Chroniques #95

• L’actualité des disques, livres et films traitant de blues, soul, gospel, r’n’b, zydeco et autres musiques afro-américaines qui nous touchent, vue par ABS Magazine Online…

Sherman Holmes

One Step Ahead Of The Blues

Nola Blue Records NB 058 – www.nola-blue.com

En 1990, lors d’un traditionnel pèlerinage chez Boogie, à Levallois-Perret, pour faire le plein de disques, le regretté Jean-Pierre Arniac me recommanda très chaleureusement le premier disque d’une formation inconnue de moi, The Holmes Brothers. Le 33 tours, « In The Spirit » (Rounder Records 2056) me séduisit dès la première écoute. J’ai ainsi suivi toute la carrière discographique de ce trio constitué des frères Wendell et Sherman Holmes, celui-ci chanteur et bassiste, celui-là chanteur, guitariste et pianiste, et du batteur et chanteur à la voix très haut perchée Willie ‘Popsy’ Dixon. Hélas la vie de ce superbe et puissant trio, qui mêlait blues, soul, gospel et rhythm & blues avec un talent exceptionnel, s’arrêta en 2015 quand moururent, à quelques mois d’intervalle, ‘Popsy’ Dixon et Wendell Holmes. Le survivant, Sherman Holmes, refit surface avec The Sherman Holmes Project et la publication, en 2017, du magnifique cd « The Richmond Sessions » (M.C. Records MC-0082). Depuis bientôt dix ans, nous n’avions plus aucune nouvelle du talentueux Sherman Holmes jusqu’au courrier électronique de Nola Blue Records adressé au rédacteur en chef de votre magazine préféré : le 9 octobre prochain, cette firme de disque indépendante, créée et dirigée par une femme, Sallie Bengtson, publiera le nouveau disque du maintenant octogénaire (il a 87 ans !) Sherman Holmes, intitulé « One Step Ahead Of The Blues ». Ce disque est tellement bon qu’ABS Magazine se devait de le présenter en avant-première. On retrouve ce mélange si chaleureux et vivant des diverses musiques afro-américaines que distillait la formation originelle, en onze chansons judicieusement sélectionnées. Superbes sont les downhome blues Fair To Midland et I’m So Lonely et le pur gospel, Change My Heart qui bénéficie du soutien exceptionnel des Blind Boys of Alabama. Les huit autres chansons sont des rhythm & blues de très haut niveau avec l’accompagnement des Muscle Shoals Horns. L’enregistrement s’est déroulé à Nashville sous la houlette de l’avisé producteur et excellent guitariste Andreas Werner. Sherman Holmes se contente de chanter fort bien, même si parfois sa voix est limitée (il a 87 ans !). La batteuse Lynn Williams, le bassiste Paul Ossola et le pianiste-organiste Harvey Thompson Jr. apportent un impeccable soutien. Les chœurs sont assurés avec discrétion et efficacité par Catherine Russell, Joan Osborne, Ada Dyer et Amy Helm. De cette atmosphère intimiste se dégage une force et une émotion qui réchaufferont nos cœurs parfois meurtris en ces temps éprouvants. – Gilbert Guyonnet 


Greg Piccolo
and Heavy Juice  

Who Knows What The Future Holds  

Momojo Records MMJ 408 – www.momojorecords.com

Ancien chanteur et leader des Roomful of Blues pendant vingt-cinq ans, Greg Piccolo lança en 1994 son nouveau groupe, Heavy Juice, lui permettant de prendre une direction plus personnelle. Il put ainsi graver des disques ou son talent de saxophoniste était plus en évidence : « Homage » et « Who Did This ». Aujourd’hui, à 75 ans, il nous offre cet excellent album. Onze magnifiques compositions personnelles à la fois blues, rhythm’n’blues, soul, avec une influence reggae et une superbe section de cuivres emmenée par Kaz Kazanoff au baryton et Greg lui-même au saxo ténor et le trompettiste Al Gomez. Les autres musiciens méritent également d’être nommés : Shinichi Otsu aux claviers, Bob Ruggiero aux drums, le très bon guitariste Dean Shot (chouettes solo dans People are hot ou Let’s play in the car) et le bassiste Paul Tomasello. Production deTerry Manning, ce qui est un gage de qualité. Tout est au top dans ce disque : écoutez Truth is a sly fox ou People are hot et vous aurez des fourmis dans les jambes ! Greg Piccolo signe là un grand disque qui devrait relancer sa carrière. Encore bravo ! – Marin Poumérol


The Anthony Paule Soul Orchestra

What Can We Do ?

Nola Blue Records NB 055 – www.nola-blue.com

Avec un design retro voire désuet, Anthony Paul définit son approche musicale comme étant « rétro soul », en opposition avec le courant actuel de new soul représentée par Angie Stone, Eryka Badu, Bruno Mars, pour ne citer qu’eux. Il semble vouloir continuer la direction prise dans le CD chroniqué dans le n° 89 d’ABS Magazine, qui saluait le retour à une soul traditionnelle intemporelle. La formation d’une douze musiciens, certainement enregistrée live en studio, incluant le fidèle Willy Jordan au chant, interprète avec la puissance vocale déjà remarquée précédemment un répertoire composé essentiellement par Anthony Paule, Christine Vitale et Larry Batiste, à l’exception du classique You’re Nobody Till Somebody Loves You. Le résultat est un voyage intemporel à travers les moments qui traversent le courant musical, passant allègrement du rock ‘n roll Bigger où les riffs acérés de la guitare d’Anthony Paul démontrent qu’il n’est pas nécessaire de jouer les guitar heros pour être efficace. Walkin’ lorgne en direction du Keep On Pushing des Impressions avec Curtis Mayfield, alors que What Can We Do se veut une discrète prise de conscience écologique. Certains esprits chagrins pourraient reprocher à cette entreprise de ne rien n’apporter de nouveau sous le soleil. C’est vrai, mais est-ce l’essentiel ? Car le but de la démarche est de proposer une touche personnelle tout en respectant les codes du genre. Le titre de l’album pose une question… La réponse est simple : « Keep the soul alive ! ». Jean-Claude Morlot


Dave Specter

Live et Space, Volume Two

Delmark Records 897 – www.delmark.com

Enregistré le 19 mars 2024 au club SPACE d’Evanston dans l’Illinois, cette session réussie confirme une nouvelle fois la place centrale de Dave Specter sur la scène de Chicago. Proposé cette fois-ci au format LP vinyle et porté par une production chaleureuse qui préserve toute la dynamique du concert, cet opus capture le guitariste au sommet de son art, conjuguant à la perfection l’élégance du soul-jazz et la ferveur brute du blues. Entouré par une formation remarquable, Brother John Kattke aux orgues, claviers et chant, Rodrigo Mantovani à la basse et Marty Binder à la batterie, Specter fait preuve d’une aisance remarquable pour faire voyager ses auditeurs entre grooves syncopés, improvisations lumineuses et lignes mélodiques affûtées. Le répertoire de ce LP fait la part belle aux compositions personnelles inspirées, à l’image du percutant Alley Walk, du trépidant The Stinger, sans oublier New West Side Stroll ou encore le superbe Message in Blue. Deux titres d’ailleurs également proposés séparément en téléchargement digital, tout en offrant de fines relectures de standards comme Bluebird Blues de Sonny Boy Williamson et Ridin’ High de Magic Sam. En célébrant la tradition vivante du blues de Chicago avec autant d’élégance que d’énergie spontanée, Dave Specter signe ici une session live qui ravira tout amateur exigeant. – Jean-Luc Vabres


Jovin Webb

Son Of A Sinner

Blind Pig Records BP5179 – www.blindpigrecords.com

Deux ans après en premier disque réussi, « Drifter », publié par la renaissante, à l’époque, firme de disques Blind Pig Records, Jovin Webb nous revient avec ce « Son Of A Sinner » pour le même label. Produit une nouvelle fois par Tom Hambridge, qui est aussi le batteur de la séance, le jeune chanteur et harmoniciste louisianais Jovin Webb (il est de Baton Rouge) a enregistré onze chansons qui sont un cocktail de blues, soul, gospel et rock sudiste. Il délivre ses messages autobiographiques de tentation, regret, rédemption ou survie avec une voix grave et profonde qui « semble avoir été forgée par la nicotine et avoir mariné dans du rye whiskey » (Downbeat). L’orchestre qui l’accompagne est particulièrement énergique : en plus de Tom Hambridge, Kenny Greenberg (guitare), Mike Rojas (piano, keyboards) et Tommy McDonald (basse). Le blues-rock d’ouverture Gunpowder & Lead explore les conséquences des choix irréfléchis et imprudents de Jovin Webb. Sa lutte entre sa foi et ses démons personnels est le thème de Pray for Me. Son interprétation de Every Time I Roll The Dice, chanson crée et popularisée par Delbert McClinton, est remarquable. I Started Young nous narre les mésaventures d’une vie très tôt truffée d’erreurs. Pas de confessions avec These Boots et Pull’Em In ; juste la recherche d’un excellent groove. Optimistes sont les messages de After The Rain, When I’m Gone et It’s Alright. Jovin Webb ne déplore plus ses comportements inconséquents d’adolescence, mais insiste sur des perspectives d’avenir positives. Jovin Webb avait attiré l’attention sur lui, en 2020, lors de son passage au télécrochet American Idol. Il avait alors interprété Whipping Post de Greg Allman. Il en donne une nouvelle interprétation réussie pour conclure ce remarquable disque. –  Gilbert Guyonnet    


