement, j’étais comme hypnotisé. Par le monde de la rue, les filles faciles, la drogue, tout ça. Il a fallu que Dieu décide de m’ouvrir les yeux sur ce que ce genre de trucs allait finir par m’apporter. »

Jae Washington, Parchman Farm, Mississippi, octobre 2025. Photo © Eric Doidy

Les tatouages sans encre, à base de suie, qui parsèment ses bras solides ont tous été faits en prison. C’est autour de la musique et de la photo qu’il reconstruit un sens à sa vie. « À chaque fois que j’accompagne le Parchman Band à un concert, j’ai l’occasion de me rendre compte de combien la musique réconforte les âmes. Elle fait apparaître des sourires sur leur visage. Elle remplit leur cœur de joie et, ça, je le vois. Je suis un témoin privilégié de ça. Avec la photo ou la vidéo, je capture ces moments-là. Je les rapporte ici. Je les partage avec les détenus pour qu’ils les voient eux aussi. Ca leur montre que, même s’ils sont incarcérés, il n’est pas trop tard pour changer, ils peuvent toujours avoir un but dans la vie. (…) Et puis, parfois, ils repèrent dans le public des gens qu’ils connaissaient avant de venir ici, ça leur fait revenir des souvenirs. » 

« La musique, c’est mon truc », me déclare un autre musicien du Parchman Band du nom de Lee Andrew Smith, « je ne me fais pas appeler Soul Child pour rien ». Soul Child a grandi à Yazoo City, aux portes du Delta. Cela fait 18 ans qu’il connaît le monde carcéral, et ce n’est pas le premier séjour qu’il fait à Parchman. Lui non plus ne s’apitoie pas sur son sort. « Cette situation dans laquelle je me trouve a fait sortir quelque chose d’enfoui en moi, que j’essayais depuis longtemps de faire sortir mais dont je doutais que je puisse y parvenir. C’est parfois seulement lorsque tu te retrouves dans certaines circonstances, que tu découvres qui tu es vraiment », dit-il. « Dieu m’a parlé il y a quelques années de cela. J’étais déjà condamné à vie lorsque je l’ai entendu me dire : ‘c’est la musique qui t’apportera la liberté.’ » Alors Soul Child s’est mis à écrire des chansons – d’abord du gospel. « La première chanson que j’ai écrite disait : I’m waiting on these clouds to leave. » Et puis du blues. « Si quelqu’un peut chanter le blues, c’est bien moi. Ici, le blues te tombe dessus quoiqu’il en soit. » Il énumère avec passion toutes les autres musiques qu’il aime – le R’n’B, le rock, la country – pourvu, assure-t-il, qu’elles portent un bon message. Il écrit pour la femme qu’il aime ; il écrit pour chacun des membres de sa famille ; pour la jeune enfant qu’il a perdue. « Elle n’était pas ma fille biologique, mais c’était tout comme », confie-t-il. « Le soir, elle s’endormait sur poitrine. Et puis j’ai dû aller la voir dans son cercueil. C’était le pire moment de ma vie. Oh, le pire moment n’était pas quand le juge m’a donné perpétuité, non. C’était ce moment-là. Bon sang, c’est moi aurais dû me trouver dans ce foutu cercueil avant elle… » Son regard semble se perdre dans son souvenir. Plus loin dans la conversation, il mentionne un autre moment qui l’a secoué – alors qu’il travaillait dans l’infirmerie, il a été amené à prodiguer une réanimation cardio-respiratoire sur un homme en train de mourir. « Il m’a dit après coup : ‘merci de m’avoir sauvé la vie.’ » se souvient Soul Child avant de marquer une pause. « Mais en réalité ça n’avait rien à voir avec moi. Je suis heureux d’avoir pu faire partie de ce moment, mais (…) Dieu, il se sert de nous. » Il conclut : « Toutes les chansons que j’écris, je les écris en les basant sur des choses que j’ai vécues. Toutes. »

Lee Andrew Smith (“Soul Child”), Parchman Farm, Mississippi, octobre 2025. Photo © Eric Doidy

