Xavier Shannon

Xavier Shannon, Austin, Texas, septembre 2024. Photo © Jorge Sanhueza-Lyon

L’étoile montante du Texas blues

• Xavier Shannon, jeune musicien texan au fort potentiel, s’inscrit dans la lignée de D.K. Harrel, Mathias Lattin ou encore Sean “Mack” McDonald. Il s’est d’emblée affirmé grâce à des compositions originales avec un style qui lui est propre. Eddie Stout, le boss du label Dialtone, ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Il a fait entrer le chanteur-guitariste en studio pour qu’il y enregistre sa toute première session. Que ce soit en accompagnant à la guitare Harrel Davenport, Soul Man Sam, Orange Jefferson, ou en jouant le week-end avec sa propre formation au fameux Skylark Lounge, Xavier Shannon étonne à chacune de ses prestations. Notre rencontre s’est déroulée en octobre 2024, quelques heures après la clôture du Eastside Kings Festival à Austin, Texas.

Nous avons convenu du rendez-vous à midi pile. Deux minutes avant l’heure convenue, Xavier Shannon gare sa voiture sur le parking puis franchit le seuil de l’établissement hôtelier. Après une brève discussion sur ses différentes prestations effectuées durant le festival, mais aussi concernant la superbe ambiance qui règne entre les artistes et les festivaliers, il est temps de faire plus ample connaissance…

Xavier Shannon, Austin, Texas, septembre 2024. Photo © Jorge Sanhueza-Lyon

Saxophone et guitare  

Je suis né le 19 décembre 1997 à Temple. C’est une ville moyenne qui est située à une centaine de kilomètres au nord d’Austin. Au sein de ma famille, nous étions proches les uns des autres. Régulièrement, avec ma mère, mon oncle ainsi que mes cousins, nous rendions visite à mon grand-père. C’est ma mère qui m’a élevé, mon père, lui, venait me chercher de temps en temps afin que je passe un peu de temps à ses côtés. Il y a toujours eu de la musique à la maison. Je me souviens que ma mère écoutait régulièrement des artistes de la Motown, du Disco et de la Funk music, mais aussi du Gospel. J’étais tout jeune alors, j’aimais bien certaines chansons, mais je ne connaissais aucun des artistes ni leurs titres, j’étais alors en mode découverte ! Dans la voiture, lorsque j’étais avec mon paternel, là l’ambiance était totalement différente, car il écoutait beaucoup de Rap et de R’n’B. Chez lui, il y avait aussi des disques avec de nombreux enregistrements en provenance de la Motown. Mais pour autant que je m’en souvienne, je ne l’ai jamais vu en train d’écouter ses vinyles. Quand j’étais à l’école primaire, on nous proposa de participer à des activités musicales et de choisir l’instrument dont nous aimerions jouer. Des camarades avaient choisi le saxophone, je fis de même, alors que je n’avais franchement qu’une vague idée de ce que c’était. En outre, je suis asthmatique, donc choisir un instrument à vent inquiéta mon entourage familial et mes camarades, notamment quand je suis entré au collège. Je répondais à leur inquiétude en leur déclarant : « Mais non, je vais très bien, il n’y a pas de souci à se faire, je suis parfaitement capable d’en jouer, le souffle ne sera pas un problème, vous verrez ! ». J’ai finalement vraiment débuté sérieusement avec cet instrument, lorsque je suis entré en sixième, j’ai ainsi continué jusqu’à l’obtention de mon diplôme de fin d’année en terminale.

De gauche à droite : Xavier Shannon, Orange Jefferson, Damien Llanes, Eddie Sout, Dan Walton. Photo promo pour annoncer un concert au Skylark Lounge. Photo DR (courtesy of Eddie Stout).