Bywater calls

Broken souvenirs

Bywater call records BCR003C – www.bywatercall.com

Ce groupe canadien de Toronto a déjà publié quatre albums avant ce « Broken Souvenirs », à l’iconographie très économe. Une façon peut-être d’illustrer ces souvenirs brisés… La chanteuse Meghan Parnell et le guitariste Dave Barnes sont à la proue de ce vaisseau qui peut embarquer un large équipage dès lors qu’on lui adjoint cuivres et cordes. D’entrée Hold me down, met à l’aise. On navigue dans cet album, entre soul et folk intimiste (Is this thing, Only, Clutter et son banj, How long, Yardsale) et passages plus pétaradants (No one else, So far, et son énorme son de basse, Ain’t no friend of mine). Le groupe affectionne les morceaux qui gagnent en puissance au long de leurs quelques minutes de parcours. À ce titre, la production renvoie souvent au domaine de la pop, dans un domaine où il semble bien difficile aujourd’hui de se distinguer. – Dominique Lagarde


Anthony Geraci

Where Were You

Delmark Records 900 – www.delmark.com

Avec « Where Were You », le pianiste, organiste, compositeur et chanteur Anthony Geraci signe un formidable album. Le disque débute somptueusement avec le morceau éponyme en mode mineur, Where Were You, formidablement habité par Sheryl Youngblood, laquelle assure également la batterie et prête sa voix chaleureuse et d’une remarquable profondeur soul à trois titres du disque. Naviguant avec une élégance naturelle entre Chicago blues traditionnel, soul poignante et fines inflexions jazz, le leader s’entoure pour l’occasion d’un collectif d’exception. On y retrouve le vocaliste Barrence Whitfield, ainsi qu’une redoutable section de guitaristes réunissant Dave Specter, Barrett Anderson et Jon McDonald. La rythmique est portée par les bassistes Rodrigo Mantovani et Tom Terry, épaulés par les batteurs Nick Toscano, John Medeiros Jr. et Pooky Styx. L’ensemble est enrichi par le saxophoniste Mario Perrett, sans oublier la présence magistrale d’Anne Harris au violon. Geraci déploie toute l’étendue de son talent aux claviers, alternant traits de piano incisifs et nappes d’orgue Hammond généreuses. Le répertoire se révèle particulièrement dynamique, passant du boogie trépidant de Brooklyn Boogie aux atmosphères plus feutrées de Flowers For Marianne, jusqu’à la structure ambitieuse de Suite: Blues. Entre compositions maîtrisées et fidélité à l’esprit Delmark, ce disque est une vraie réussite. – Jean-Luc Vabres


Russ Green

Stone Cold

Overton Music OMX 1006 – www.overtone-music.fr

Russ Green est originaire de Chicago. Adolescent il tombe sous le charme de la musique de Jimi Hendrix. Hélas il n’a pas assez d’argent pour s’offrir une guitare, mais possède un harmonica dont il apprend à jouer sous l’influence de Sugar Blue, le Jimi Hendrix de l’harmonica. Après ses études, il délaisse la musique pour le cinéma : il devient ‘Assistant Director’ pour la télévision et le cinéma ; il rencontre quelques stars : Paul Newman, Tom Hanks, Daniel Craig, Bruce Willis, … Après une telle expérience professionnelle, il revient, plein d’usage et raison, vivre à Chicago. Il reprend alors la musique à plein temps et se produit avec son idole Sugar Blue, Billy Branch, John Primer, Lurrie Bell et Big Llou Johnson. En 2018 paraît son excellent premier disque « City Soul ». « Stone Cold » est ainsi son second enregistrement. Russ Green a apporté en studio onze excellentes chansons originales. Les guitaristes Giles Corey et Vince Agwada, le bassiste Vic Jackson le batteur Felix ‘D-Kat’ Pollard et le claviériste Joe Munroe ont été conviés pour assurer un accompagnement explosif. Lint Redux, avec son intro jouée en slide par Giles Corey et le jeu torride de Russ Green, met le feu aux poudres. Votre attention ne faiblira plus jusqu’à la fin du disque. Stone Cold est marqué par l’excellent jeu d’orgue de Joe Munroe et l’envoutant harmonica de Russ Green. Waitin’ On You est chanté dans un style proche de Luther Vandross et Barry White. Vous l’aurez compris : Russ Green est aussi un excellent chanteur. Need You So Bad illustre aussi ses grandes qualités vocales et la richesse rythmique dont il est capable avec son harmonica. Tous les autres titres nous découvrent les nombreuses facettes du très talentueux Russ Green : élégance, finesse, subtilité. Un disque puissant et original. Souhaitons qu’il ne faille pas attendre huit années pour découvrir le prochain disque de Russ Green. – Gilbert Guyonnet      


Jamiah Rogers

Chicago Cowboy

Delmark 898 – www.delmark.com

Dans « Chicago Cowboy », Jamiah Rogers & Dirty Chxrch délivrent une véritable tempête sonore qui insuffle une énergie brute au Chicago blues. Guitariste virtuose et chanteur puissant, Rogers s’appuie sur une rythmique affûtée composée d’Isaiah ‘Zay’ Horne à la basse et Tyvon ‘Tank’ Rice à la batterie, rejoints ponctuellement par Larry Williams (basse) et Amyna Pearson au chant. Entre riffs incisifs, solos incandescents et grooves profonds qui font vibrer les amplis, l’album enchaîne les compositions originales percutantes (Mojo Man, Chicago Cowboy, Sacrifice) avant de conclure avec deux reprises magistrales, Leave My Girl Alone de Buddy Guy et What’d I Say de Ray Charles. Électrique, fiévreux et sans concession, cet album s’impose comme une réussite du blues contemporain. – Jean-Luc Vabres


Various Artists

Morgan Freeman’s Symphonic Blues Experience

Decca Music – www.decca.com

La chanteuse mississippienne Lady Adrena ornait la couverture du #93 d’ABS Magazine. Dans l’interview réalisée par Jean-Luc Vabres, elle parlait du projet de l’acteur Morgan Freeman auquel elle participait : l’histoire du Blues racontée par le célèbre acteur, né à Memphis mais élevé dans le Mississippi, dont on connaît son amour du Blues ; il a été jusqu’à cocréé le Ground Zero Club en 2001.  Il s’est lancé dans une production originale, peut-être inspiré par le Siegel-Schwall Band rejoint par le San Francisco Symphony Orchestra en 1973. Un orchestre symphonique, le Chinekle ! Orchestra dirigé par Martin Gellner réarrange des classiques de l’histoire du Blues. Des musiciens de blues inconnus ou célèbres interprètent des chansons sélectionnées dans de grandes salles américaines plutôt habituées à la musique classique ou la variété, bien loin de l’esprit « juke joint ». Il était inévitable que cette entreprise ne débouche sur un disque. Decca annonce depuis quelques semaines « le disque de Blues de Morgan Freeman ». C’est de l’esbrouffe commerciale. Morgan Freeman n’apparaît que sur le chef-d’œuvre de Blind Willie Johnson Dark Was The Night, Cold Was The Ground où il présente son projet : une histoire du Blues. Il ne chante pas ! Le bref chant entendu à la fin est interprété par Keith Johnson. Morgan Freeman a sélectionné avec un goût très sûr douze chansons de l’inépuisable catalogue des musiques afro américaines enregistrées depuis les débuts du disque des années 1920s. C’est avec un peu d’appréhension que j’ai abordé l’écoute de ce disque. Combien de ratage quand quelque producteur s’avisa d’ajouter des cordes sur de beaux blues. Surprise : les arrangements sophistiqués du Chineke ! Orchestra, d’un esprit très blues, sont magnifiques, en parfaite symbiose avec la musique originale. Ainsi découvrons-nous la richesse harmonique de chansons qui trottent dans la tête de tout amateur de blues. Pour son projet, Morgan Freeman a choisi de grands noms ; Taj Mahal avec sa guitare interprète la chanson emblématique de Son House Death Letter Blues. Personne ne sera surpris par la qualité des interprétations de Cadillac Assembly Line, chanson écrite par Sir Mack Rice popularisée par Albert King et Travelin’ Riverside Blues de Robert Johnson par Shemekiah Copeland avec un solo de guitare de Alvin Yougblood Hart et Keith Johnson à l’harmonica. Tout aussi intéressante est la partie laissée aux illustres (pour les amateurs de blues) inconnus (du grand public). Super Chikan donne une belle version du classique de Robert Johnson Crossroads avec en prime un nouvel excellent solo de Alvin Youngblood Hart. Lady Adrena s’attaque à Dust My Broom, son chant a des inflexions gospel et soul blues sudiste. Pas étonnant de trouver au programme The Thrill Is Gone, le tube de B.B. King composé par Roy Hawkins ; Alvin Youngblood Hart s’attelle à la tâche avec succès. La chanteuse de Memphis, Tierinii Jackson,  soutenue par le Stax Museum Academy Choir, reprend le tube des Staple Singers I’ll Take You There. Surprenante est l’inclusion de I Lied To You de la bande-son du film d’horreur Sinners tourné à Clarksdale recréée ici par Keith Johnson. C’est un plaisir de découvrir que le très talentueux et sympathique chanteur-guitariste Anthony ‘Big A’ Sherrod donne la mesure de ses qualités grâce à trois chansons : Somebody’s Knockin’ de Terri Gibbs, Love Me Or Leave Me, écrite par Gary Vincent et D. Scott Miller, dont beaucoup ont la version de Nina Simone en tête, et une composition originale d’Anthony Sherrod, Someday. Le Chineke ! Orchestra a été enregistré aux Abbey Road Studios de Londres ; les parties vocales en compagnie du Ground Zero Blues Club Band au Royal Studio de Boo Mitchell à Memphis. Citons les musiciens du Ground Zero Blues Club Band : en plus de Keith Johnson et Anthony Sherrod, vous entendrez le guitariste Luther Dickinson, le bassiste James ‘Jimmy’ Kinnard, les batteurs Steve Potts et Lee Williams et le claviériste Marc Yacovone, le tout arrangé par Reverend Slim. Un souhait : que cette expérience très réussie élargisse le public du Blues. – Gilbert Guyonnet


