Chroniques #92

• L’actualité des disques, livres et films traitant de blues, soul, gospel, r’n’b, zydeco et autres musiques afro-américaines qui nous touchent, vue par ABS Magazine Online…

Billy Branch & The Sons of Blues 

The Blues Is My Biography

Rosa’s Lounge Records (No number) – rosaslounge-records.com

Saluons la naissance d’une nouvelle firme de disques créée par Tony Mangiullo, le propriétaire du célèbre club de Chicago le Rosa’s Lounge ; d’où son nom de baptême : Rosa’s Longe Records. Le chanteur et harmoniciste Billy Branch a l’honneur d’inaugurer ce nouveau label. Cela semble assez justifié. Outre ses reconnues grandes qualités musicales, Billy Branch est un fidèle de la scène du club depuis son ouverture en 1984. Pour la petite histoire, Rosa est aussi le prénom de l’épouse de Billy Branch. « Let me tell you’ bout the blues and where it come from – it’s the mother of all music. If you don’t love the blues, you probably don’t love your mama », proclame l’inépuisable nonagénaire Bobby Rush dès les premières secondes de ce CD. Hole in Your Soul est un duo Billy Branch et Bobby Rush dans lequel les deux musiciens chantent et jouent de l’harmonica. Ils distillent leur histoire du Blues. Le jeu de Billy Branch est lyrique, celui de Bobby Rush funky et syncopé. Le tube de Lou Rawls de 1967 – Dead End Street – a un fort message politique et social. On reconnaît très vite la voix de Shemekia Copeland sur Begging For Change. Ronnie Baker Brooks – le fils de Lonnie Brooks – rejoint The Sons of Blues avec sa guitare pour ce titre qui tire vers le rock americana. Call Your Bluff, second titre non écrit par Billy Branch, lui permet de briller avec son harmonica. Celui-ci chante le titre éponyme du disque, The Blues is My Biography, tel un crooner, avec élégance et suavité, mais avec, heureusement, quelque réminiscence de Big Joe Williams. Une astucieuse allusion à Willie Dixon et Howlin’ Wolf débute The Harmonica Man qui nous plonge dans l’histoire du Blues, musique de lutte et résistance selon Billy Branch, « what in the world must I do to be free » ; son jeu d’harmonica invoque ici les mânes de Walter Horton. Real Good Friend est un pur Chicago shuffle, Billy Branch s’en donne à cœur joie. How You Living ?, un habile mélange de Blues et de Hip Hop est un commentaire acerbe sur l’inégalité économique aux États-Unis. La violence et la peur liées à la situation politique américaine sont le soubassement du quasi reggae Ballad of the Million Men. Le jeu d’harmonica de Billy Branch nous transmet à la perfection son angoisse face à cette situation. Plus traditionnel est le thème du magnifique blues Toxic Blues. L’instrumental funky Returm of the Roaches clôt ce magnifique CD. Citons les noms de la formation The Sons of Blues qui contribue à la grande réussite de ce disque : le guitariste Gile Corey, le bassiste Ari Sed, le batteur Dionte Skinner et le claviériste Sumito Ariyoshi, particulièrement brillant au piano sur Toxic Love. La touche du producteur et arrangeur de la section de cuivres, Larry Batiste, doit être soulignée. Voici un des meilleurs et des plus intimes disques de Billy Branch grâce à un jeu d’harmonica superbe au service de paroles souvent courageuses et très personnelles. – Gilbert Guyonnet   


Sean McDonald

Have Mercy !

Little Village Foundation Records LVF 1078 – www.littlevillagefoudation.org

Disponible d’abord en téléchargement puis en CD sur le label Little Village Foundation, « Have Mercy ! » de Sean McDonald est un formidable premier album plus que convaincant que nous délivre le jeune chanteur-guitariste originaire d’Augusta, en Géorgie. Attendu avec impatience, ce disque est une réussite totale, enregistrée sous la houlette de Kid Andersen dans son célèbre studio Greaseland à San Jose (Californie). McDonald y déploie un jeu de guitare affirmé et élégant, un chant expressif et une présence magnétique. Ses compositions originales comme Killing Me, Fakin’ It ou l’étourdissant instrumental Shuffleboard Swing confirment un talent d’écriture et d’interprétation peu commun. Il excelle également sur les reprises de Ike Turner (That’s All I Need), de Bobby Bland (Rocking In The Same Old Boat) et du classique gospel Don’t Let The Devil Ride dans lequel sa voix s’impose avec une intensité remarquable. Entouré d’un orchestre d’exception : Jim Pugh (piano, orgue), D’Quantae “Q” Johnson (basse), June Core (batterie), Eric Spaulding (sax ténor), Jack Sanford (sax baryton), Mike Rinta (trombone) et des chœurs (Morgan Brothers, Marcel Smith et Lisa Leuschner), McDonald signe un album à la fois maîtrisé et vibrant. Cette excellente session, véritable carte de visite artistique, place désormais Sean McDonald au premier plan de la scène blues internationale. Entre assurance et authenticité, il confirme ici tout ce qu’on pressentait déjà : Sean est un vrai musicien de scène, habité par le blues. « Have Mercy ! » s’impose comme une entrée en matière éclatante, sincère et inspirée. Déjà sans cesse en tournée des deux côtés de l’Atlantique, sa carrière musicale s’annonce formidable. – Jean-Luc Vabres


Robert Finley

Hallelujah ! Don’t Let The Devil Fool You

Easy Eye Sound EES-045 – easyeyesound.com

Le nouveau disque de Robert Finley sortait quelques jours avant mon départ pour l’Eastside Kings Festival d’Austin. Je me disais qu’il serait très facile de me le procurer dans la capitale texane. Hélas, aucune trace du CD ni du vinyle chez Antone’s. De retour en France, je me suis précipité sur ce disque disponible en streaming, téléchargement, CD et 33 tours vinyle avec le choix entre deux couleurs. Le titre très religieux, « Hallelujah ! Don’t Let The Devil Fool You », laisse augurer un Gospel peut-être austère. Ce n’est pas une surprise, chacun de ses disques précédents avait un moment religieux. Robert Finley n’a jamais caché son désir profond de réaliser un disque complet de musique religieuse. Le voici, toujours produit par Dan Auerbach qui a évité le piège de l’austérité, même si cette formidable musique nécessite beaucoup plus d’attention que celle produite lors des trois disques précédents. Elle est en effet moins accessible immédiatement et demande une écoute attentive et répétée pour en découvrir toutes les richesses. Ce n’est pas un disque de Gospel traditionnel. On passe de Fred McDowell et son épouse Annie Mae à l’afro-futurisme proche de Sun Ra. Il est impossible de retrouver James Cleveland, Aretha Franklin ou Mahalia Jackson dans cette musique rugueuse où la foi est écrasante. Une seule journée suffit pour mettre en boîte les huit chansons co-écrites par Robert Finley et Dan Auerbach avec la collaboration d’autres musiciens sur certains titres. Dan Auerbach a eu l’excellente idée de demander à Christy Johnson, la fille de Robert Finley qui l’accompagne partout sur scène, de participer plus activement à l’enregistrement. Robert Finley ne joue pas de guitare et se concentre entièrement sur son superbe chant. Il grogne, il rugit et hurle les paroles des chansons. Sa voix grave fait merveille, que ce soit pour les exhortations religieuses (« I’m going to go to the altar, kneel down and pray ») ou les incitations à la fête (« I came here to have a good time »). Robert Finley chante avec ses tripes, soutenu, entre autres, par le claviériste Ray Jacildo et Barrie Cardogan et son jeu de guitare agressif. Le résultat ferait pâlir ou rendrait jaloux de nombreux prêcheurs des églises du Sud. Cette musique religieuse peu policée est enchanteresse. – Gilbert Guyonnet      


Mud Morganfield

Deep Mud

Nola Blues Records NB047 – www.nolabluerecords.com

Sorti chez Nola Blue Records, « Deep Mud » marque sans doute l’un des sommets de la carrière de Mud Morganfield : un album riche et personnel, composé de quatorze titres qui rendent un vibrant hommage au blues de Chicago tout en affirmant avec assurance sa propre identité musicale. Fils de Muddy Waters, il ne cherche pas à imiter mais à prolonger l’héritage, en y injectant sa propre sensibilité alliée à un groove irrésistible. Dès Bring Me My Whiskey et son superbe Strange Woman en mode mineur, le ton est donné : une voix chaude et profonde, un shuffle précis, des guitares nerveuses et un son à la fois brut et soigné. Entouré d’une équipe de haut vol, les excellents Rick Kreher et Mike Wheeler aux guitares, Melvin “Pooky Styx” Carlisle à la batterie, E.G. McDaniel à la basse, Roosevelt “Mad Hatter” Purifoy et Sumito “Ariyo” Ariyoshi aux claviers, Studebaker John à l’harmonica (également producteur) et Phil Perkins à la trompette et aux arrangements, le fils de l’icône du Chicago blues s’appuie avec intelligence sur un collectif de musiciens capables de faire vibrer chaque nuance du blues, du plus rugueux au plus tendre. Les morceaux She’s Getting Her Groove On et Cosigner Man possèdent une énergie irrésistible, tandis que A Dream Walking ou Ernestine rappellent que Mud sait aussi se faire conteur, habité par l’émotion et la retenue. En près de 70 minutes, « Deep Mud » s’écoute comme une traversée au cœur du blues moderne : vivant, profond, interprété sans esbroufe. Nous avons affaire à une œuvre puissante et profondément sincère, à la hauteur du nom qu’il porte, mais surtout à celle d’un artiste qui perpétue la flamme du Blues avec un mélange rare de respect, d’âme et de talent. – Jean-Luc Vabres