Family Guy

En parallèle, en autodidacte durant toutes ces années, j’avais également décidé de jouer de la guitare. Je dois avouer que Youtube a joué un rôle prépondérant dans ce nouvel apprentissage. J’étais notamment un assidu de la chaîne de Marty Schwartz intitulée Marty Music. Cette dernière mettait en ligne beaucoup de tutoriels qui m’ont permis d’évoluer rapidement en décortiquant les nombreuses techniques et astuces. J’ai aussi beaucoup échangé avec d’autres élèves de mon école qui avaient cette même passion, mais aussi avec les musiciens de ma congrégation. Je posai alors beaucoup de questions sur leur technique, comment ils arrivaient sans broncher à faire des choses qui me semblaient techniquement vraiment ardues et qui, pour moi, étaient bien compliquées à exécuter. Ne pouvant pas mener de front le saxophone et la guitare, j’ai décidé au lycée de donner la priorité à cette dernière. Toujours dans ce même établissement, j’ai intégré une formation de jazz. Notre école prit alors en charge financièrement des cours de musique pour que l’on maitrise la technique particulière de la guitare jazz. À mes débuts au lycée, j’ai commencé en jouant du Blues, puis je me suis dit que d’intégrer une formation orientée Jazz était plutôt un choix logique vu les nombreuses passerelles existant entre ces deux formes d’expressions musicales.

De gauche à droite : Sean « Mack » McDonald, Major Handy, Harrell « Young Rell » Davenport, Xavier Shannon, Keith Dunn. LB guitar workshop, Austin, Texas, septembre 2024. Photo © Gene Tomko

Pour l’anecdote, encore enfant, je dois en partie ma véritable découverte du douze mesures à un dessin animé diffusé à la télévision intitulé Family Guy. Dans un épisode, l’un des fils de la famille qui joue dans un groupe évoque la voix puissante de Muddy Waters, puis aussitôt on voit l’épouse du bluesman qui tape à la porte de la salle de bains, l’interprète de I Can’t Be Satisfied ayant quelques soucis… La scène est très marrante, mais surtout cela a surtout éveillé ma curiosité. Je souhaitais en savoir plus sur ce fameux Muddy Waters dont on parlait même dans un dessin animé. Je suis allé illico sur internet. Là, le choc fut total. Je réalisai immédiatement la puissance de ses compositions. Le Blues s’est alors définitivement ancré en moi. Mais la route était encore longue sur le chemin de mon éducation musicale au sein de ma communauté scolaire…

Xavier Shannon, Eastside Kings Festival, Austin, Texas, septembre 2024. Photo © Gene Tomko

Devenir un musicien professionnel

Des artistes comme Jimi Hendrix, Steve Ray Vaughn, Buddy Guy, Freddie King, mais aussi R.L. Burnside, Jr Kimbrough ou encore Jessie Mae Hemphill, font partie de mes musiciens favoris. J’ai eu la chance, tout au long de ma scolarité, de faire de la musique. Au lycée, Messieurs Mendina et Mathesen, qui étaient mes professeurs de musique, m’avaient dit que j’avais le potentiel si je le souhaitais d’aller un peu plus loin que de jouer uniquement dans l’orchestre de l’école. L’idée commença tout doucement à germer que, peut-être, en travaillant d’arrache-pied, je pourrais éventuellement devenir un musicien professionnel. Toujours encouragé par mes deux professeurs, je décidai de créer une petite formation blues. Ils m’aidèrent également à inclure régulièrement mon groupe dans les diverses manifestations culturelles qui se déroulaient à Temple. Le groupe tournait bien et les retours que nous avions de nos prestations étaient favorables. La musique m’accaparait. Je décidai de parler à ma mère de l’éventualité de passer à la vitesse supérieure concernant mes activités musicales. Au début, pour être franc, elle fut quelque peu hésitante, elle avait en tête toutes les difficultés que l’on peut rencontrer dans ce métier pour en vivre dignement. Elle s’aperçut que je faisais les choses sérieusement mais que, surtout, je ne mettais pas tous mes œufs dans le même panier. Finalement, après le lycée, je suis entré à l’université, mais je n’y suis resté que peu de trimestres. Il fallait que je fasse des choix, ne pouvant tout mener de front. J’ai donc décroché très rapidement vers un emploi stable qui me permit d’être autonome financièrement et de mener en parallèle la vie d’un jeune musicien débutant dans le métier.