Keb’ Mo’

The Breakdown

Concord Records/Universal Music

Dans « The Breakdown », la capacité qu’a Keb’ Mo’ à transformer l’expérience individuelle en émotion universelle est l’un des principaux ressorts de l’album. Musicalement, le disque circule avec une remarquable liberté entre le blues, la soul, la musique roots et quelques passages qui frôlent le jazz, sans jamais se laisser enfermer dans une catégorie. Cette fluidité constitue depuis longtemps l’une des grandes qualités de Keb’ Mo’, mais elle prend ici une résonance particulière. La musique épouse l’incertitude et le mouvement qui traversent l’existence racontée. Rien n’est surjoué. Les arrangements restent mesurés, les interprétations intimes et la production laisse suffisamment d’espace aux chansons pour respirer. Une grande partie de l’enregistrement a été réalisée dans son studio de Nashville, et ce cadre semble avoir favorisé une forme de sincérité qui aurait été plus difficile à atteindre avec une production plus spectaculaire. La décision de conserver une architecture musicale relativement dépouillée permet également de mesurer davantage le talent de Keb’ Mo’. Lorsqu’un arrangement repose principalement sur le dialogue entre une voix et une guitare, il n’y a pratiquement aucun endroit où se cacher. Son jeu a toujours été plus sophistiqué que ne le laissent penser les clichés associés à la guitare blues. Keb’ Mo’ est un remarquable guitariste en fingerpicking, mais l’essentiel n’est pas la technique en elle-même. Ce qui compte, c’est la manière dont il la met au service de la chanson. Les notes ne sont jamais là pour démontrer ce qu’il sait faire. Elles apportent à la fois le rythme, l’atmosphère et la ponctuation émotionnelle, avec une précision qui témoigne de décennies de pratique. Cette sobriété prend une autre dimension lorsque l’on connaît les épreuves qui ont précédé l’album. Keb’ Mo’ a parlé ouvertement de cette période difficile, notamment d’une opération cardiaque et de la fin d’un mariage qui avait duré vingt ans. Il lui a fallu revoir ses priorités, apprendre à regarder ce qui demeurait plutôt que de se concentrer uniquement sur ce qui avait disparu. Il a expliqué que cette période lui avait appris à changer son état d’esprit et à éprouver de la gratitude pour ce qu’il possédait encore. Une fois cette leçon comprise, disait-il, la vie est devenue beaucoup plus douce. Il y a dans cette réflexion une forme de sagesse discrète qui traverse tout l’album, sans jamais être imposée à l’auditeur. – Thierry De Clemensat


Guilty Delight

My Version of the Night

Autoproduit – guilydelight@outlook.fr

« My Version of the Night » est le deuxième album de cette formation de sept musiciens basée dans la région parisienne, après « Lose Control » en 2021. On y retrouve avec davantage de maîtrise encore leur assemblage détendu, de blues de soul seventies, de folk, de rock, de funk, qui avait séduit il y a cinq ans et leur textes introspectifs, portés par la chanteuse Orel. Les compositions sont dues au guitariste Rémi Voisin. Clappy porté par la guitare slide offre une ouverture entraînante. Au funk de Here to dance succède un From love to hate lent et recueilli. Glass half gone sur un rythme country est une  chanson très réussie, To be reborn vibre aux accents d’une philadelphia soul nonchalante. My version of the night est un rock soul énergique. Siren’s sound pourrait exprimer leur ressenti quant au mystérieux chant des sirènes. Un reggae syncopé anime She’s all write, Don’t worry comme attendu, offre une ballade apaisée destinée à donner le réconfort. The guide enfin sur fond de guitare slide conclut l’album sur une touche folk, légere et apaisée. Un très bel album. – Dominique Lagarde


Namedroppers

Let’s Live Together

Horizon Music Group   

Les Namedroppers sont une solide formation de Nouvelle Angleterre, créée par le chanteur, guitariste et auteur-compositeur Charlie Karp. Celui-ci est mort en 2019, mais les Name Droppers poursuivent leur petit bonhomme de chemin sous la houlette du chanteur-guitariste Rafe Klein, entouré du batteur et chanteur Bobby T. Torello (il interprète sa propre composition Watch Pocket), du claviériste et chanteur Ron Rifkin (il crée sa propre composition très soul Heartbreak City), du saxophoniste Crispin Cioe et de la chanteuse Simone Brown. Cette dernière assure les choeurs sur tous les titres et interprète en public le classique d’Aretha Franklin Chain of Fools, une composition de Don Covay. Deux autres reprises au menu : Gotta Serve Somebody de Bob Dylan avec une excellente partie d’orgue et une solide interprétation de Mannish Boy de Muddy Waters. Les sept autres chansons originales, toutes interprétées avec finesse, mêlent habilement blues, rhythm & blues, soul et rock. – Gilbert Guyonnet


Gerry Hundt Trio

One More For Me

Auto-production

Devenu rapidement l’un des noms de la scène de Chicago qui compte et pilier de formations marquantes comme The Dig 3, le multi-instrumentiste Gerry Hundt réaffirme son génie rassembleur avec « One More For Me ». Enregistré en prise directe dans un studio au Luxembourg entre deux dates de tournée, cet album scelle une connexion transatlantique foudroyante avec une section rythmique européenne de haut vol composée du bassiste et harmoniciste belge Renaud Lesire ainsi que du batteur luxembourgeois Tom Lehnert. Alternant avec une aisance déconcertante entre guitare, mandoline et harmonica, Hundt déploie un blues authentique, organique et terriblement vivifiant qui puise aussi bien dans l’héritage des géants, – de Johnny Young (Kid Man Blues) à Tampa Red à la mandoline (Rambler’s Blues), sans oublier un clin d’œil appuyé à Bo Diddley (Pimenta) ou Eddie C. Campbell (Runnin’ Wild) – que dans des compositions personnelles affûtées. De la verve incisive de Strange Things Happening aux vibrations festives de Pretty Baby, calibrées pour faire rugir les clubs mythiques de la Windy City, le trio délivre dix titres d’une cohésion exemplaire où le groove brut rencontre une finesse d’articulation remarquable. Voici une session vibrante, spontanée et profondément ancrée dans les racines du genre, qui confirme le statut de Gerry Hundt parmi les nouvelles figures majeures du blues. – Jean-Luc Vabres


Chris O’Leary

Blue Collar

Alligator Records ALCD5032 – www.alligator.com

J’avoue qu’en 2024 j’avais ignoré « The Hard Line », le premier disque Alligator du chanteur et harmoniciste Chris O’Leary. L’écoute de l’excellent « Blue Collar » me prouve que j’avais probablement eu tort. Chris O’Leary fut victime très jeune d’un virus sans traitement connu, le Blues, en regardant le film The Last Waltz de Martin Scorsese, puis grâce au disque de Muddy Waters « Hard Again » que son père lui fit découvrir. Le puissant jeu d’harmonica de James Cotton le marqua à jamais. Cela s’entend sur ce disque « Blue Collar ». En 1986, Chris O’Leary rejoint les marines et séjourne au Moyen Orient. À son retour aux États-Unis, le batteur du défunt The Band, Levon Helm, le repère et l’engage comme chanteur et harmoniciste de sa formation, The Barn Burners. Il y reste six ans. Puis devient officier de Police Fédérale avant de revenir à sa passion : le Blues. Après quelques albums pour d’obscures et éphémères firmes de disques, il rejoint l’écurie Alligator. Pour ce second disque Alligator, Chris O’Leary, le guitariste Pat O’Shea, le bassiste Shiela Klinefelter et le batteur Chuck Cotton sont allés à San Jose, Californie, au maintenant fameux Greaseland Studio de Kid Andersen. Tout démarre avec Bad Decision un solide blues moderne avec une superbe partie d’harmonica. Un fort accent de James Harman et William Clarke met l’eau à la bouche. Les dix autres titres originaux ne démentiront point cette première impression. Un féroce dialogue entre l’harmonica et la guitare est la pierre angulaire de Lady Luck. Le tempo ralentit un peu avec Am I The Only Fool et l’apparition d’un clavier joué par Bronson Hoover. Accalmie de courte durée : irrésistible est la guitare slide frénétique de Lil Ed Williams qui marque One More Cup Of Coffee. Superbe est Nothin’ But A Memory, un blues lent à la Muddy Waters auquel a été convié Bob Margolin. Très entrainant est le jump blues Justice Must Be Blind au swing irrésistible. After 2 A.M. est un Chicago Blues dont l’intro sonne comme Little Walter. Avec saxophones et tuba, One Way Street nous conduit à la Nouvelle Orléans ; le solo de guitare est remarquable tout comme la partie d’harmonica. Live Baby Gators lorgne la Louisiane avec en prime l’accordéon de Wayne Toups. Le subtil How’d I Ever Get Along explore le monde musical de T Bone Walker ; brillants, outre Chris O’Leary et son harmonica, sont le guitariste Pat O’Shea et le pianiste Bronson Hoover. Daddy Was A Wolfman qui conclut cet excellent disque n’est pas un pur blues, mais une fois de plus Chris O’Leary dévoile toutes ses qualités avec un impérial Pat O’Shea à la slide. Une bien belle production qui se doit de trôner dans votre discothèque. Vous l’écouterez souvent. – Gilbert Guyonnet 