Buddy Guy

Ain’t Done With The Blues

RCA/Silvertone Records CD19802 

Buddy Guy avait annoncé sa retraite en 2024. Il semble avoir mis un bémol à cette affirmation puisqu’il continue parfois à se produire sur scène. Son apparition à la fin du film à succès Sinners fut remarquée. En outre, il fête ses 89 ans avec la sortie de son vingtième disque sous la forme d’un double album vinyle et d’un CD. Dix huit chansons et près de 64 minutes de musique intense. Ce disque est le résultat d’une nouvelle collaboration avec le batteur, producteur et auteur-compositeur Tom Hambridge. Une véritable complicité s’est développée entre les deux hommes qui travaillent ensemble en studio depuis de nombreuses années. Malgré le poids des ans, Buddy Guy prouve qu’il n’en a pas fini avec le Blues dont il est maintenant un des plus anciens musiciens toujours en activité. Il est maintenant une légende. Quel guitariste contemporain ne se revendique pas disciple de ce vieux maître qui a gardé toutes ses facultés vocales et instrumentales ? Sur ce disque, Buddy Guy semble faire le point sur sa vie et sa carrière. Il rend de trop brefs hommages à John Lee Hooker avec Hooker Thing qui ouvre le CD et à Lightnin’ Hopkins avec One From Lightnin’. On retrouve son style parfois un peu pompeux sur l’autobiographique Been There Done That. Sa guitare est accrocheuse sur Blues Chase The Blues Away. Excellente est son interprétation de I Got Sumpin’ For You, une composition de Guitar Slim, importante influence de Buddy Guy.  Sa version de Trick Bag est réjouissante, tout comme celle de Mama Talk To Your Daughter de JB Lenoir qui conclut ce disque. Bien sûr, quelques artistes ont été invités. La collaboration de Buddy Guy et Christone ‘Kingfish’ Ingram (qui pourrait être son arrière-petit-fils) donne naissance à un solide funk blues cuivré de première classe. Ne serait-ce pas le signe d’un passage de pouvoir ? À mon grand étonnement, j’ai aussi été convaincu par les très réussies participations de Joe Walsh (How Blues Is That), Peter Frampton (It Keeps Me Young) et Joe Bonamassa (Dry Stick). Une véritable communion s’est instaurée entre ces divers artistes. Le moment le plus intense de ce disque me semble être le gospel Jesus Loves The Sinner enregistré avec les Blind Boys of Alabama. Le chant et la guitare de Buddy Guy sont particulièrement inspirés. On pense aux Staple Singers. Un grand merci à Monsieur Buddy Guy, toujours capable de nous exciter avec sa musique. – Gilbert Guyonnet     


Pierre Lacocque’s Mississippi Heat

Don’t Look Back

Delmark Records 895 – www.delmark.com

Pour notre plus grand plaisir, Mississippi Heat poursuit chez Delmark Records sa trajectoire d’excellence avec une nouvelle session particulièrement enthousiasmante. Dirigé avec une maîtrise remarquable par l’harmoniciste et compositeur Pierre Lacocque, le groupe livre quatorze compositions originales qui témoignent autant de son exigence artistique que de sa capacité à renouveler son langage musical sans renier ses racines. La chanteuse Sheryl Youngblood y brille de manière éclatante, notamment sur You Ain’t the Only One, le somptueux Stepped Out of Line ou encore Love (It Makes You Do Most Anything), où elle incarne avec puissance et grâce l’essence du blues contemporain. L’album doit également beaucoup à l’alchimie instrumentale du groupe : Giles Corey impose un jeu solide et tendu qui confère à chaque morceau un groove implacable, tandis que Billy Flynn, fidèle compagnon de route, distille un toucher d’une finesse rare, tout en nuances et feeling. Leur dialogue musical, subtil équilibre entre rigueur rythmique et envolées lyriques, teinte chaque titre d’une identité singulière. Autour d’eux, les claviers de Johnny Iguana et John Kattke, la basse de Brian Quinn et Big Mike Perez, ainsi que la batterie de Jason “J-Roc” Edwards et Kenny Smith forment une section redoutablement efficace. Les contributions d’Inetta Visor, Daneshia Hamilton, Danielle Nicole (remarquable sur Third Wheel et Shiverin’ Blues) et du formidable harmoniciste Omar Coleman enrichissent encore ce disque somptueux, parfaitement abouti. Entre ferveur et élégance, « Don’t Look Back » confirme, plus de trente ans après ses débuts, que Mississippi Heat demeure l’un des porte-flambeaux les plus intègres et inspirés du blues de Chicago. – Jean-Luc Vabres


Big Daddy Wilson

Smiling All Day Long

Continental Blue Heaven  

Un soir tranquille à Berlin, les lumières s’éteignent peu à peu, un léger bourdonnement emplit la salle avant qu’une voix s’élève, chaude, grave, infiniment humaine. Big Daddy Wilson ne se précipite jamais. Il n’en a pas besoin. Sa présence s’impose comme un feu de camp dans la nuit : elle rassemble, elle réchauffe, elle éclaire. Derrière ses lunettes de soleil, son visage reste calme, presque méditatif, comme si chaque chanson était une prière murmurée à la fois à Dieu et au monde. Ce moment, simple et puissant, résume tout son nouvel album : le son d’un homme qui a vécu le Blues, qui l’a traversé et qui en a fait une lumière. Big Daddy Wilson n’est pas seulement l’une des plus belles voix du blues contemporain, il porte avec lui une histoire qui traverse les océans et les générations, une histoire commencée il y a plus de cinquante ans en Caroline du Nord. De son enfance dans le Sud ségrégué à ses années passées dans l’armée américaine, jusqu’à sa vie en Europe auprès de son épouse allemande, son parcours est celui d’une réinvention, d’une résilience et d’une foi inébranlable. Mais pour comprendre ce nouvel album, il faut aussi percevoir la résonance politique qui le traverse, une réflexion discrète mais ferme sur le pays de sa naissance, aujourd’hui encore déchiré par les tensions raciales et le désordre social. Ce n’est pas qu’un disque, c’est une déclaration, une méditation sur l’identité, la justice et la lutte pour préserver l’espérance. Le morceau d’ouverture, Smiling All Day Long, sonne comme un hymne à la gratitude, une ode à la vie, à l’amour et à la famille, ces piliers qui tiennent Wilson debout. Comme beaucoup d’artistes du Sud, sa foi imprègne son œuvre, non pas comme un dogme, mais comme une forme d’optimisme spirituel. C’est sa façon à lui de dire merci à la vie, une conversation intime avec le divin. Puis vient Hard Time Done Come, un titre qui renvoie immédiatement au meurtre de George Floyd et à la vague de douleur et de prise de conscience qui a suivi. Là où un journaliste rédigerait une chronique, Wilson, lui, la chante, tissant des couplets qui racontent l’injustice, la souffrance, mais aussi les éclairs de grâce qui jalonnent l’Amérique contemporaine. Tout au long de l’album, il passe sans effort de la lumière à l’ombre, de la joie au chagrin, capturant l’essence même de la vie en ce moment si troublé. Musicalement, l’album marque une inflexion subtile. Certains arrangements rappellent les troubadours folks des années 1970, ces chanteurs contestataires pour qui la mélodie était une forme de résistance. Un choix délibéré, qui renforce le propos sans jamais l’alourdir. La voix de Wilson est à la fois intime et imposante, comme une conscience collective. À l’image de son contemporain Keb’ Mo’, il comprend que le blues peut encore parler à nos meilleures parts d’humanité, à condition d’allier le fond et la forme, le message et la musique. Car Wilson et Keb’ Mo’ appartiennent à cette catégorie rare d’artistes blues qui soignent autant le texte que la sonorité. Leurs chansons sont ciselées mais jamais lisses, leurs émotions profondes mais toujours maîtrisées. Là où d’autres se taisent ou préfèrent se fondre dans le décor, Big Daddy Wilson, lui, continue à chanter, avec élégance, clarté et conviction. Son blues, lorsqu’on l’écoute attentivement, révèle des touches de soul, de jazz et de gospel. Il reflète une richesse culturelle et une imagination morale qui dépassent les frontières habituelles du genre, faisant de lui l’une des voix les plus essentielles de notre temps. Chaque nouveau disque de Big Daddy Wilson est attendu avec impatience et celui-ci, sans doute le plus personnel de sa carrière, en révèle toutes les raisons. Son langage est universel, à l’image de celui de Cat Stevens à son apogée, ou d’autres auteurs-compositeurs capables de parler à l’esprit humain avec chaleur et sincérité. Peu d’artistes aujourd’hui parviennent encore à nous émouvoir, nous troubler et nous apaiser tout à la fois. Écoutez Can We Leave in Peace et vous comprendrez aussitôt : une chanson qui touche le cœur, qui emplit l’âme d’une humanité simple et sincère. À une époque marquée par le bruit et la division, cette musique ressemble à une main tendue, à un drapeau d’empathie dans des temps difficiles. De tous les albums de Big Daddy Wilson, celui-ci a une saveur particulière, celle de la vérité et de l’humanité. C’est sans aucun doute son disque le plus intime, le plus sincère, le plus nécessaire. – Thierry De Clemensat