De gauche à droite : Damien Llanes, Xavier Shannon, Dan Walton, Eddie Stout, Austin, Texas, 2024. Photo © Jorge Sanhueza-Lyon

Un rendez-vous déterminant

Ma rencontre avec Eddie Stout s’est faite par l’intermédiaire d’une vidéo que j’avais réalisée dans le club Antone’s à Austin. Un ami commun lui a fait voir ce que j’avais fait ce soir-là : « Bon sang ! Mais qui est ce jeune guitariste ? », dit-il étonné. Notre connaissance mutuelle lui donna mon nom et Eddie me contacta rapidement. Il me parla de tous les événements auxquels il avait participé ici et en Europe, mais aussi de ses nombreuses productions discographiques, de son travail de promotion auprès des artistes afro-américains et bien sûr de l’Eastside Kings Festival. Il souhaitait savoir si je désirais dans l’avenir travailler sur divers projets avec lui. Il va de soi que j’acceptai sa proposition et, quelques mois plus tard, nous sommes entrés en studio pour une session. Nous avons enregistré quatre compositions qui allaient me servir de carte de visite pour me faire connaitre. L’un des titres que nous avons retenus s’intitule Lee Cotton. Cette chanson, je l’ai composée pour rendre hommage à mon grand-père qui était décédé deux années auparavant. Sa vie fut loin d’être une sinécure. Il était originaire du Mississippi où les lois Jim Crow étaient particulièrement actives à son époque. Comme beaucoup d’Afro-américains, il décida, avec son frère, de partir vivre à Chicago dans l’espoir de jours meilleurs. Au début des années 1950, il fut incorporé dans l’armée et expédié sur le front de la guerre de Corée, puis il fut stationné dans plusieurs garnisons à travers le monde, avant de venir s’installer ou Texas où il rencontra celle qui allait devenir, bien des années plus tard, ma grand-mère. Pour lui comme pour tant d’autres, la vie fut souvent difficile, mais il réussit à surmonter les épreuves de la vie avec une classe folle et un courage admirable. Il nous a quittés à l’âge de 89 ans. Mais tout au long de sa vie, il sut rester debout et digne. C’est une véritable leçon de vie qu’il nous a donnée. Je souhaitais impérativement lui dédier une de mes chansons. C’est la raison pour laquelle c’est l’une des premières compositions que j’ai soumises à Eddie Stout pour notre session d’enregistrement.

Xavier Shannon et Major Handy, Eastside Kings Festival, Austin, Texas, septembre 2024. Photo © Jean-Luc Vabres

Une pépinière de talents

C’est évident que ces dernières années nous avons assisté à l’émergence de nouveaux artistes afro-américains. Je pense que nous avons tous ré-imaginé ce que pouvait être le Blues. Chacun lui apportant différents ingrédients, parfois même le modernisant pour un auditoire un peu plus jeune. Que ce type d’expression soit toujours – quoiqu’on en dise – aussi populaire et attractif auprès des jeunes artistes, cela, en soi, est vraiment formidable. Ici, à Austin, il y a énormément de musiciens qui évoluent dans tous les styles, la compétition peut s’avérer parfois compliquée. Des personnalités comme Eddie Stout connaissent beaucoup de monde et te prodiguent toujours de bons conseils, ce qui te permet d’éviter de commettre des erreurs. Ce qui est difficile, c’est de trouver des engagements dans clubs entièrement dédiés au Blues. Des établissements renommés comme Antone’s ou le Skylark où je joue très souvent programment très régulièrement du Blues. Mais la ville d’Austin a perdu un très grand nombre de clubs où le Blues a régné en maître durant de nombreuses années.

Xavier Shannon, Stephen Hull, Sean “Mack” McDonald, Eastside Kings Festival, Austin, Texas, septembre. Photo © Photo © Jorge Sanhueza-Lyon

 Projets 

Concernant mes projets, j’ai, bien sûr, la session produite par Eddie Stout. Cette dernière est finalisée et sera, je pense, disponible dans quelques mois. D’un autre côté, je vais rassembler une nouvelle formation qui va m’accompagner, ce qui va nous permettre de trouver de nouveaux engagements et pourquoi pas d’obtenir des dates de concerts au-delà des frontières du Texas et, je l’espère, également à l’Étranger. Le Eastside Kings Festival est, à mes yeux, la vitrine idéale pour se faire connaître. Je sais que des personnalités d’importants festivals viennent ici durant le week-end des festivités, à la recherche de nouveaux talents. Participer à ce grand rendez-vous annuel est une occasion formidable pour se faire connaître. Il faut également souligner que jouer aux côtés d’autres personnalités invitées est vraiment une expérience incomparable. Ici, à Austin, nous sommes quand même privilégiés.


Par Jean-Luc Vabres
avec la complicité de Gilbert Guyonnet
Tous nos remerciements à Eddie Stout et à Jorge Sanhueza-Lyon