Patrik Jansson Band

Different Shades of Blue

Sneaky Foot Records SFRCD0006 – www.patrikjanssonband.com

Ce groupe suédois publie avec « Different Shades of Blue », son cinquième album en quinze ans. Patrik Jansson, chanteur, guitariste et compositeur de la plupart des titres y est accompagné d’une section rythmique, d’un orgue, et ponctuellement, d’une section de cuivres. L’influence de Stevie Ray Vaughan se fait sentir dans What’s up ?, l’instrumental d’ouverture, celle du funk au long de Gold digger. Keep me satisfied est un shuffle blues chaleureux, Know where to go adoucit le tempo, avant que le blues lent ne s’empare de Love is a gamble et Love and war, sur lesquels la voix de Patrik Jansson est tout à son avantage. Le shuffle est de retour le temps de Joline, qui n’a rien d’un hommage précipité au presque homonyme Jolene de Dolly Parton  Le disque se referme sur l’ instrumental tendre et élégant, Lullaby for deci.Dominique Lagarde


Doug Duffey And Badd

Souvenirs

Fort Sumner Music LLC

Le chanteur et claviériste Doug Duffey est louisianais d’origine. En outre, il est un auteur-compositeur à succès prolifique. Marcia Ball, George Clinton, Funkadelic, Rare Earth, Zakiya Hooker, … ont pioché dans son catalogue de chansons. Il définit ainsi sa musique : « One hundred percent original blues, delta soul, bayou funk and gumbo jazz, producing a sound best described as swampedelic. » Dans le Fort Sumner Studio de Monroe, Louisiane, sont rassemblés autour de Doug Duffey : Dan Sumner (guitare, basse, chant et percussion), Adam Ryland (batterie et percussion), Ben Ford (basse), Matt Morgan (mandoline), Mason Howard (accordéon), Bob Dowell et Bert Windham (trompettes), Nate Johnson (saxophone ténor) et Wes Rougeou (sousaphone). Doug Duffey et Dan Sumner sont les co-auteurs-compositeurs de sept chansons ; la ballade nostalgique Delta Melody et Love Song à l’enivrant parfum du grand Allen Toussaint sont dues à la seule plume de Doug Duffey. Les blues Broken Heart and Empty Hand, Bad Luck, Better By Me, Sinking Into The Blues et Axe Jes Rite bénéficient d’une interprétation très décontractée typique de la Louisiane. Don’t Let The Darkness In est une virée au cœur de la Nouvelle Orléans, son jazz et ses parades de Mardi Gras. Voici un gumbo roboratif à déguster sans modération. – Gilbert Guyonnet  


Faye Carol

Faye Sings The Blues

Getdown Records – getdown.com

Certains albums arrivent avec un poids historique qui précède largement leur écoute, parce qu’ils ne prétendent pas seulement réunir des chansons, mais aussi conserver la trace d’une existence, d’une communauté et d’une époque dont les contours s’effacent peu à peu. Le nouveau double album de Faye Carol appartient incontestablement à cette catégorie, puisqu’il célèbre six décennies d’une carrière qui a conduit la chanteuse du gospel au rhythm and blues, puis au jazz, au blues, au funk et au cabaret, tout en la plaçant au contact de plusieurs générations de musiciens qui ont profondément contribué à façonner la musique noire américaine. Le projet bénéficie en outre d’une distribution particulièrement impressionnante, avec la présence de Taj Mahal, Eric Gales, James Carter, Wycliffe Gordon, Gerald Albright, Russell Gunn, Nicholas Payton, Kirk Whalum, Jon Faddis, Tia Fuller et Jubu Smith, autant de personnalités dont la seule réunion pourrait laisser espérer un disque capable de dépasser largement le cadre d’une simple célébration anniversaire. Malgré l’importance de la carrière de Faye Carol, malgré la qualité des musiciens réunis autour d’elle et malgré le poids historique que représente une telle longévité artistique, le disque lui-même ne se montre pas toujours à la hauteur de la femme qu’il entend célébrer. C’est paradoxalement lorsque la voix de Faye Carol révèle ses fragilités que l’album peut atteindre ses moments les plus humains. À l’inverse, lorsque la production cherche à entourer cette voix d’une instrumentation particulièrement imposante, elle donne parfois le sentiment de vouloir expliquer à l’auditeur l’importance de ce qu’il entend, au lieu de laisser la performance imposer naturellement son évidence. – Thierry De Clemensat


Michael Rubin

5 Minutes of Passion

Many Hats Records002 

Voilà plus de quarante ans que Michael Rubin joue de l’harmonica. Influencé par Sonny Boy Williamson (Rice Miller), James Cotton et Paul Butterfield, il a interprété divers types de musique allant de l’opéra au blues. Il a ainsi accompagné des célébrités telles Ruthie Foster et Cyril Neville. Après avoir vécu à Pittsburgh, Sonoma, New Orleans et Manhattan à New York, il a posé ses valises à Austin où il donne des cours d’harmonica et promène son chien, bien loin du milieu artistique et des feux de la rampe de la scène. Que ce soit avec le petit harmonica diatonique ou avec le difficile chromatique, Michael Rubin est un superbe instrumentiste ; « Total mastery », dixit R.J. Mischo à son sujet. Michael Rubin est en outre un remarquable auteur-compositeur comme le prouvent les onze titres enregistrés pour ce cd. De Dirty Words qui ouvre le disque dans un style jazz dixieland avec cuivres, à Grudge qui conclut le disque, vous découvrirez d’excellents blues et une chanson country, 5 Minutes of Passion. Le jeu d’harmonica de Michael Rubin est sobre et passionnant de bout en bout. Il est très bien soutenu par les interventions concises des guitaristes Cesar Crespo, Josh Fulero et Matthew Smith, selon les titres. J’apprécie particulièrement l’humoristique Nap qui, dans ce monde très agité, fait l’éloge de la sieste : « I’m putting taking a nap at the top of the to do list/Doing less don’t make me less than. » ; ainsi que Gravity qui ironise sur les positions antivaccinales des autorités américaines : « I don’t need no vaccination/The whole story a fabrication/I never once got polio and measles. » Un petit bémol : le chant n’est pas à la hauteur du jeu d’harmonica. Les grandes qualités de ce disque devraient vous inciter à y jeter une oreille. – Gilbert Guyonnet


Thomas Kahn

Undertones

Caramba Records

Undertones, le troisième album du chanteur guitariste et auteur-compositeur Thomas Kahn a été enregistré entre Puy-de-Dôme et Cantal. Dans cette atmosphère feutrée qu’évoque le titre ? Cuivres et cordes y viennent appuyer la section rythmique. L’atmosphère n’est pas figée. Elle évolue d’un bout à l’autre du disque, de touches rock et blues inquiètes à des ballades plus orientées soul et folk. Au gré de l’inspiration de son interprète, qui semble affectionner les climats à la I put a spell on you (I wont let you down, Do you love me). D’une atmosphère souterraine comme celle du métro où les sons parviennent atténués, on peut aussi gagner des rivages plus accueillants (On my road, From the get go). Du gros son passer à la ballade intimiste (You and me, I will stand). De l’underground aux monts d’Auvergne… – Dominique Lagarde 


Dave Thomas

Bridge Street Blues

Blonde On Blonde Direct Records DCT26BSB1

Le Dave Thomas dont il est ici question est un homonyme du collaborateur régulier (articles et photographies) d’ABS Magazine. Notez qu’ils sont tous deux Gallois ! Dave Thomas est un vétéran de la scène blues anglaise. Pendant plus de cinquante années de vie professionnelle, il a côtoyé John Mayall, Eric Clapton et Peter Green. Il fit partie d’un groupe de rock progressif, Blonde on Blonde, qui partagea la scène avec Bob Dylan, Jimi Hendrix, Fleetwood Mac, Genesis et Deep Purple. Paul McCartney l’invita à jouer avec lui. En outre, pendant une quinzaine d’années il accompagna divers musiciens afro-américains de blues sur les scènes anglaises. Dave Thomas a donc enregistré dix chansons qu’il a composées dans un studio irlandais. Il chante d’une manière douce et décontractée. Il joue la majorité des parties de guitare, parfois en compagnie du producteur et multi-instrumentiste, Declan Sinnott, lui-même guitariste. Son jeu de guitare nonchalant, minimaliste et expressif épouse fort bien son chant. Il est difficile de ne pas penser à J.J. Cale. On peut déplorer l’absence d’un vrai batteur au lieu du rythme synthétique programmé. Un disque sympathique. – Gilbert Guyonnet


EJ Mathews

Going Down This Road (single)

Delmark Records 902 – www.delmark.com

Remarqué au dernier International Blues Challenge de Memphis par les patrons de Delmark, EJ Mathews frappe fort dès son premier single, Walking Down This Road. Seul à la guitare acoustique et au chant, l’artiste venu de l’Est du Texas y déploie un style brut et hypnotique, au croisement du blues poisseux des marécages, du funk et du talking blues. Mathews scande ses textes avec le phrasé d’un conteur d’aujourd’hui. Soutenu par l’harmonica incisif de Steve Bell, le Texan signe une entrée en matière captivante qui rappelle que cette musique n’a rien d’une pièce de musée quand elle est jouée avec une telle authenticité. L’album qui va sortir dans quelques mois devrait être excellent. – Jean-Luc Vabres