Shirley Johnson

Selfish Kind of Gal

Delmark Records DE 893 – www.delmark.com

Grâce à l’album « Selfish Kind of Gal », Shirley Johnson revisite son univers à sa manière, épaulée par les solides compositions de Maurice John Vaughn. Ce vinyle couleur, composé de dix titres soigneusement sélectionnés par la chanteuse parmi ses morceaux favoris enregistrés au fil des années, réunit des chansons qu’elle aime le plus partager en club ou en festival. Dès I’m Going to Find Me a Lover, on est happé par ce mélange de groove et d’intimité : Shirley Johnson n’a plus rien à prouver, elle veut simplement raconter, avec sincérité et conviction. À ses côtés, on retrouve ses solides compagnons de route, parmi lesquels les guitaristes Robert Ward, John Primer et Johnny Burgin, des figures familières et prestigieuses qui apportent à chaque morceau une touche à la fois rugueuse et élégante. Plusieurs morceaux proviennent de ses deux albums emblématiques parus chez Delmark : Blues Attack (1999) et Killer Diller (2002). On y retrouve notamment You Turn to Cry, The Blues Is All I’ve Got ou encore Just Like That, qui reprennent ici tout leur éclat, portés par une production soignée et un jeu collectif plein de chaleur. Pilier pendant de nombreuses années du club Blue Chicago, Shirley Johnson incarne un blues féminin libre, fier et sans fard. « Selfish Kind of Gal » est un aussi un autoportrait vibrant, une traversée de carrière qui résume l’essence de cette grande artiste. Ce disque nous rappelle que Shirley Johnson chante la vie telle qu’elle vient, sans nostalgie ni compromis : c’est direct, sincère, et on en redemande bien volontiers. – Jean-Luc Vabres


Mac Arnold

On A Mission

No label – No number

Quand son père interdit à l’adolescent Mac Arnold d’acheter une guitare, celui-ci décida de s’en fabriquer une avec un bidon d’essence, un manche à balai et du fil de fer. Un peu plus tard il apprit à jouer de la guitare et de la basse. Ainsi fut-il le bassiste de James Brown, Otis Spann, Muddy Waters et John Lee Hooker avant de partir au début des années 1970 pour la Californie et son climat. Là avec sa propre formation, The Soul Invaders, il accompagne les Temptations, B.B. King et Bill Withers. Les années 1980 naissantes, il reprend le chemin de sa Caroline du Sud natale et devient agriculteur bio. Champion de l’indépendance et adepte du mouvement DIY (do it yourself), il a auto-produit et auto-publié divers CDs qu’il a enregistrés avec son orchestre de longue date maintenant : Plate Full O’ Blues. Il récidive avec « On A Mission » dont il a assuré les arrangements et la production. Les membres du fidèle Plate Full O’ Blues sont tous excellents : le guitariste Austin Brashier, l’harmoniciste, guitariste, bassiste et claviériste Max Hightower, le batteur Rick Latham et le bassiste Mike Frost. Notez que Mac Arnold a délaissé sa traditionnelle guitare décrite en début de chronique. Il se concentre sur son chant. Sa voix est légèrement voilée (l’âge peut-être), comme intérieure. Blues Over You ouvre ce disque de huit chansons ; vous remarquerez la décontraction de Mac Arnold, la brillante partie d’harmonica de Max Hightower et l’interaction des deux guitaristes (Austin Brashier et Max Hightower). Dance The Blues Away lorgne vers Wang Dang Doodle. L’autobiographique I Am The Blues narre l’épisode de la vie de Mac Arnold à Chicago. Love Story, une mélodie romantique, est un modèle de subtilité de la part du Plate Full O’ Blues qui illustre à la perfection ce qu’apportent les silences entre les notes, aussi importants que les notes jouées. Chaque intervention de l’harmoniciste Max Hightower est délectable tout au long du disque. Remarquables sont les guitaristes déjà cités sur On A Mission. Slider, Swamp Of Louisiana et Won’t Tell The Truth qui rappelle Ray Charles par les paroles (‘I got a woman’) et non la mélodie, complète cette œuvre de haut niveau.Gilbert Guyonnet


Bob Corritore & Friends

Early Blues Sessions

SWMAF Records 30 – www.bobcorritore.com

Infatigable Bob Corritore ! Sa production d’albums, toujours aussi foisonnante, force le respect, chapeau ! Il a une nouvelle fois puisé dans ses somptueuses archives pour nous livrer une compilation puissante et robuste, rassemblant seize titres enregistrés entre 1984 et 2007. L’album rassemble des titres inédits ou un nouveaux mixage de compositions déjà publiées. On y croise une véritable constellation d’invités légendaires : Little Milton s’ouvre la route avec I Want To Be The One, titre inédit enregistré en 2002 où Corritore l’accompagne à l’harmonica. On retrouve aussi les formidables Sam Lay (So Glad I’m Living, My Fault »), Dave Riley (« On My Way »), Jimmy Rogers (« She Loves Another Man »), Chico Chism (« Five Long Years), Robert Lockwood Jr. (Naptown Blues, Ramblin’ On My Mind), Lil’ Ed Williams (Hip Shakin’ ), Henry Gray (Showers Of Rain), Tomcat Courtney (I Wonder), Clarence Edwards (Coal Black Mare, Hear That Rumblin’), King Karl (Cool, Calm, Collected), sans oublier le formidable Jimmy Dotson (Tired Of Being Alone), et Lowell Fulson concluant le disque avec le divin West Texas Blues. Chaque titre est rendu avec une authenticité rare : la production de Corritore, son harmonica toujours présent, enveloppent ces moments d’un état d’esprit « studio club » qui ramène à l’essence même du Blues. L’album trace un vrai lien entre le passé et le présent, en rendant hommage à ceux dont la flamme continue d’éclairer la musique que nous chérissons. Au final, c’est à la fois un travail de mémoire et un disque à part entière, qui rappelle à quel point cette musique reste puissante quand elle est jouée simplement, avec cœur et sans artifice. Voici un album qui ralliera à juste titre de nombreux suffrages, qui est à l’image des précédents CD : indispensable . – Jean-Luc Vabres