« Il y a une chanson que j’ai écrite qui s’appelle My Apologies. (…) Il y a une famille qui traverse des choses pas faciles à cause de ce que j’ai fait. Moi, j’ai peut-être avancé dans ma vie (ce qui ne veut pas dire que j’ai oublié ce que j’ai fait) mais, eux, ils devront toujours traverser cette épreuve, à cause de moi. Alors j’ai écrit cette chanson, My Apologies, pour eux. Et pas seulement pour eux. Il fallait que présente mes excuses à mes propres enfants (…) à l’une de mes jeunes filles qui m’a dit un jour, ‘Tu sais ce que c’est pour une petite fille de devoir grandir sans son père ?’ J’ai tant de monde à qui présenter des excuses. Je me suis dit, comment faire ? Alors je les ai écrites dans une chanson. » 

Nathaniel Whitfield (“Country”), Parchman Farm, Mississippi, octobre 2025. Photo © Eric Doidy

À l’office religieux du dimanche, j’ai pu entendre un autre chanteur qui, lui aussi, faisait partie du Parchman Band au moment de mes visites. C’est un grand gaillard de 31 ans aux épaules carrées, du nom de Nathaniel Whitfield. Né à Tupelo dans le nord-est de l’État, il a également révélé son talent en prison – jusque-là, il n’avait jamais chanté dans un groupe. Il n’y avait même jamais pensé, se contentant de pousser la chansonnette pour s’amuser lors d’un karaoké dans un bar. « L’une des employées qui travaillaient dans ce bar, un soir, m’a dit : ‘tu as une belle voix. Tu sais que tu pourrais vraiment en faire quelque chose ?’ Mais je me suis dit qu’elle essayait juste d’être sympa », se souvient-il. Sa voix grave est puissante, assurée. « Pour l’instant il est surtout excellent en tant que chanteur lead », dit de lui Houston Jones, détenu fan d’Elvis et de Sam Cooke et pianiste du Parchman Band, « mais s’il est suffisamment bien pris en charge, il va également devenir un très grand chanteur d’harmonie. Il a un tel potentiel… Sa voix peut se révéler véritablement angélique. Avec le Parchman Band, nous avons essayé ensemble un titre de King George, un artiste de la région, Don’t Let me Be Blind. Contrairement à l’enregistrement d’origine, notre version commence sans musique, juste avec les voix. Là, en l’entendant, mes poils se sont dressés. »  

Houston Jones, Parchman Farm, Mississippi, octobre 2025. Photo © Eric Doidy

Mais la musique qui émeut tout particulièrement Nathaniel, plus encore que le gospel ou le R’n’B, c’est la country music – raison pour laquelle les autres détenus le surnomment “Country”. « La plupart des gens, leur réaction est de dire, ‘Mec, ta peau est d’une autre couleur, et tu aimes ce truc?’ », s’amuse-t-il. « Et je leur réponds : ‘Je l’adore !’ J’adore la manière dont la musique sonne à mes oreilles. Et j’ai grandi à la campagne, dans une ferme. Mon quotidien, dès l’âge de 10 ou 11 ans, c’était de dresser les chevaux et de nourrir le bétail. Un de mes meilleurs amis, avec qui j’ai grandi, avec qui je faisais du quad et plein d’autres trucs, m’avait présenté à un fermier, Mr. McFarlane. Il m’a donné du boulot. J’allais bosser chez lui dès que je sortais de l’école, tous les jours, c’était ma deuxième maison. » 

Chanteurs du Parchman Band. De gauche à droite : Nathaniel Whitfield, Michael Snell, Stephen Chambers, Lee Andrew Smith. Parchman Farm, Mississippi, octobre 2025. Photo © Eric Doidy

Ici, beaucoup de détenus ont eu la même enfance rurale que Country. Les souvenirs d’adolescence de Jae sont faits de journées de chasse et de parties de pêche. « J’appréciais cet isolement, le fait d’être tout seul dans mes pensées au milieu de ces immenses parcelles de terre. Je sortais me balader dans la nature et ça m’apportait une sorte de sérénité », raconte Jae qui dès qu’il en a la possibilité se trouve un coin à l’écart, depuis lequel contempler les champs qui s’étendent devant lui. 

Et ses pensées s’en vont alors bien au-delà des barbelés…


Par Eric Doidy
Merci à Marc et Lee Ann McClure, Arthur Rhodes, Reggie Watts et Michael Kyles pour leur confiance ; à James Hogankamp et Houston Jones pour leur accueil ; et à Bryan Ward pour m’avoir embarqué à la rencontre de Wolf.