Pat Smillie

Next To Nothing (single)

Fat Bank Music – www.patsmillie.com

Disponible en streaming depuis le 6 juin 2026, le nouveau single digital de Pat Smillie, condense en 2 minutes et 30 secondes toute l’énergie d’un morceau rock et blues cuivré. Fruit d’une écriture signée Smillie et Josh Ford, la réalisation assurée aux côtés de Motor City Josh met en valeur le groove de la rythmique (Rocco Popielarski à la basse, Todd Glass à la batterie), les claviers de Dale Grisa et les traits de guitare et banjo de Johnny Rhoades. Rehaussé par un trio de chœurs (Dennis Baran, Tina Howell, Ashley Stevenson), l’ancien résident de la windy City quia retrouvée sa ville natale de Detroit, fait parler son sens de la formule (« I started with next to nothing. I still got most of it left ») au service d’un titre festif et réellement efficace. – Jean-Luc Vabres


Etta James

At Last ! The Complete Etta James 1955-1962 

Frémeaux & Associés FA5933 – www.fremeaux.com

Jamesetta Hawkins naît à Los Angeles. Sa mère n’a que 14 ans ! Son père est inconnu. La légende voudrait que son père fût un célèbre joueur de billard Rudolf ‘Minnesota Fats’ Wanderone. Sa très jeune mère mène une vie de bâton de chaises. L’enfant Jamesetta sera ballotée entre divers foyers d’accueil, sa tante ou ses grands-parents. Grâce à eux, elle fréquente la St Paul Baptist Church dont le chœur, Echoes of Eden Choir, est fort célèbre. Il est dirigé par le Professeur James Earl Hines. Dans son autobiographie Rage To Survive (co-écrite avec David Ritz et publiée en 1995 chez Villard Books), Etta James écrit : « we had one of the biggest,baddest, hippest choirs anywhere… Our choir master, Professor James Earle Hines was my first and heaviest musical mentor, the cat who taught me to sing. Fact is, I wanted to sing just like him. » La gamine se fait très vite remarquer par les paroissiens grâce à sa belle voix. Elle écoute du doo wop, du gospel, du rhythm & blues et du blues. Avec deux copines de son voisinage, elle forme The Creolettes. L’incontournable Johnny Otis repère le trio et le fait signer avec la firme de disques des frères Bihari, Modern. Jamesetta devient Etta James. Le premier titre enregistré fin Novembre 1954, Wallflower (en fait le vrai titre était Roll With Me Henry que la décence de l’époque censura) était une réponse au Work With Me Annie d’Hank Ballard. Publiée début 1955, la chanson devient un tube. Pendant quatre ans, accompagnée à Los Angeles par l’orchestre du saxophoniste et arrangeur Maxwell Davis, ou à La Nouvelle-Orléans en 1956 par celui du trompettiste Dave Bartholomew avec Lee Allen (saxo) et Earl Palmer (drums) (I’m A Fool, Fools We Mortals Be et Tough Lover), Etta James grave vingt-quatre titres rhythm & blues et rock’ n roll d’une qualité exceptionnelle. Sa voix fait des merveilles. Les accompagnateurs swinguent à cœur joie pour le plus grand bonheur des auditeurs et danseurs. Réjouissante est l’écoute du premier cd. En cette fin des années cinquante, Harvey Fuqa, le leader des Moonglows, est le petit ami d’Etta James. Avant de se séparer et épouserl’une des sœurs de Berry Gordy à Detroit, il présente en 1960 la chanteuse à Leonard Chess. Les artistes phares de Chess sont Muddy Waters et Chuck Berry. Les frères Chess souhaiteraient toucher un public beaucoup plus vaste en s’adaptant aux nouveaux goûts. Ils vont essayer de faire d’Etta James une Sam Cooke ou une Ray Charles féminine, une « crossover diva. » Pour atteindre cet ambitieux objectif, Chess sélectionne des ballades pop sentimentales, mièvres et très moyennes. Les arrangements confiés à Riley Hampton sont conventionnels et d’un manque flagrant d’originalité. Saute aux oreilles le contraste entre l’affligeante médiocrité de la musique et la superbe voix, l’expressivité du chant et l’immense talent d’Etta James qui déploie toute la palette des émotions. De 1961 à 1963, Argo, une filiale de Chess, publiera quatre albums : « At Last » et « The Second Time Around » en 1961 ; « Etta James » en 1963 ; « Sings For Lover » en 1963. Ils occupent les cds 2 et 3. Plusieurs titres extraits de ces albums apparurent en 45 tours. Ainsi Etta James vendit-elle d’innombrables disques aux publics afro américains et surtout blanc. Le ‘crossover’ ardemment souhaité par Leonard Chess réussit sur le plan commercial. Le bilan artistique est plus mitigé. De cet océan de sentimentalité excessive à mon goût se dégagent de beaux moments : I Just Want To Make Love To You, All I Could Do Is Cry, Waiting For Charlie To Come Home, Something’s Got A Hold on Me, Let Me Know, Spoonful et Nobody But You. En fin du troisième cd, vous découvrirez le rare single Argo 5353 publié sous le nom The Ecuadors ; Etta James assure les chœurs pour Chuck Berry. Les inconditionnels d’Etta James se précipiteront. Aux amateurs de rhythm & blues fifties possesseurs du cd « The Complete Modern and Kent Recording » (Ace CD 1085), le premier cd de ce coffret n’apportera rien, le cd Ace étant bien plus complet. Les quatre albums ici publiés sur les cds 2 et 3 sont facilement disponibles avec des bonus sous diverses formes. Ils sont moins intéressants musicalement. – Gilbert Guyonnet  


Little Richard   

The Specialty Hits and More  

Jasmine Records JASMCD 1282 – www.jasmine-records.co.uk 

Indispensable, incontournable ! un grand moment de la musique afro-américaine, des classiques maintes fois réédités en box de plusieurs CD ou en vinyl, et tout le monde doit les avoir sous une forme ou une autre. Cette ultime réédition est parfaite : 34 titres Specialty (1956- 59) avec tous les titres importants : Tutti frutti, Long tall Sally, Ready Teddy, etc. On ne va pas tous les citer. Et puis ces musiciens extraordinaires : Lee Allen, Earl Palmer and company et les studios de Cosimo Mattassa. Ce n’est pas une intégrale ; il manque cinq ou six titres très secondaires dont ceux gravés en 1964 lors de son retour sur ce label. Ce CD constitue l’un des grands albums de l’Histoire du Rock’n’roll (avec un Best of Chuck Berry paru chez Bear Family, tout aussi indispensable). Il ne faut pas oublier que Little Richard était aussi un formidable chanteur de soul et de blues. Allez, c’est indémodable, ça devrait être dans les programmes scolaires ! Le monde pourrait être partagé en deux : d’un coté ceux qui apprécient cela et, de l’autre, les malheureux qui ne connaissent pas ! En voici l’occasion. – Marin Poumérol