Ledisi

For Dinah

Candid Records – candiderecords.shop.musictoday.com

Il existe des chanteuses dont les dons sont si prodigieux que leur succès paraît presque inévitable, comme si le chemin vers la reconnaissance leur avait été tracé dès le départ. Pourtant, quiconque a suivi la carrière de Ledisi sait que cette impression d’inévitabilité est trompeuse : derrière son éclat sans effort se cachent des années de travail acharné, une discipline féroce et un désir insatiable d’élargir les frontières de ce qu’une artiste contemporaine peut être. Chanteuse, actrice, autrice, enseignante, militante, entrepreneuse, Ledisi incarne tous ces rôles avec une aisance désarmante, et ajoute aujourd’hui un nouveau joyau à sa couronne avec For Dinah, un album qui est à la fois hommage, réappropriation et déclaration d’intention. Dès les premières notes, il apparaît clairement qu’il ne s’agit pas d’un projet ordinaire. Co-produit par l’immense Christian McBride, contrebassiste et compositeur parmi les plus respectés de sa génération, aux côtés de Ledisi, « For Dinah » s’impose d’emblée comme un disque qui unit virtuosité et profondeur de sens. Moins rétrospective que conversation vivante à travers le temps, l’œuvre met en scène un dialogue entre Ledisi et Dinah Washington qui régna sur la musique américaine du milieu du XXe siècle, mais dont la reconnaissance reste étrangement limitée hors des cercles de passionnés de jazz. Pour comprendre la résonance de « For Dinah », il faut replacer Dinah Washington dans les décennies tumultueuses de sa carrière. Dans les années 1940 et 1950, alors que les États-Unis étaient traversés par la ségrégation, les lois Jim Crow et les premiers élans du mouvement des droits civiques, Washington sut imposer sa présence dans une culture qui laissait peu de place à la visibilité et à l’autorité des femmes noires. Elle dominait la scène avec un esprit vif et une confiance inébranlable, refusant d’adoucir son tempérament pour se plier à un public ségrégué. Sa voix, claire, incisive, capable de percer un big band autant que de caresser une ballade — incarnait déjà une forme de résistance : une déclaration que l’art ne pouvait être contenu par le préjugé. Sa musique franchissait les frontières à une époque où franchir les frontières était en soi un acte politique. Passant du gospel au jazz, du blues à la pop, elle bousculait les catégories que l’industrie musicale, et la société, imposaient. Cette versatilité fit d’elle une star du grand public, mais troubla également les critiques qui peinaient à la classer. Pour le public afro-américain, elle était une figure lumineuse ; pour les femmes noires en particulier, elle représentait la preuve que l’on pouvait s’imposer dans un monde qui cherchait à vous écarter. Son influence sur Aretha Franklin est bien connue. Mais l’héritage propre de Washington, pris entre plusieurs genres et écourté par sa mort prématurée, n’a jamais atteint l’aura mythique de Franklin ou de Billie Holiday. C’est cette omission que le projet de Ledisi cherche à réparer : il ne s’agit pas seulement d’un hommage musical, mais d’un geste de mémoire face à l’oubli. Si la carrière de Washington s’est déroulée sur fond de lutte pour les droits civiques, l’art de Ledisi s’inscrit dans une époque traversée par de nouveaux défis : équité au sein de l’industrie musicale, représentations dans les postes de direction, et pressions de la culture numérique. Sa réponse est d’élargir son art au militantisme. À Berklee College of Music, où elle enseigne et occupe une résidence au sein du programme Gender Justice in Jazz, Ledisi forme activement la nouvelle génération, en particulier les femmes et les artistes de couleur qui, comme Washington avant elles, doivent apprendre à évoluer dans des structures qui n’ont pas été conçues pour les accueillir. Son rôle à la Recording Academy, où elle est seulement la deuxième femme noire à présider la section de Los Angeles, témoigne de sa volonté de transformer les institutions de l’intérieur. Au-delà de cette action institutionnelle, elle assume également son rôle de figure culturelle, rejoignant la sororité Delta Sigma Theta, une confrérie historique de femmes noires qui conçoivent leur mission comme à la fois culturelle et politique. Aux côtés de figures comme Michelle J. Howard, Joy-Ann Reid ou encore Ambassador Shabazz, Ledisi s’inscrit dans une « Ligue de justice » contemporaine de femmes afro-américaines qui conjuguent excellence professionnelle et engagement civique. Son militantisme est inséparable de son art. Tout comme Washington chantait en défiant les contraintes de son époque, Ledisi chante aujourd’hui en sachant que la visibilité reste un acte de résistance et d’affirmation. For Dinah devient ainsi plus qu’un simple recueil de chansons : un dialogue à travers les générations d’artistes noires, chacune revendiquant sa place, chacune affirmant que leurs voix ne seront pas réduites au silence. L’album atteint cet équilibre grâce à une alliance de respect et de réinvention. Les arrangements, sobres et puissants, laissent respirer la musique : l’espace devient écrin, le silence une ponctuation éloquente. La contrebasse de Christian McBride se révèle particulièrement inspirée, qu’elle ancre une introduction nue de You Don’t Know What Love Is ou qu’elle dialogue en souplesse avec la voix de Ledisi. Cette voix, justement, est le fil conducteur de l’album. Ample mais retenue, éclatante sans ostentation, Ledisi s’y montre magistrale. Qu’elle glisse sur le swing cosmopolite de Caravan ou qu’elle échange des traits complices avec Gregory Porter sur You’ve Got What It Takes, elle évite l’écueil de l’imitation pour préférer la conversation. Il ne s’agit pas de ressusciter Dinah Washington, mais de la rencontrer à nouveau, à travers la sensibilité propre de Ledisi, ses expériences, ses convictions. Le résultat n’a rien de nostalgique : c’est un renouveau, une réactivation du passé dans le présent. Écouter « For Dinah », c’est entendre non seulement l’écho de Washington, mais aussi la continuité d’une tradition : celle des femmes noires artistes affirmant leur place au cœur de la culture américaine. Washington le fit à une époque où un tel geste relevait déjà de l’acte politique. Ledisi le fait aujourd’hui dans un contexte où la lutte prend de nouvelles formes, mais demeure inachevée. Se dessine ainsi le portrait de deux artistes reliées à travers le temps : l’une brisant des barrières dans l’Amérique ségréguée, l’autre poursuivant ce combat dans une époque marquée par la quête d’équité et de représentation. « For Dinah » n’est pas seulement un recueil de chansons, mais une méditation sur ce que signifie porter un héritage : non pas l’imiter, mais le transformer. En cela, l’hommage de Ledisi est aussi l’affirmation de sa propre place dans cette lignée. Tout comme Dinah Washington élargissait autrefois les définitions du jazz et du blues, Ledisi élargit aujourd’hui ce que peut être une artiste au XXIe siècle : non seulement une voix, mais aussi une pédagogue, une dirigeante, une autrice et une bâtisseuse d’avenir. L’album se présente, enfin, comme une œuvre de mémoire, de renouvellement et de révérence, un pont entre générations, porté par une voix qui impose la clarté, la générosité et la grâce. – Thierry De Clemensat


Jimmy Burns & The Soul Message Band

Full Circle

Delmark Records DE 891 – www.delmark.com

Paru sur le prestigieux label Delmark Records, Jimmy Burns revient en pleine forme et signe un album à la fois énergique et introspectif, où le blues s’ouvre largement sur la soul de ses débuts. À plus de 80 ans, le chanteur-guitariste de Chicago à la voix, toujours chaude et expressive, raconte les épreuves et les joies d’une vie entière consacrée à servir la musique. Sur ce disque, il revisite plusieurs de ses anciennes compositions Rhythm & Blues, parues à l’origine sur des 45 tours devenus aujourd’hui de véritables pièces de collection, à l’image des superbes It Use to Be, Give Her to Me ou encore I Really Love You. Le natif de Dublin, Mississippi, rend également hommage à ses idoles avec des reprises inspirées de World of Trouble de Big Joe Turner, Rock Me Mama de Lil’ Son Jackson, sans oublier le classique Respect Yourself de Charles Wright. Autour de lui, le Soul Message Band tisse un écrin idéal nous avons à faire à un ensemble solide et élégant, mené par le formidable organiste Chris Foreman, pilier de la scène jazz de Chicago (dont je recommande vivement, toujours chez Delmark, le splendide album Deep Blue Organ Trio, Goin’ to Town, Live at the Green Mill, paru en 2006). Ensemble, ils enveloppent chaque titre d’un groove feutré et généreux, où tout respire la complicité et le respect mutuel. Foul Circle sonne ainsi comme un retour à l’essentiel : celui d’un très grand musicien, qui regarde son parcours avec tendresse et nostalgie et qui continue, avec constance et talent, à faire vibrer l’âme profonde de la Windy City. Pilier de la scène musicale de Chicago, Jimmy Burns s’impose une fois encore comme un artiste complet et intemporel : quel que soit le registre, il reste au sommet. – Jean-Luc Vabres


Rory Block

Heavy On The Blues

M.C. Records MHCD 124 – mcrecords.store

Je ne connais pas le nombre exact de disques publiés par la chanteuse et guitariste Rory Block depuis ses débuts, il y a cinquante ans. Celui-ci serait son 36ème ! Rory Block est une pure new-yorkaise. Elle est née à Manhattan et a développé une irrépressible passion pour le Blues depuis l’âge 14 ans. C’est Stefan Grossman qui la guida vers le Blues. Encore adolescente, elle côtoya Mississippi John Hurt, le Révérend Gary Davis et Son House. Après de nombreux disques où elle mêlait ses propres compositions et des reprises bien choisies, elle s’orienta, à partir de 2006, vers des disques en hommage à Robert Johnson, Son House, Mississippi John Hurt, Skip James, Booker White et Bessie Smith. Son disque précédent, datant de 202, consistait en un hommage à Bob Dylan. Avec ce « Heavy On The Blues », la voici revenue à sa pratique traditionnelle avec son arrivée chez M.C. Records. Elle a sélectionné neuf chansons qui vont de Charley Patton à Jimi Hendrix et une composition originale. Elle joue de la guitare acoustique et de la basse. L’original Can’t Quit That Stuff est un superbe ‘talking blues’ lancinant et hypnotique. Il est né d’une conversation que Rory Block eut en coulisses avec Hubert Sumlin. Le jeu de guitare et le chant de Rory Block sont superbes lors de son interprétation du classique de Tommy Tucker High Heel Sneakers. Ronnie Earl et sa guitare électrique rejoignent Rory Block. Résultat une longue et belle version de Walking The Back Streets de Little Milton. C’est alors au tour du guitariste Jimmy Vivino d’intervenir sur une bonne interprétation de What Kind Of Woman Is This de Buddy Guy. Le traditionnel Hold To His Hand est chanté a cappella. Puis Jimi Hendrix est au programme. Rory Block avec la participation de Joanna Connor, peu connue pour la sobriété de son jeu de guitare, donne une surprenante et sobre interprétation de The Wind Cries Mary. Puis nous plongeons dans le Delta du Mississippi. Down The Dirt Road de Charley Patton démontre les talents de la chanteuse. Avec Mississippi Blues de Willie Brown, la subtilité du jeu de guitare de Rory Block impressionne. Le choix de Me And My Chauffeur s’imposait. La chanteuse et guitariste conclut ce disque en interprétant Stay Around A Little Longer de Buddy Guy avec ce message : « I thank the Lord for letting me stay around a little longer … I won’t stop playing the blues. That’s what I think He put me here to do ». Cette excellente chanteuse et guitariste mérite toute votre attention. – Gilbert Guyonnet


