Chroniques #52

• L’actualité des disques, livres et DVD blues, soul, gospel, r’n’b, zydeco et autres musiques afro-américaines qui nous touchent, vue chaque mois par abs magazine online


Carlos Elliot Jr.
& The Cornlickers

Del Ostin & El Mississppi

www.CarlosElliotJr.com (distr. P-box prod)

D’origine colombienne, Carlos Elliot Jr n’a d’oreille depuis des années que pour le blues des collines du nord du Mississippi, ses musiciens et son esprit. De visites en rencontres, de jams notamment à Clarksdale, le jeune musicien s’est fait un nom dans le Mississippi et au-delà, mais plus encore, il a au fil du temps soudé de vrais liens avec des musiciens comme T-Model Ford, Big Jack Johnson, Lil’ Joe Ayers ou encore Lightnin Malcolm. Il faut dire que Carlos Elliot ne tente pas de mimer qui que ce soit, il a une belle voix non forcée, un excellent jeu de guitare dans le registre hill country blues et a su s’entourer merveilleusement avec The Cornlickers, le groupe du charismatique batteur Gale Wise (Big Jack Johnson, Big T Williams, Big A…). Cherry sur le cake avec un invité spécial, RL Boyce (voix, guitare et drums). Pas de moment faible dans ce disque à dominante hill country, même dans un morceau plus soul comme Got This Feelin’, devenu n°1 en Colombie. Two-Rivers (Dosquebrados) fait bouger les jambes, l’hommage à Otha Turner (My Mule Brays in Othar’s Hood) est juste sublime. Les dix titres sont formidables, on a l’impression de se retrouver chez Red’s, les meilleurs soirs, à Clarksdale. Super découverte que ce musicien et ce disque qu’on a vite dans la tête et qui ne vous lâche plus. – Marcel Bénédit


Jontavious Willis

Blue Metamorphosis

JW-CD-101

Étudiant en sociologie et anthropologie, Jontavious Willis est un musicien de 20 ans originaire de Greenville dans l’état de Géorgie. Son premier album, avouons-le d’emblée, est une franche réussite à l’écoute des 12 titres proposés. à l’aise dans des styles aussi différents que celui du Piedmont, du Delta, sans oublier l’école du Texas, le jeune prodige – qui a fait ses classes à l’office dominical – risque d’en épater plus d’un. Autodidacte, il fait ses gammes en écoutant Sonny Boy Williamson (John Lee Curtis Williamson), Papa Charlie Jackson, mais aussi Muddy Waters. En parallèle, sur internet, il dévore également toutes les vidéos mises en ligne par la fondation Music Maker. Des compositions comme Drunk Sunday, My Ancestor ou encore Columbus Ga Blues témoignent de l’ancrage profond du guitariste dans la grande tradition du blues acoustique. Il est aussi sur cette session entouré de musiciens, les efficaces et dynamiques compositions Tip Toe et Graveyard Shift Blues sont de très bonne facture. Son parrain musical et mentor, Taj Mahal, dit à juste titre le plus grand bien de son protégé, et c’est bien volontiers que nous partageons ici son enthousiasme. Sans être scolaire ou académique, ce CD est réussi de bout en bout. Je ne sais pas si ce sont les prémices d’une belle carrière, en tout cas la (bonne) surprise est totale. Une sacrée découverte. – Jean-Luc vabres