Bukka White

Shake ‘Em On Down 1930-1940

Jasmine Records JASMCD3322 (mono) – www.jasmine-records.co.uk

D’aucuns prétendent que Booker-T Washington est né en 1909, d’autres aguerris disent 1906. Une date annonce même 1903. Pas simple aujourd’hui de soutenir une date avec précision, surtout qu’en 2023, la Mississippi Blues Commission s’appuyant sur les derniers recensements, indiquait 1904. Certains biographes affirment disposer de preuves indiquant qu’il est né à Aberdeen, dans le Mississippi, en 1902. Mais pas sur non plus ! Il traine bien un certificat militaire annonçant 1903 comme date de naissance, mais on sait tous aujourd’hui qu’il était facile de mentir sur son âge puisque quasi invérifiable. Pareil pour les boulots qui lui permettent de vivre, lui et sa famille. Éparses et divers. Comme ses rencontres avec d’autres musiciens, on ne sait jamais trop si c’est vrai ou pas. Lui-même se contredisant. Traîne aussi dans certains articles le fait que Booker-T Washington aurait tué une personne lors d’une rixe… L’homme aurait en fait « juste » pris une balle dans une jambe, en état de légitime défense… John White, son père, était cheminot et musicien. Il traîne dans les boîtes à musique du coin, un jour au violon, un autre au piano ou la guitare. Booker le suit. Alors n’allons pas affirmer que le jeune Booker allait apprendre tel instrument avant l’autre. Il devait goûter à tous, au point que son père lui offrira sa première guitare pour ses neuf ans et une Stella en cadeau de mariage, sept ans plus tard. Houston est une petite ville plantée entre Memphis au nord et Jackson au sud, à quelques kilomètres de Pontotoc (lieu méconnu mais important pour cette musique country qualifiée de Delta Blues). La musique y est vivante, variée et se doit d’être aussi bruyante pour se faire entendre par delà le bruit des foules. Son grand-père l’élève et le met au travail à la ferme, mais Bukka n’en veut pas. Il se trouve un job dans une scierie, gagne quelques sous, se paye un costard et part à Glendora chez un oncle puis jusqu’à St Louis. Premières rencontres avec Lonnie Johnson et Peetie Wheatstraw, alias William Bunch. En pleine adolescence, il traverse des bleds où il fait la manche, prend quelques contrats, puis se retrouve en 1928 à Bapterville. Quand il rencontre et entend George ‘Bullet’ Williams, il a cette phrase : « Quand il met son harmonica à sa bouche, il fait que tes cheveux commencent à marcher sur ta tête ». Le duo visite Charleston, Grenade, Holly Springs… Puis Williams s’en va enregistrer pour Paramount dans le Nord. Bukka reste sur place. Ralph Lembo, un petit commerçant blanc et dénicheur de talents, le voit passer devant sa boutique à Itta Bena, guitare sur l’épaule. Il l’aborde et l’écoute jouer. Ça pourrait coller. Alors il lui propose de venir à Memphis pour sa première session d’enregistrements chez Victor. 26 mai 1930, accompagné par Napoleon Hairiston au chant, le jeune Booker parle plus qu’il ne chante sur The New’ Frisco Train et son jeu ressemble à un Blind Lemon Jefferson en pleine effervescence. Il préfère se la jouer solo sur The Panama Limited, pratiquant une sorte de humming à la suite d’un talk over pour rendre hommage au célèbre train qui reliait Chicago à La Nouvelle-Orléans. Deux autres titres sont gravés : I Am In The Heavenly Way est le titre sur lequel, dit-on, figure Memphis Minnie ; on peut entendre sa voix (si c’est bien elle, puisque signaler sur les enregistrements comme ‘Miss Minnie’) qui appuie le chant de Booker White. Même schéma pour The Promise True And Grand qui allie country blues avec les prêches gospel qui se tenaient le dimanche matin. Booker White enregistrera 14 titres durant ces premières sessions mais quatre seulement verront le jour car la crise économique ayant frappé les ventes de disques, les labels réduisent les frais. Mais on dit aussi qu’une partie des bandes seraient détruites. Booker White devient Bukka White par une faute de frappe. Puis plus rien jusqu’en 1937. Enfin presque. On sait qu’il épouse Susie Simpson, la nièce de Bullet Williams en 1934 en secondes noces. À seize ans, il s’était marié avec Jessis Bea, malheureusement décédée trois ans plus tard. La musique de Bukka White ne lui rapporte pas grand chose, alors il devient joueur de baseball dans la Negro League, puis s’essaie à la boxe. La petite notoriété de Bukka monte jusqu’aux oreille de Lester Melrose par l’intermédiaire de Big Bill Broonzy qui l’invite à Chicago. Mais étant en liberté sous caution, il ne peut graver que deux titres avant d’être renvoyé de force dans le Mississippi pour purger une peine de trois ans après jugement. Ses enregistrements de Pinebluff Arkansas et de Shake ‘Em On Down furent publiés sur Vocalion durant sa peine et Shake ‘Em On Down devint un succès. Cette chanson mainte et mainte fois reprise sera sa marque de fabrique, son étendard. Une référence, surtout dans les mains de R.L Burnside. En 1939, John et Alan Lomax se rendent dans la prison de Parchman Farm afin de l’enregistrer pour la Library Of Congress, mais l’individu est méfiant suite à quelques ennuis pécuniaires avec d’autres labels et décide de n’enregistrer que deux titres : Sic ‘Em Dogs On et Po’ Boy. Le deuxième titre deviendra un succès pour Bukka. Condamné à trois ans, il sort finalement après deux ans de bagne, en grande partie grâce à l’intérêt suscité par les enregistrements qu’il avait réalisés pour le folkloriste John Lomax et la Bibliothèque du Congrès alors qu’il était encore incarcéré. Peu de temps après, on le retrouve à Chicago sous la houlette du fameux producteur Melrose. Il arrive avec, sous le bras, des transcriptions de morceaux qu’il pensait mettre sur disque, mais Lester ne les trouve pas à son goût, les rejetant, prétendant qu’il s’agissait de chansons que d’autres avaient déjà enregistrées et qu’elles ne rapporteraient pas grand chose. Bon prince et fin commercial, Melrose installe Bukka dans un hôtel et lui demande d’écrire des chansons originales. Les 7 et 8 mars 1940, Bukka White revient avec douze titres qui seront édités sur Vocalion et sous son label Okeh, équitablement partagés. C’est avec ces chansons que Bukka White forge la colonne vertébrale de son répertoire. Mais une fois de plus, il passe à côté du succès, puis disparait encore jusqu’au boom folk début 1960 où il est retrouvé, pour lui aussi servir de faire valoir au folk blanc. Parmi les douze morceaux enregistrés dont certains accompagnés par Whasboard Sam, quelques titres passeront à la postérité. Sleepy Man Blues, seul à la guitare, Bukka sert un morceau introspectif évoquant une profonde inquiétude, la tristesse et ce désir de pouvoir dormir pour oublier de lourds tourments. Jeu de guitare sobre comme sur Parchman Farm Blues qui accompagne une voix puissante qui laisse dans sa traîne comme un vibrato chargé d’émotions. Cette série d’enregistrements est tout à fait unique et d’une rare beauté. Bukka revient régulièrement sur son passé dans les geôles de cette ferme prison à travers quelques titres (Where Can I Change My Clothes, District Attorney Blues, …) dont certains sont appuyés soit par la planche à laver de Whasboard Sam ou par sa guitare. Un autre thème qui revient régulièrement dans cette session et qui a toujours interrogé et fasciné les spécialistes comme les amateurs, est la mort, en raison de son angle particulièrement inhabituel articulé dans ce genre de compositions. Comme le dit Simon. A Napier dans ses notes en 1969, « le blues est une tradition orale et les textes entièrement originaux sont bien moins courants que la plupart des gens ne se l’imaginent », mais les blues de Bukka White sur la mort sont, pour la plupart d’une grande originalité. Fixin’ To Die Blues a été composé en mémoire d’un ami, Flem Smith et, outre ses magnifiques paroles, il comporte une brillante partie de guitare. Strange Place Blues évoque la mort de sa mère, en 1933. High fever blues, expliquera Bukka, a été inspiré par la mort d’une petite amie nommée Mary Johnson, décédée d’une jaunisse. Enfin, Good Gin Blues a été dédié à la mémoire d’un compagnon de beuverie nommé Tod Walker, décédé des suites de l’alcoolisme. Sleepy Man Blues est un morceau sombre et introspectif donc, tandis que Bukka’s Jitterburg Swing est un morceau festif qui se passe d’explications et qui s’inscrit davantage dans la musique de l’époque. Cette série de  chansons enregistrées entre 1930 et 1940 documente de manière brute et authentique la vie, la perte de dignité et le désespoir des prisonniers afro-américains à cette époque. Sa musique, elle, est une forme non altérée et très intense de Delta blues et de Country blues acoustique, marquée par un chant guttural profond et très puissant reposant sur un jeu de guitare percussif en slide, souvent sur une guitare à résonateur. Si Bukka White n’a pas bénéficié de la reconnaissance mondiale de son cousin B.B. King, il a néanmoins prouvé à quel point le blues peut être plein de vie. Un artiste à redécouvrir aussi pour ses enregistrements postérieurs d’une grande valeur. – Patrick Derrien


Kitty White

Yeah ! Yeah ! Yeah !
The Rare Singles 1949-1960

Jasmine JASMCD 2855 – www.jasmine-records.co.uk

La chanteuse Kitty White (1923-2009) a connu son heure de gloire en donnant la réplique à Elvis Presley dans la chanson Crawfish. Sans devenir une figure marquante du jazz vocal ni de l’easy-listening, elle a enregistré plusieurs albums dans ce style à la fin des années cinquante, avant de tenter une incursion dans le folk-song au début des années soixante, puis dans un mélange jazz-soul en 1966. Ce CD rassemble  trente faces de quarante cinq tours enregistrés pour diverses marques, grandes ou petites en prélude à ses trente-trois tours ou entre certains d’entre eux. Malgré le charme de sa voix -qui peut se faire violence en de rares occasions-on peut difficilement la faire entrer dans la catégorie des grandes dames de rhythm’n’blues de l’époque. Question de répertoire et de choix musical. Néanmoins, cette belle compilation Jasmine pourra satisfaire les amateurs de cette période, à la vision large. – Dominique Lagarde


Bill Doggett   

In Sessions 1939-1962  

Jasmine Records JASMCD 3323 –  www.jasmine-records.co.uk

Bill Doggett, pianiste, organiste dont le fameux Honky Tonk fut en 1956 l’un des plus grands succès instrumentaux du siècle (« Dancing with Doggett » – Jasmine CD3142) a eu une très longue carrière et a accompagné de nombreuses stars de la grande musique afro-américaine. C’est ce que nous propose ce CD. Pas toujours sous les projecteurs, mais souvent présent là ou il le fallait : on démarre avec l’orchestre de Jimmy Mundy en 1939 puis Lucky Millinder en 1941, Illinois Jacquet puis Helen Humes en 1945. Il accompagne Jimmy Rushing, Ella Fitzgerald, Jimmy Witherspoon et le grand Wynonie Harris dans Mister Blues jumped the rabbit. Il va jouer dans l’orchestre de Lionel Hampton, puis tient l’orgue chez Louis Jordan avec qui il va graver de nombreux titres. Il est très demandé un peu partout surtout après le phénoménal Honky Tonk. À l’aise aussi bien dans le jazz que dans le rhythm’n’blues, le voici avec Little Willie John dans Sufferin’with the blues et encore avec Ella Fitzgerald sur son album Rhythm is my business chez Verve en 1962. Doggett a toujours été un architecte musical discret, mais très présent sur des centaines d’enregistrements et un pionnier de l’orgue Hammond et lorsqu’on voit son nom dans un groupe, on peut être sûr que ça va swinguer ! – Marin Poumérol