Dave Weld & The Imperial Flames

Bluesin’ Through the Years

Delmark Records 894 – www.delmark.com

Avec « Bluesin’ Through The Years », Dave Weld & The Imperial Flames offrent chez Delmark Records une rétrospective soignée, issue des album « Burnin’ Love » (2010), « Slip Into A Dream » (2015) et « Nightwalk » (2022). Plus qu’un simple assemblage, l’album trace le fil d’une aventure musicale fidèle au blues de Chicago, entre ferveur, sincérité et énergie de scène. La guitare slide de Weld, toujours tranchante et habitée, domine un ensemble soutenu par une section rythmique impeccable et par le chant clair et expressif de Monica Myhre, qui apporte équilibre et profondeur sans jamais forcer le trait. Sur Looking For A Man, la présence de Bobby Rush à l’harmonica insuffle un souffle de malice et d’expérience, tandis que le regretté Abb Locke et le toujours excellent Sax Gordon, apportent tout leur savoir faire. Et pour les amateurs d’objets soignés, le vinyle coloré de cette édition vient parfaire le plaisir d’écoute, transformant cette compilation en véritable pièce de collection. Voici un hommage vibrant à un blues toujours en mouvement, solidement enraciné dans la tradition mais ouvert à la modernité. – Jean-Luc Vabres


Ally Venable

Money & Power

Ruf Records 1316 – www.wordpress.rufrecords.de

Aujourd’hui âgée de seulement 26 ans, la chanteuse guitariste texane Ally Venable sort son sixième album. Après le succès de « Real Gone » sorti en 2023, voici « Money & Power » enregistré dans les célèbres Soundstage Studios de Nashville pour Ruf Records. En 2019, cette maison de disque l’avait déjà engagée pour la tournée Blues Caravan. Très influencée par Stevie Ray Vaughan et Samantha Fish, elle fait en 2021 la première partie de la tournée de Kenny Wayne Shepard. Avec l’ascension très rapide de sa carrière, Ally Venable a désormais sa place parmi les meilleures interprètes de blues-rock. À l’exception du morceau Black Cat de Janet Jackson, les dix autres titres sont l’œuvre de Ally et de son batteur Tom Hambridge. Il y a deux invités, le guitariste Christone “Kingfish” Ingram dans Brown Liquor et Shemekia Copeland dans Unbreakable. On a affaire ici à un excellent disque de blues-rock qui devrait être suivi de beaucoup d’autres en raison de l’âge de l’artiste et d’un talent hors pair. – Robert Moutet


Kingfish

Hard Road

Redzero Records RZR-0001 – redzerorecords.bandcamp.com

Après trois disques chez Alligator, deux en studio et un live, le jeune prodige de la guitare blues, Christone ‘Kingfish’ Ingram, s’est lancé dans une nouvelle aventure. Il a décidé de voler de ses propres ailes. Ainsi a-t-il créé sa maison de disques personnelle, Redzero Records. Il inaugure ce label dont le nom est un hommage appuyé aux Red’s et Ground Zero, deux lieux emblématiques de sa ville de Clarksdale, avec son nouvel enregistrement, « Hard Road ». Kingfish a co-écrit avec, entre autres, son producteur et batteur Tom Hambridge, les onze chansons de ce disque. Son chant et son jeu de guitare sont excellents. Hélas, mes vieilles oreilles et ma patience ont des limites. L’écoute de quelques titres m’est pénible. Je n’arrive pas à m’extasier devant toute cette virtuosité spectaculaire et bruyante. Heureusement, j’aime beaucoup Nothing but your love, Clearly, Standing on business et Hard to love, chansons de soul blues sudiste où la bruyante guitare wah-wah se met en sourdine et la voix de Kingfish est en avant. Ces quatre excellents titres sont à destination du public afro-américain du sud des États-Unis. La conclusion du disque, Memphis, est superbe : Kingfish à la guitare acoustique accompagné par le très jeune prodige Harrell ‘Rell’ Davenport à l’harmonica et le bassiste Tommy McDonald. Une merveille ! Kingfish est un artiste talentueux et avisé. Il a compris qu’il y a deux publics de Blues. Les Caucasiens adeptes du blues-rock qui ne jurent que par la virtuosité du guitariste et les Afro-américains qui adorent le chant avec le soul-blues. Ainsi, Kingfish présente t-il un disque adapté à ces deux publics avec, en plus, un clin d’œil aux nombreux nostalgiques de downhome country blues. Quels que soient vos goûts, il faut acheter cette production pour aider à la réussite de ce nouveau label Redzero Records qui devrait enregistrer prochainement le chanteur de St Louis, Missouri, Dylan Triplett et le guitariste de Houston, Texas, Mathias Lattin. – Gilbert Guyonnet


John Christopher Morgan

Right on Time

Auto-production 

Une sorte d’ovni que cet album d’un vétéran de la scène de Detroit, que les largement plus de vingt ans ont pu découvrir à l’affiche d’une soirée au Montreux Jazz Festival de 1979, aux côtés des jazzmen de Weather Report et de Willie Bobo. Quand on est natif de la Motown-Motorcity dans les années cinquante, on se dit qu’il vaut mieux laisser passer le train des nombreuses et successives vedettes du moment, faire son petit bonhomme de chemin et attendre que la concurrence ait fait son temps pour surgir enfin dans la lumière. C’est la voie qui mène aujourd’hui à la parution de cet album dont le moins que l’on puisse dire est qu’il ne manque ni de maîtrise ni d’expérience de la culture blues /rhythm’n’blues/rock. Chapeau à larges bords, rouflaquettes et veste « nudies », John Christopher Morgan distille au fil des treize titres, une faconde et un humour dignes de Louis Jordan, des Coasters ou des Cadets, caractéristiques de cette scène afro-américaine des années quarante/cinquante. À ce titre, Ain’t we all in it together avec les voix de Viva Vinson et Zach Zunis est un morceau de choix. Saluons la présence à la guitare de Frank Goldwasser, sur cet opus réjouissant et réussi d’un vétéran inspiré, désormais installé en Californie. – Dominique Lagarde


Kyle Rowland

Not Holding Back !

Little Village Foundation Records – www.littlevillagefoundation.org

Avec ce premier album, Kyle Rowland fait une entrée remarquable sur la scène blues. Ce jeune harmoniciste et chanteur basé à Sacramento (Californie) affiche un style solidement ancré dans la tradition, tout en affirmant déjà une personnalité bien à lui. Co-produit par Rick Estrin – qui, pour la petite histoire, lui donna ses premières leçons d’harmonica à la demande de son père, alors qu’il n’avait que dix ans – et l’indispensable Kid Andersen, l’album réunit quinze titres, dont huit compositions originales signées Rowland, aux côtés de reprises finement choisies. On y retrouve d’excellentes pièces comme « Convict No. 1 », « I’ll Take You Back », « Kissing at Midnight » ou « The County Pen », qui mettent en avant sa maîtrise de l’harmonica, sa voix chaleureuse et un sens du feeling déjà affirmé. Kyle se montre bluffant de sincérité lorsqu’il prend la guitare sur deux titres : « Gamblin’ Blues », d’un dépouillement très down home, et « Coffee Man », dans un esprit Piedmont blues totalement réussi. En studio, il s’entoure d’une équipe impressionnante, avec notamment Johnny Burgin, Kid Andersen lui-même et Anson Funderburgh aux guitares. À l’écoute, on est conquis par la précision, la fraîcheur et la sincérité de ce jeune musicien. Un premier disque vibrant et sans faute, qui impose déjà le nom de Kyle Rowland comme l’un des nouveaux visages du blues contemporain sur qui il faudra compter. Le label de Jim Pugh, n’a pas son pareil pour nous faire découvrir de jeune et excellents musiciens. Une sacrée belle réussite cette session ! Elle devrait satisfaire les plus exigeants ! Jean-Luc Vabres