Various Artists

Down Home Blues Detroit Special

Wienerworld CD 5095 (3 CD-box) – www.wienerworld.com

Au-delà des remarquables compilations du label JSP qui se sont concentrées sur la région de Détroit, Michigan, il faut désormais compter avec ce coffret de trois CD contenant 82 titres enregistrés entre 1948 et 1962. Ce bel objet a vu le jour grâce à des collectionneurs privés à partir d’acétates rares et donc difficiles à dénicher. Certaines faces sont inédites à l’image de Papa Doo de Little Daddy Walton enregistrée en 1953 (?). Il y a là 21 interprètes bien connus des fans de blues : John Lee Hooker, Little Sonny, Eddie Kirkland, Doctor Ross, Eddie Burns, John Brim (écoutez son album avec sa femme Grace Brim), Baby Boy Warren et L.C. Green, etc. Il y a aussi des artistes peu connus en dehors de la région de Détroit, tels Big Jack Reynolds et sa première version remaniée de Pitch A Boogie Woogie qui deviendra I Had A Little Dog, Martee Bradley, Detroit Count, Calvin Frazier dont Rockhouse est un shuffle instrumental, ou encore Clarence Posey et son piano boogie instrumental Rockin’ Chair Boogie. Eddie Burns (alias Slim Pickens) se taille ici la part du lion avec Bobo Jenkins (dix titres chacun). On sait que ce dernier a considérablement marqué l’histoire du blues de Détroit d’après-guerre. Son interprétation est magistralement bonifiée au contact d’un combo chevronné comme sur Nothing But Love et Tell Me Who enregistrés avec Willie Johnson, Eddie Taylor et Earl Phillips à Chicago en 1959. Hormis l’omniprésent label chicagoan Chess, les titres ont été enregistrés pour des (petits) labels locaux  tels que Staff, SRC, JVB, Fortune, Palda, Holiday, etc. Les guitares sont scratchy, l’harmonica est vif et rugueux, le piano ajoute de l’éclat et de la profondeur, la  section rythmique est simple et efficace.  Bien sûr, la qualité du son varie  selon l’état de l’acétate. Mais, les amateurs de blues ont entendu pire. Le livret de 48 pages rédigé par l’érudit Mike Rowe présente la scène de Détroit avec une biographie et des photos d’époque (parfois inédites) de sa collection privée. Enfin, une « sessionographie » a été judicieusement intégrée à ce coffret à écouter sans modération. –  Philippe Prétet


Mère Grand & The Soul Avengers

Serial TV Music Orchestra

Chantilly Negra – meregrand-seriestv.com

En couverture, Marc Glomeau (arrangements, percussions, clavinet, chant) et sa compagne Laetitia – sous l’objectif de Yann Cabello – semblent tout droit sortis d’une série des années 60. Pour ceux qui, comme moi, ont passé du temps devant le petit écran à regarder Chapeau Melon et Bottes de Cuir, Les Mystères de l’Ouest et autre Amicalement Vôtre, les 13 titres de cet album d’une totale originalité vont littéralement vous bluffer. Car les neuf musiciens ne se contentent pas de réinterpréter à la lettre les génériques des dites séries… La version des Rues de San Francisco sonne terriblement « Blaxploitation », la réinterprétation de la musique des Tontons Flingueurs, qui clôture le disque, est totalement déjantée. Ce disque (qui existe en version LP) devrait entrer dans tous les foyers pour Noël tellement il est bon musicalement et parce qu’il engendre la bonne humeur, tout simplement. – Marcel Bénédit


Nico Duportal & His Rhythm Dudes

Dealing With My Blues

Dixiefrog DFGCD 8793 – www.bluesweb.com

Après avoir été pendant dix ans le leader de Rosebud Blue Sauce, Nico Duportal enregistre sous son nom en 2009. Autour de lui, il a réuni d’excellents musiciens pour former les Rhythm Dudes dont la composition a évolué au fil du temps. Aujourd’hui, pour ce sixième album, Olivier Candrelle est aux claviers, Thibaut Chopin à la basse et au chant, Pascal Mucci aux percussions, Alex Bertein et Sylvain Téjérige aux cuivres. Benoit Blue Boy est à l’harmonica sur Benzola Ascensor et au chant sur Junior’s Mambo. La musique de Nico est un mix de swing à la Louis Jordan, de jump, de rock, mais surtout de blues et de rhythm’n’blues. Nico Duportal, très bon chanteur et brillant guitariste, délivre ici des solos de grande classe. Le CD a la primeur d’être distribué par le label Dixiefrog. Un superbe album, fait pour bouger les jambes ! – Robert Moutet


 

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