Mike Wheeler

Chicago Blues

Delmark Records 896 – www.delmark.com

Intitulée « Chicago Blues », cette rétrospective publiée chez Delmark réunit le meilleur du Mike Wheeler Band à travers une sélection piochée dans ses temps forts discographiques. On y retrouve des pièces maîtresse tirées des albums Self Made Man (2012) et Turn Up! (2016), complétées par une captation live enregistrée au club Evanston SPACE (l’excellent Serves Me Right To Suffer de Percy Mayfield). Entouré de pointures de la scène locale dont le bassiste Larry Williams, le claviste Brian James, le batteur Cleo Cole, ainsi que les invités Dave Specter, Roosevelt Purifoy et Omar Coleman, le guitariste et chanteur déploie un jeu fluide et incisif au service d’un blues urbain, moderne et fiévreux. Entre shuffles ravageurs (Turn Up!, Yeah!) et tempos lents d’une belle intensité, cette excellente compilation nous offre un condensé parfait du savoir-faire de l’un des piliers incontournables des clubs de la Windy City, qui toutes les semaines est aux côtés de Mzz Reese dans le club Blue Chicago. – Jean-Luc Vabres


Various Artists

The Songs that Shaped Van Morrison

Jasmine Records JASMCD 1281 – www.jasmine-records.co.uk

Regrouper les chansons qui ont façonné Van Morrison, né dans une famille musicienne et mélomane, et son groupe Them dans les années soixante, semble ne pas représenter un effort surhumain. Il suffit de pointer les nombreux classiques du blues, du rhythm’n’blues et du rock repris par Them et d’en aligner les V.O. Jasmine le fait mais va aussi plus loin, en proposant des chansons que Van Morrison a cité dans ses interviews, qu’il a repris en concert en de rares occasions, ou dont les interprètes ou auteurs l’ont particulièrement marqué, dans l’élaboration de cette « healing music » qui nous apporte tant. Il en va ainsi du superbe et déchirant Big Blue Diamonds  de Little Willie John, avec ses licks de guitare country à fendre l’âme, ou de l’inattendu Mule Skinner Blues de Jimmie Rodgers, que l’on retrouve en toute fin du disque. – Dominique Lagarde 


Earl Bostic   

Early Earl
The Gotham Recordings 1946-1947   

Jasmine records JASMCD 2837 – www.jasmine-records.co.uk

Né à Tulsa (Oklahoma) le 25 avril 1913, le saxophoniste alto et chanteur Earl Bostic connut un certain succès dans les années 1950. Jasmine a choisi de s’attaquer à la première partie de sa carrière, lorsqu’il enregistra pour le petit label new-yorkais Gotham en 1946 et 1947. 28 titres 100% jazz avec beaucoup de longs solos et une ambiance festive. L’influence des grands saxos de l’époque et des boppers est flagrante : Charlie Parker, Dizzy, Monk, Kenny Clarke. Earl suit sa propre voie festive et ultra swinguante : ça déménage et on ne devait pas s’ennuyer à ses concerts ; écoutez 845 Stomp, Bostic’s boogie blues, Apollo Theatre jump ou Liza (un morceau signé Gershwin). Il est certain que Bostic eut une forte influence sur les saxophonistes de rhythm’n’blues, mais là nous restons dans le domaine du jazz. En tous cas, Earl est un musicien à découvrir. Le succès en fit un musicien plus ordinaire jusqu’à sa disparition en 1965. – Marin Poumérol


Various Artists

The Songs that Shaped Amy Winehouse

Jasmine Records JASMCD 2866 – www.jasmine-records.co.uk

Amy Winehouse a t’elle eu suffisamment de temps dans sa courte vie pour livrer les secrets qui l’ont menée vers la musique et l’éphémère carrière internationale que l’on sait ? Sans doute non. Elle ne bénéficiait probablement pas non plus d’un bagage musical comparable à celui d’autres artistes élevés dans le sérail. Alors pour rassembler ces 29 titres, Jasmine a composé entre influences avouées, évidences retenues, effort d’imagination, et s’en explique dans les (copieuses) notes de pochette. Gospel, soul, jazz, ballade, blues, à l’arrivée ce CD s’écoute sans déplaisir. Des standards y voisinent avec des (re)découvertes, comme ce piquant Nobody’s perfect d’une jeune Carole King ou l’immortel To know him is to love him des Teddy Bears. – Dominique Lagarde


Larry Birdsong    

Live The Life I Sing About
The Complete50s Singles Plus  

Jasmine RECORDS JASMCD3294 – www.jasmine-records.co.uk

Un cas particulier : Ce Larry « chant d’oiseau » a une voix très spéciale. Il use et abuse des aigus et des effets de falsetto. On pourrait penser à un croisement entre Jackie Wilson et Aaron Neville, mais avec le moins bon des deux. J’avoue avoir été désarçonné par cette voix et avoir arrété d’écouter le disque au bout de trois morceaux, puis j’y suis revenu, non sans difficulté. Il s’agit de rhythm’n’blues made in Nashville sous la direction de Ted Jarrett pour toute une série de labels : Excello, Calvert, Decca, Vee Jay, Champion et Cherokee entre 1955 et 1960. Du r’n’b classique, dans la tradition, sans talents particuliers, avec quelques ouvertures vers le rock’n’roll comme I’m pleadin’ just for you, Fannie’s place. Avis aux amateurs, il faut écouter ce disque avant de l’acheter car cette voix et ces effets spéciaux sont quand même très particuliers. – Marin Poumérol


Can I Get A Witness
Faith, Family, and Chicago Gospel Music

Steven B. Dolins with Gregory Donald Gay

The University of Chicago Press – press.uchicago.edu/

« Can I Get a Witness ! Faith, Family, and Chicago Gospel Music », écrit par Steven B. Dolins et le pasteur Donald Gay, retrace l’histoire fascinante d’une famille qui a profondément marqué la musique américaine. Cet ouvrage exceptionnel bénéficie d’une caution artistique des plus prestigieuses puisque c’est le géant du jazz mondial, le saxophoniste Sonny Rollins en personne, qui en a signé la préface. Le légendaire jazzman y livre un témoignage touchant, racontant comment la famille Gay l’a accueilli à bras ouverts dans sa petite maison de Champlain Avenue au milieu des années 1950, lui offrant un havre spirituel et humain salvateur pour surmonter ses addictions et se reconstruire. C’est cette même générosité et ce dévouement total qui irradient tout au long des pages, mettant magistralement en avant la famille Gay comme l’un des piliers les plus virtuoses et pourtant sous-estimés de la culture afro-américaine. Lorsque le jeune prédicateur Gregory Donald Gay a rejoint ses sœurs sur la scène du Carnegie Hall en 1950, lors d’un concert à guichets fermés partagé avec Mahalia Jackson et les Clara Ward Singers, il est devenu l’acteur d’un moment historique : le tout premier concert entièrement consacré au gospel dans cette salle mythique, alors qu’il n’avait que cinq ans. Le livre rend un hommage vibrant à leur génie instrumental et vocal : Evelyn, dotée d’un jeu de piano bluesy, Mildred à la voix de soprano d’une puissance phénoménale, et Geraldine, véritable comète et pionnière absolue surnommée « le Erroll Garner du gospel », qui a révolutionné la musique sacrée en y injectant des accords et des structures harmoniques issus directement du bebop naissant. Ensemble, ils ont sillonné les routes et enregistré une série de disques influents entre 1948 et 1973, se produisant à l’Apollo Theatre et croisant la route de figures majeures telles que Sister Rosetta Tharpe, Sam Cooke, Pops Staples ou Dizzy Gillespie. Ce récit retrace avec précision leur parcours discographique, de leurs premières gravures à Los Angeles pour Dolphin’s of Hollywood en 1948 à leurs sessions historiques pour Savoy Records en 1951 marquées par le classique God Will Take Care of You, jusqu’à leur passage chez Decca Records en 1955. L’ouvrage rapporte également une anecdote amusante lors de leur enregistrement chez Chess Records au cours des années 1960 sous la houlette de Gene Barge et Jessy Dixon : en sortant du studio après avoir gravé He’s Calling Me et Let Me Alone, Donald et Geraldine croisent par hasard trois figures clés du blues de Chicago : Willie Dixon reconnaissable à son chapeau melon, Koko Taylor dans sa robe jaune ajustée et Buddy Guy en train de gratter sa guitare dans un coin ! Ce travail de réhabilitation historique minutieux a été rendu possible grâce à l’expertise de Steven B. Dolins, qui est également le responsable du label The Sirens Records, une maison de disques dédiée au blues et à la scène gospel de Chicago, qui possède à son actif de superbes enregistrements régulièrement chroniqués dans nos pages. Ce dernier, aux côtés de Gregory Donald Gay, ne se contente pas d’analyser une discographie, il capture avec passion l’âme vibrante de la communauté du gospel de Chicago, où la musique, portée par le talent inouï de la famille Gay, devient le plus puissant vecteur de foi, d’émancipation et de résilience face aux dures épreuves traversées par la fratrie. En redonnant à ces héros méconnus de la musique américaine la place centrale qui leur revient, cet ouvrage magistral s’impose comme une lecture indispensable. – Jean-Luc Vabres