Blue Moon Marquee

New Orleans Sessions

Blue Moon Marquee Label – bluemoonmarquee.com

Les protagonistes du duo canadien de swing / blues Blue Moon Marquee – le chanteur et guitariste A.W. Cardinal et la chanteuse, bassiste et batteuse Jasmine Colette – se sont rencontrés dans les années 2010 et ont déjà plusieurs albums à leur actif : « Lonesome Ghosts » en 2014, « Last Dollar » en 2014, « Gypsy Blues » en 2016 et « Bare Knuckles & Brawn » en 2019. Mais c’est surtout grâce à leur album « Scream, Holler & Howl » paru en 2022 qu’ils se sont fait remarquer, leur permettant de remporter le prix Juno de l’album blues de l’année. Leur nouvel opus, « New Orleans Sessions », ne fait que confirmer tout le bien que nous pensons de ces musiciens. Enregistrés « live-off-the-floor » chez Bigtone Records à La Nouvelle-Orléans, sur du matériel vintage rare et conçu par le formidable Big Jon Atkinson, les dix titres de cet album sont un mélange de morceaux originaux du groupe et de quelques ré-interprétations de chansons des années 1900. Ici, pas d’overdub, le son est direct, droit comme le piano ! Outre nos deux compères, certains des meilleurs musiciens de la Crescent City ont répondu à l’appel : Danny Abrams (sax baryton), BC.. Coogan (piano), Big Jon Atkinson (harmonica), Nicholas Solnick (batterie) et Brett Gallow (batterie). What I Would Not Do et Let’s Get Drunk Again ne vous laisseront pas de marbre, mais l’ensemble de l’album s’écoute avec grand plaisir et donne envie de bouger. – Marcel Bénédit


Solomon Cole

Ain’t Got Time to Die

Dixiefrog Records SC-AGTTO2025 – www.solomoncoleofficial.com

C’est dit, Solomon Cole a envie de vivre ! Il est là et bien là, même si l’île dont il est originaire, Waiheke, en Nouvelle-Zélande, s’avère un tantinet éloignée des lumières du music-hall. Cette île à une histoire, puisqu’une installation militaire y fut construite lors de la seconde guerre mondiale. Un lieu pas commun, dans lequel Solomon Cole a choisi d’enregistrer certains titres de son album, pour y trouver le son brut, atmosphérique et caverneux qu’il recherchait. À ce titre, Day of reckoning, le premier morceau, reflète cette alliance d’un rythme lourd, comme tribal, à la métrique du blues. Comme une cascade en lame de fond. Solomon Cole ne pouvait utiliser d’autre instrument que le dobro pour exprimer cette profondeur du sentiment (Apocryphal flood blues). Souhaitons que la même reconnaissance que celle dont jouit un autre « joueur de l’hémisphère sud », Grant Haua, l’accompagne. – Dominique Lagarde


Don Was and the Pan-Detroit Ensemble

Groove In The Face Of Adversity

Mack Avenue Music Groupmackavenue.com

Mack Avenue Records n’a jamais été accusé de jouer la carte de la prudence. Mais même selon ses propres standards d’audace, sa dernière parution ressemble à un pari risqué, et parfois déconcertant. En mettant en avant Don Was, le producteur multi-récompensé, bassiste et président de Blue Note Records, le label s’aventure bien au-delà des sentiers habituels du jazz, dans un territoire où dominent reggae, funk et production pop façon années 70. Le résultat est un album qui échappe à toute catégorisation facile et qui ose interroger ce qui peut, ou non, « appartenir » à un label de jazz en 2025. Pour ceux qui connaissent surtout Was comme maître des studios, ce virage intrigue sans étonner totalement. Son palmarès parle de lui-même : six Grammy Awards, dont l’Album de l’année pour « Nick of Time » de Bonnie Raitt en 1989 et le titre de Producteur de l’année en 1994 ; un BAFTA pour la meilleure bande originale (Backbeat) ; un Emmy pour la direction musicale lors de la soirée CBS The Beatles : The Night That Changed America ; et un Golden Gate Award pour son documentaire consacré à Brian Wilson. Peu de producteurs ont circulé avec autant d’aisance entre les genres, façonnant des albums pour The Rolling Stones, Bob Dylan, John Mayer, Willie Nelson et bien d’autres, pour un total de ventes dépassant les 100 millions d’exemplaires. Mais cette feuille de route joue ici à double tranchant. Avec de telles références, on s’attendrait à un disque débordant d’autorité, de maîtrise et d’une science des genres patiemment acquise au fil des décennies. Or, ce que propose Was, c’est tout autre chose : un album fuyant, qui sonne tour à tour comme une expérimentation funk, une échappée reggae, un carnet de croquis jazz-fusion et un clin d’œil assumé à la pop orchestrée des années 70. C’est un album qui, résolument, refuse de tenir en place. Ce refus peut être exaltant. Les premiers morceaux respirent l’assurance d’un musicien qui n’a plus rien à prouver, mais encore tout à explorer. Les lignes de basse s’ancrent dans des grooves reggae profonds, les textures de guitare flirtent avec la fusion sans s’y abandonner totalement, et la production, omniprésente, superpose les couches sonores comme autant de clins d’œil à ses décennies passées derrière la console. Aux meilleurs moments, l’album ressemble à une fête qui se déroule dans plusieurs pièces d’une même maison, chacune offrant son ambiance et son rythme. Mais la désorientation n’est jamais loin. Pour les fidèles du catalogue Mack Avenue, un répertoire dominé par le jazz droit dans ses bottes, la modernité soul ou la virtuosité acoustique, ce projet pourra sembler étranger. Ici, le jazz est davantage une ponctuation qu’un socle. Un riff de cuivre qui surgit, une modulation harmonique, une rythmique qui surprend : voilà les « moments de jazz », mais jamais ils ne prennent le dessus. L’auditeur est plutôt invité à rejoindre le disque sur le terrain du funk et du reggae, à oublier l’attente d’un swing ou d’un solo incandescent pour se plonger dans le groove et l’atmosphère. Pour certains, ce sera libérateur. Pour d’autres, frustrant. Prenons I Ain’t Got Nothin’ But Time, l’un des morceaux les plus marquants ; le titre dégage un parfum de nostalgie, convoquant l’âge d’or du vinyle des années 70, le genre de chanson qui donne envie de ressortir de vieux disques oubliés sur une étagère. Rien d’étonnant : Was a toujours été un érudit des époques passées, et son talent pour en recréer les signatures sonores est remarquable. Mais ce qui apparaîtra à certains comme un hommage respectueux pourra aussi être perçu comme une reconstitution soignée, plus pastiche que vision nouvelle. La partie centrale du disque met en évidence l’inépuisable curiosité de Was. Les rythmes funk s’effacent devant des syncopes reggae, bientôt diluées dans des nappes plus vastes et orchestrées. Parfois, la finition trop lisse nuit à l’énergie brute : l’on se surprend à regretter ces arêtes vives qui font le sel du jazz-fusion. La patte de producteur, si évidente, finit par dompter l’imprévu que recherchent souvent les amateurs de jazz. Et pourtant, on ne peut balayer l’ambition du projet. Was a passé plus de cinquante ans à refuser les étiquettes. En dehors des studios, il mène depuis plus de 15 ans le Don Was Detroit All-Star Revue, coanime l’émission Motor City Playlist sur NPR et Dinner with Don Was sur SiriusXM, et, depuis 2018, tourne avec Bobby Weir & Wolf Bros, groupe cofondé avec le guitariste du Grateful Dead. Cet album s’inscrit donc dans la continuité logique de cette biographie foisonnante : un creuset où se fondent toutes ses influences. Au final, le disque laisse partager entre admiration et perplexité. Comme manifeste d’indépendance artistique, il est réussi : il ne cède pas, il questionne, il bouscule l’idée d’un label de jazz uniforme. Mais à l’écoute, il se révèle inégal, des éclairs d’inspiration côtoient des passages trop policés, trop ancrés dans le passé pour réellement ouvrir de nouvelles voies. Pour l’auditeur aventureux, le détour en vaut la peine, ne serait-ce que par la curiosité qu’il éveille. Pour l’amateur plus traditionnel, ce sera peut-être un pas trop loin hors du cœur battant du jazz. Mais, en définitive, n’est-ce pas le sens même de la carrière de Don Was ? Refuser les cases. Et son arrivée chez Mack Avenue ne fait que le rappeler. – Thierry De Clemensat