Abécédaire Raisonné
Jazz, Pop, Rock

Pierrejean Gaucher 

Frémeaux & Associés – www.fremeaux.com

Ni dictionnaire, ni encyclopédie, ni lexique, l’abécédaire est une façon d’épeler sa propre expérience formatrice (en l’occurrence musicale). Si, comme son nom l’indique, l’abécédaire partage avec eux l’organisation alphabétique des entrées, ce dernier n’exige n’exige ni la rigoureuse objectivité du dictionnaire, ni la précision lapidaire du lexique ; il ne revendique pas non plus l’exhaustivité scientifique de l’encyclopédie. Par son « Abécédaire jazz, pop, rock » publié chez Frémeaux & Associés, Pierrejean Gaucher, musicien, compositeur, et accessoirement présentateur à France Musique nous invite à grappiller dans son itinéraire musical, essentiellement axé sur la guitare et surtout sur le plaisir d’entendre, de créer de la musique. Le choix d’un classement alphabétique des thèmes introduit de fait une désorganisation chronologique : nous ne suivons pas le fil d’un apprentissage, ni celui d’une évolution musicale, mais nous sautons de lettre en lettre de thèmes en thèmes indépendamment de l’ordre du temps tel que son auteur en a vécu l’écoulement. Un abécédaire n’est pas un récit historique, même si, en l’occurrence, l’histoire de la musique y accompagne le propos en un discret contre-chant. L’ordre des mots prime l’ordre du temps ; ordre au demeurant non contraignant puisque : « Contrairement à une partition qu’il vaut mieux lire dans l’ordre, vous pouvez y piocher au feeling, y entrer par une lettre et y revenir plus tard » (p.22), suggère l’auteur. Cela dit, chacun trouvera son miel dans ce parcours alphabétique d’un praticien averti et d’un auditeur attentif de la guitare moderne. Les uns se focaliseront sur le ressenti éprouvé par Pierrejean Gaucher à l’écoute des guitaristes phares de ces cinq decennies : Frank Zappa, Jef Beck, John Mc Laughlin, ou, moins connu Richie Blackmore, etc. D’autre seront attentifs aux anecdotes qui, cocasses ou déterminantes, ponctuent la vie d’un musicien : rencontres fortuites, incidents de concerts ou de séances d’enregistrement, etc. Les plus musiciens d’entre les lecteurs s’intéresseront particulièrement aux analyses sur le jeu de la guitare (le sien et celui des guitaristes que Pierrejean Gaucher révère), sur la pratique de la composition, ou celle de l’improvisation… Deux axes ont particulièrement retenu mon attention. Le premier concerne l’évolution des techniques d’enregistrement et de diffusion du son depuis l’invention du gramophone à rouleau. Depuis la diffusion du magnétophone à partir de 1945, jusqu’au dernier progrès de l’informatique plusieurs éléments son à retenir. En premier lieu le studio d’enregistrement est devenu progressivement un instrument à par entière et « un laboratoire d’innovations sonores » (p.282). C’est ainsi que des albums comme l’inaugural « Sergent Pepper Lonely Hearts Club Band » (Beatles),  ou encore « Bitches Brew » ou « In a Silent Way » (Miles Davis) doivent autant au jeu des musiciens qu’au travail de mixage des producteurs : « À ce moment-là, sans doute pour la première fois dans l’histoire du jazz, l’œuvre terminée ne représente pas (totalement) ce que les musiciens ont joué en studio » (p. 80). Il est surprenant à cet égard de constater combien les analyses à propos du montage, du jeu de l’acteur, et de la perfectibilité au cinéma, proposées par le philosophe Walter Benjamin entre 1935 et 19401 s’appliquent de manière particulièrement aiguë non seulement à l’enregistrement musical, mais quasiment toutes les formes d’expression contemporaines. Dans le mouvement de ces réflexions Pierrejean Gaucher nous entraîne par petites touches dans une méditation philosophico-esthétique sur le statut de l’œuvre d’art, d’autant que l’introduction de l’I.A. vient encore rebattre les cartes d’un problème qui agite le monde de la création (cf par exemple entrée « I.A (dégénérative) » (p. 115-124) dans lequel l’auteur nuance sa réponse et s’efforce de sortir des stéréotypes. On notera également la profondeur du lien à la fois artistique et affectif qui unit l’auteur aussi bien  à des musiciens de la tradition savante comme Eric Satie (auquel il a consacré un album de relecture et de coécriture2 en 2023) ou Igor Stravinski, qu’à des musiciens ou des groupes  « rock » ou « jazz rock »  comme Mc Laugnlin, Jeff Beck, The Beatles (qui ne disposent pourtant que d’une maigre entrée dans l’ouvrage), Radiohead, ou encore le groupe Yes. Mais son véritable mentor en matière de musique reste Frank Zappa qui occupe en un triptyque les quinze dernières pages de cet abécédaire et reste explicitement ou implicitement présent dans de nombreux passages de ce volume. Dès 1998, Pierrejean Gaucher avait d’ailleurs consacré un album d’hommage au musicien : « Zappe Zappa ». « Et le blues dans tout cela ? », pourrait réclamer à juste titre les lecteurs d’ABS Magazine. Nous dirons que l’univers du blues suinte entre les lignes où il fait figure d’initiateur non seulement des grands guitaristes de rock et de jazz rock auxquels l’auteur fait référence mais de tout un pan de la musique actuelle (tant musicalement que philosophiquement). On retiendra surtout que l’ouvrage, dans son ensemble, propose une ouverture culturelle et pose des questions ‒ à mon sens fondamentales ‒ à la notion d’œuvre, d’improvisation et plus généralement de création musicale qui ne peuvent laisser indifférents quiconque s’intéresse de près à l’idée d’expérience esthétique. Au lecteur incombera la tâche de mettre les propos de Pierrejean Gaucher en perspective avec sa propre sensibilité à la musique en général et aux blues. Le fait que ces questions soient posées de l’intérieur, depuis la pratique diversifiée d’un musicien (instrumentiste, compositeur, improvisateur, producteur et architecte sonore, etc.) qui se revendique autant un artisan du son que comme artiste. Le fait que toutes ces interrogations accompagnent le musicien au fil de la mutation des procédés techniques, de production du son, d’enregistrement et de diffusion et jalonnent son évolution, constitue, à mon sens, la principale originalité de ce travail qui se lit à la fois librement et rigoureusement…, selon l’humeur. Certains pourraient reprocher à l’auteur sa partialité voire sa sélectivité arbitraire, toutefois, sa situation de praticien concrètement impliqué dans les analyses qu’il nous livre l’y autorise. D’autant que le propos ne se veut jamais dogmatique et conserve une dimension ludique même dans  ses observations les plus profondes. – Christian Béthune


The Majesty Of Chicago Jazz
Twenty-Five Visionaries Who define the City’s Sound

Howard Reich

University of Chicago Press – press.uchicago.edu

Le 5 octobre prochain, la sortie de « The Majesty of Jazz : Twenty-Five Visionaries Who Define the City’s Sound » s’annonce comme un rendez-vous incontournable pour quiconque souhaite comprendre l’empreinte unique et durable de Chicago sur l’histoire du Jazz. Cet ouvrage est signé Howard Reich, fine plume du Chicago Tribune qui a couvert la scène musicale de la ville pendant 43 ans avec une passion, une régularité et un sens du terrain exemplaires. À travers vingt-cinq portraits vivants, documentés et sans filtre, il retrace le parcours de créateurs d’exception qui, qu’ils soient enfants du pays ou qu’ils y aient simplement posé leurs valises, ont tous marqué la métropole et la musique américaine d’une empreinte indélébile. Il va de soit que le rôle de l’AACM (Association for the Advancement of Creative Musicians), ce fameux  collectif qui au milieu des années 60 proposa une véritable révolution sonore, est bien sur ici cité. C’est dans cette lignée d’insoumission que s’inscrit Fred Anderson : véritable pilier du free jazz local, ce saxophoniste ténor à la sonorité volcanique et au souffle inépuisable a non seulement repoussé les frontières de l’improvisation, mais il a aussi offert un sanctuaire à la création grâce à son mythique Velvet Lounge. Dans ce club de quartier devenu légendaire, Anderson a officié pendant des années comme un mentor généreux, transmettant la flamme de l’expérimentation aux plus jeunes générations. L’ouvrage explore également le parcours de géants du piano aux trajectoires très différentes, illustrant toute la diversité du son chicagoan. D’un côté, Herbie Hancock, enfant de la ville dont le sens du blues, la formation classique et l’oreille absolue ont alimenté les plus grandes innovations de la fusion et du funk, de l’autre, Ramsey Lewis, qui a su intégrer les sonorités du gospel  pour porter le piano jazz au sommet des classements populaires avec des tubes planétaires, prouvant que l’élégance et le groove de Chicago pouvaient toucher le grand public sans perdre leur identité. l’auteur n’oublie pas les figures plus excentriques ou farouchement indépendantes qui ont fait la réputation de la ville. On redécouvre ainsi l’univers cosmologique de Sun Ra, qui a profité de l’effervescence de Chicago dans les années 1950 pour abandonner son nom civil, forger sa mythologie afro-futuriste et structurer son Arkestra autour d’un mélange unique de swing, de synthétiseurs et de théâtre scénique. Dans un style plus ancré dans la vie nocturne des clubs, le livre nous présente entres autres la figure de Von Freeman, saxophoniste au timbre inimitable et aux audaces harmoniques saisissantes, qui incarnait l’esprit de liberté brute, de camaraderie et de résistance culturelle propre aux scènes du South Side. De l’élégance pionnière de Jelly Roll Morton à l’énergie avant-gardiste de Ken Vandermark, Howard Reich démontre que si tous ces visionnaires n’étaient pas nés à Chicago, la ville a agi sur eux comme un catalyseur décisif. Le jazz n’y a jamais été une simple tradition figée, mais un organisme vivant et un laboratoire toujours en mouvement. Écrit avec clarté, pertinence et une profonde connaissance des musiciens, cet ouvrage s’impose comme une synthèse précieuse pour mesurer la richesse d’une métropole où la musique a toujours été bien plus qu’un divertissement : un véritable mode de vie. – Jean-Luc Vabres