Eddie Kold Band
Featuring Larry Doc Watkins

Blues In My Heart

L+R Records CDLR 586628 – www.bellaphon.de

Je l’ai déjà écrit dans ces pages : « Eddie Kold est sans doute l’un des meilleurs connaisseurs européens du South et du West Side de Chicago. Qui d’autre peut se vanter d’avoir partagé la scène avec Buddy Scott, Johnny B. Moore, L.V. Banks, Otis Clay ou encore Vance Kelly, que ce soit au Lee’s Unleaded Blues ou dans le mythique Tam Tam Lounge ? Et comment oublier cette prestation mémorable aux côtés de la grande Zora Young lors du Chicago Blues Festival 1992, en plein Grant Park ? » Pour ce nouvel album enregistré à Cologne, Eddie Kold a réuni une formation à la hauteur de son histoire et de ses exigences. À ses côtés, l’infatigable Larry “Doc” Watkins, déploie sur neuf compositions originales toute sa classe de chanteur, notamment sur les somptueux Burnin’ Out Control, Around Three or Four et bien sûr Blues in My Heart qui donne son nom à l’album. C’est un chanteur rare, habité, capable d’allier rugosité et élégance sans jamais forcer le trait. Arrivé tout droit de Chicago, Tom Holland apporte à la six cordes ce mélange si particulier de retenue et d’intensité, qui semble raconter une vie en quelques mesures. Et que dire de la présence musicale de L.P. Davenport sur Further Up the Road ou de Melon Davenport, impeccable sur le désormais classique Last Two Dollars ? Tous deux nous ramènent au cœur du South Side, comme si l’on poussait la porte du 50 Yard Line sur la 75e rue, dans cette cité qui m’est si chère. Fin connaisseur du terrain, habitué à jouer dans les clubs de Chicago, Eddie Kold sait glisser dans ses compositions cette dose de soul qui parle directement aux habitués du East Odyssey Lounge sur South Torrence ou du Brick’s sur W. Madison. Il connaît les attentes du public local, ses goûts, ses exigences, et il y répond avec une sincérité et une finesse rare. Blues in My Heart s’impose ainsi comme une production pleinement maîtrisée, profondément habitée, où chaque titre respire l’authenticité. Un album solide, nourri de vécu, d’histoires et de mille nuits passées à observer, jouer, écouter. Et la suite promet déjà beaucoup : il y a quelques semaines encore, Eddie Kold était de retour au cœur de la Windy City, au studio Joyride, pour une nouvelle session avec de prestigieux invités, dont le formidable et trop souvent sous-estimé,Thomas Melvin Jr., l’immense Joe Barr, ou encore notre ami commun Big Lew Powell, batteur phénoménal et chanteur inspiré. En définitive, Eddie Kold maîtrise aujourd’hui comme peu d’autres l’âme musicale de Chicago. Son nouvel album en est une preuve éclatante : vibrant, authentique et façonné avec un amour profond pour cette ville qui n’en finit jamais d’inspirer. – Jean-Luc Vabres


Tom Hambridge

Down the Hatch

Quarto Valley Records – www.tomhambridge.com 

Il n’est plus temps de dire que Tom Hambridge est le fidèle accompagnateur (batteur de Chuck Berry), l’éminence grise, le discret artisan, le pourvoyeur de chansons (un millier ?) ou d’arrangements au service de vedettes du rock ou du blues. Buddy Guy, Keb’Mo, Christone “Kingfish” Ingram, lui doivent des productions médaillées. Déjà en 2013, l’album « Blu Ja Vu » lui avait valu sa propre notoriété . Aujourd’hui, « Down the Hatch » poursuit dans la même lignée. Lui que l’on surnomme parfois le “Willie Dixon blanc”, n’a de cesse de vénérer son maître (Willie Dixon’s gone) ou d’adresser des clins d’oeil à Chuck (You gotta go through St. Louis). Son chien pensif allongé à portée de notes, Tom revisite un Every time I sing the blues, déjà joué par Eric Clapton et Buddy. Dis nous, Toutou, quelle est la meilleure version ? – Dominique Lagarde


Erin Harpe

Let The Mermaids Flirt With Me
A Tribute To Mississippi John Hurt

Vizztone Label Group VT-EHM-01 – vizztone.com

Après le succès de leur dernier album acoustique autoproduit « Meet Me in the Middle », élu album de l’année aux New England Music Awards, le duo Erin Harpe Country Blues nous propose un nouveau disque. Enregistré dans leur propre studio à Boston, cet album est un hommage à celui qu’Erin admire depuis son enfance : Mississipi John Hurt. Elle se souvient avoir appris les chansons de Hurt avec son père. Sur les dix morceaux du disque, neuf sont des compositions de Hurt, la dernière, You Are My Sunshine, étant l’œuvre du chanteur de country américain Jimmie Davis. Erin est à la guitare acoustique, au chant, au kazoo et aux percussions au pied. Son mari, Jim Countryman, est à la basse et aux chœurs. Erin est rapidement devenue l’une des meilleures chanteuses et guitaristes de blues acoustique, avec des talents d’arrangeuse bien mis en évidence dans ces interprétations des classiques de Hurt. Le blues aux accents country de ces musiciens a du succès partout, des salles intimistes aux grands festivals de blues aux US et en Grande Bretagne. Espérons les voir bientôt dans une tournée française. – Robert Moutet


King Size

Big Shoes

Qualified Records – www.qualifiedrecords.com

Le groupe vient de Nashville et Qualified Records publie leur deuxième album sur sa marque, après « Fresh Track » il y a quelques années. Le titre d’ouverture, Halfway to Memphis (« à mi-chemin de Memphis »), livre quelques indications sur la voie que compte emprunter King Size : une soul sudiste et lumineuse, prête à entrer fermement dans la cité de Beale Street et de McLemore Avenue. La route de Memphis… Reste à savoir de quel côté on arrive. Mais sans la crainte d’y rentrer les menottes aux poignets. L’album génère une douce sensation de bonne humeur, de confiance et d’amour pour cette musique du Sud que l’on ne se lasse jamais de réinventer. Les Muscle Shoals Horns viennent soutenir cet ensemble de huit musiciens dans la force de l’âge, discrètement enveloppés dans une jaquette à l’imagerie naïve d’un vieux Sud apaisé. – Dominique Lagarde


The Lucky Losers

Arrival

MoMojo Records MMJ-395 – www.momojorecords.com

« Arrival » est le sixième disque du couple The Lucky Losers, originaire de San Francisco, qui a déjà douze ans de carrière derrière lui. Cathy Lemons est au chant et son mari Phil Berkowitz à l’harmonica et au chant. Parmi leurs nombreux invités, citons Danny Caron, compositeur et guitariste de jazz et de blues, et le guitariste Christoffer “Kid” Andersen. Le disque est produit par Andersen qui est déjà lauréat d’un Grammy Award. Il se compose de onze titres originaux qui vont du blues, de la soul au funk, avec des accents de rock des années 70. Avec ces influences variées, voici un disque fort agréable. – Robert Moutet


Marc Broussard

Time is a Thief

G-Man Touring Inc. 

Pour être honnête, je ne connaissais Marc Broussard que de nom mais ne l’ai réellement découvert qu’en surfant sur le web, accroché que je fus par une série de vidéos en duo dans lesquelles la voix et la qualité d’interprétation de morceaux soul et R&B par cet artiste caucasien m’ont littéralement bluffé. Quelques recherches plus tard, je me rendis compte que cet artiste – qui a grandi en Louisiane et qui qualifie sa musique de “Bayou Soul” (mélange de funk, de blues, de R&B, de rock et de pop, avec de sérieuses racines sudistes) – était le fils de Ted Broussard, guitariste reconnu, intégré au Hall of Fame, membre et créateur du groupe The Boogie Kings. Marc a quant a lui démarré avec les Christian Rock, groupe basé à New Iberia, Louisiane. Il démarre une carrière solo d’auteur, compositeur et chanteur en 2002. Son premier album marquant est « Carenco » (Island Records) en 2004. Suivront « S.O.S. : Save Our Soul »  (Vanguard) en 2007, un excellent album de reprises, « Keep Coming Back » (Atlantic Records) en 2008, « Marc Broussard » (Atlantic Records) en 2011, un disque live « Live at Full Sail University » (G-Man Records) en 2013, un album de Noël auto-produit (« Magnolias and Mistletoe ») en 2015, « S.O.S. 2 : Save Our Soul, Soul on a Mission » en 2016 (une suite à l’album de covers des seventies qui l’ont influencés), « Easy to Love » (G-Man Records) en 2017, « S.O.S. 3 : A Lullaby Collection » (G-Man Records) en 2019, « S.O.S. 4 : Blues for your Soul » (KTBA Records) en 2023 (compilation de covers blues co-produite par Joe Bonamassa), avant d’arriver à l’album qui nous occupe, « Time is a Thief » (G-Man Touring Inc.), paru en septembre 2024. Il s’agit d’un magnifique album studio constitué de dix titres soul, blues, funk et R&B de très grande qualité servis par une voix hors norme, des musiciens excellents et une production remarquable (Eric Krasno et Jeremy Most). Marc Broussard a déjà une longue carrière derrière lui, il a travaillé avec de prestigieux labels (Atlantic, Vanguard), c’est un artiste au talent immense qu’il faut suivre, à l’évidence… – Marcel Bénédit


The Name Droppers

Cool Blue Shoes

Horizon Music Group / Blind Raccoon 

Dans les années 80, le groupe The Name Droppers a été fondé par le guitariste, compositeur et producteur Charlie Karp. Musicien renommé et ayant collaboré avec Buddy Miles, Charlie est malheureusement décédé en 2019. Mais ses compagnons ont décidé de poursuivre l’aventure. Le groupe du Connecticut se compose donc aujourd’hui de Rafe Klein à la guitare, Ron Rifkin au piano et à l’orgue, Scott Spray à la basse et Bobby T. Torello à la batterie. Le groupe a déjà produit 4 disques et voici Cool Blue Shoes, un cinquième album de 10 titres avec sept compositions. Il y a trois reprises : Killing Floor de Howlin’ Wolf, That’s The Way My Love Is de Michael Leslie Jones et I Cry For You de Willie Dixon. À noter aussi Out Of This Blue interprété par Klein avec Simone Brown au chant et Bill Holloman au saxophone. Voici donc un groupe avec des musiciens très expérimentés qui nous offre un séduisant mélange de blues, de rhythm and blues, de soul et de rock. – Robert Moutet


Mike Henderson

“Last Nite at The Bluebird”
Nashville Live !

Qualified Records – www.qualifiedrecords.com

Toute les qualités de performer de Mike Henderson surgissent de ce CD en public, au joli dessin de pochette, dans l’esprit des grands illustrateurs des disques de blues de naguère. Dix titres partagés entre reprises et originaux, dans lesquels renaissent la mémoire de J.B. Hutto, Bo Diddley ou Hound Dog Taylor. Trop tôt disparu en 2023, à l’âge de soixante-dix ans, Mike Henderson déploie de belles qualités, tant à la slide qu’au chant. Comme la formation qui l’entoure, composée de Kevin McKendree au piano, Steve Mackey et Pat O’ Connor à la batterie, distille une rythmique souple et énergique, dans une ambiance où la proximité et la ferveur du public du Bluebird Café de Nashville, sont bien captées, on ne peut que recommander l’écoute de ce disque. Comme si vous y étiez ! – Dominique Lagarde


Debbie Bond

Live at the Song Theater

Blues Production Records BRP 2025.1

Debbie Bond est une chanteuse, guitariste et compositrice américaine née en Californie. Enfant, elle a fait de longs séjours avec ses parents en Europe et en Sierra Léone où elle a donné son premier concert à l’âge de 13 ans. En 1979, elle est de retour aux US et s’installe en Alabama. Elle joue alors régulièrement dans les bars et les clubs de la région. Au début des années 80, elle va jouer avec Johnny Shines, qui l’emploiera jusqu’à sa mort en 1992. Elle jouera aussi avec Eddie Kirkland, Willie King et Little Jimmy Reed. Elle collabore actuellement avec Carroline, la fille de Johnny Shines qui est une excellente chanteuse. Pour honorer la mémoire de son père, elle a créé il y a quelques années le Johnny Shines Blues Festival. Debbie Bond a sorti plusieurs albums, et voici son dernier. Comme son nom l’indique,  l’enregistrement en live a eu lieu au Song Theater de Columbian en Alabama. Pour les douze chansons du disque, Debbie est, bien sûr, à la guitare et au chant, avec son mari – le Britannique Rick Asherson – aux claviers, à l’harmonica et à la basse, Marcus Lee à la batterie et Sam Williams au saxophone. Avec une excellente sélection de chansons, on apprécie la voix profonde de Debbie qui rappelle certaines sonorités typiques de La Nouvelle-Orléans. L’écoute de ce disque donne envie de voir cette chanteuse en concert. – Robert Moutet


Lil’ Red & The Rooster with Bobby Floyd

7

lil red records LRR07/FR

Lil’ Red, c’est la chanteuse et joueuse de washboard américaine Jen Milligan ; The Rooster, le guitariste français Pascal Fouquet. Elle a une formation d’artiste : comédienne, peintre, dessinatrice (elle a réalisé la pochette du CD), danseuse et chanteuse ; lui est guitariste classique de formation. Le Blues a rassemblé ces deux individualités maintenant unies dans la vie et la musique depuis que leurs chemins se sont croisés en 2010 à Paris. « 7 » est le titre de leur nouvelle auto-production. La rhytmique est assurée efficacement par le bassiste Jean-Marc Despeignes et le batteur Pascal Mucci. En outre, l’apport du pianiste et organiste Bobby Floyd avec son élégant et profond jeu très jazzy et ‘churchy’ influencé par Ray Charles (qu’il accompagna en 1984 et 1985) est une bénédiction. Lil’ Red a une voix claire, légère, aérienne, très agréable. Pas très blues ; plutôt proche du cabaret (ce n’est pas un reproche). Le répertoire composé par elle et Pascal Fouquet lui convient à merveille. Le jeu de celui-ci a été très influencé par B.B. King, Albert King, T. Bone Walker et Kenny Burrell. La clarté du son de la guitare de Pascal Fouquet, son sens du swing, la finesse de son jeu sont délectables. Écoutez sa superbe partie de guitare sur Stack‘em Up Baby ; Bobby Floyd et ses claviers sont enchanteurs, son solo de piano fait penser à Eroll Garner. Que ce soit avec le gospel d’ouverture Wild’s Rising, le funky Is This Heart Taken, l’instrumental Melancholy Mood et l’hommage très appuyé à T. Bone Walker ou Mr Saboteur (aka Do The Donut) avec son atmosphère « film d’espionnage des sixties et début seventies », vous dégusterez quelques perles qui réjouiront les oreilles et le cœur de chaque auditrice et auditeur un peu curieux. – Gilbert Guyonnet


Dave Keyes

Two Trains 

MoMojo Records – www.momojorecords.com

Ma première rencontre avec Dave Keyes remonte à 2008 et à ce passage mémorable lors du Cognac Blues Passions où il accompagnait au piano la grande et regrettée Marie Knight. L’entrevue avec ces deux artistes fut un moment très chaleureux, inoubliable pour votre serviteur, durant lequel nous avions discuté avec Dave Keyes – qui évoluait là dans un registre gospel – de ses multiples influences et facettes au piano, allant de la musique classique au funk néo-orléanais, en passant par le jazz et le boogie-woogie. Depuis, la route de ce musicien a été riche, tant du point de vue scénique que discographique, et sa valeur est désormais reconnue pour lui-même en tant que pianiste, chanteur et auteur-compositeur, et plus seulement en tant qu’accompagnateur. Dans ce nouvel album, la large palette de son talent pianistique est encore fortement perceptible : blues, boogie, funk, soul, font l’âme de ce ce formidable opus de dix titres dont huit sont co-écrits avec Mark Sameth (auteur pour Loretta Lynn, Bettye LaVette, entre autres…). Il n’y a pas un moment faible dans cet album servi par des musiciens hors pair, auxquels – (sans être exhaustif) – le batteur Bernard Purdie (qui était déjà aux côtés de Dave Keyes en 2022 pour « Rhythm, Blues and Boogie ») se joint sur trois titres, ou encore le guitariste Chris Bergson sur un. C’est enlevé, plein de swing, de vitalité et de sensibilité. Une totale réussite en somme, dans laquelle le piano de Dave Keyes nous emplit de bonheur de bout en bout. – Marcel Bénédit


Rusty Ends & HillBilly HooDoo

Roadhouses Juke Joints and Honky-tonks

Earwig Music EWR 4980 – https://earwigmusic.com

Originaire de Louisville dans le Kentucky, Rusty Ends est membre de longue date de la Kentuckiana Blues Society où il publie régulièrement des chroniques. Les artistes objet de ces écrits ont une grande influence sur Rusty qui est aussi guitariste et chanteur. En 1996, il forme un trio avec Dave Zirnheld à la basse et Gene Wickliffe à la batterie. Après un premier disque auto-produit, « Rusty Ends Blues Band », un accord est signé en 2020 avec Michael Frank, le directeur de Earwig Records. Voici donc, sous ce label, le nouveau disque du trio, enregistré au Delmark Studio de Chicago avec deux invités de marque : Roosevelt Purefoy, de Chicago, joue du piano et de l’orgue sur neuf morceaux et Wayne Young, de Louisville, est à la guitare rythmique et il est l’auteur de quatre titres. L’album comprend quinze titres dont trois reprises bien choisies. Un modèle. – Robert Moutet


Pat Smillie

Wide Open Heart

Fat Bank Music – patsmillie.com/

Disponible sur les plateformes de streaming, ce nouveau titre du chanteur originaire de Detroit, co-écrit avec Josh Ford, marque un retour à ses racines. Loin de l’énergie rock typique de la Motor City, il renoue ici avec le Blues et la Soul qui ont façonné son parcours pendant les nombreuses années où il vivait à Chicago, enchaînant les prestations dans les clubs du South et du West Side aux côtés de ses idoles. Ce single met une nouvelle fois en lumière la qualité de son interprétation : une voix profondément habitée, capable de transmettre émotion et intensité avec une rare authenticité. À mon sens, cet artiste n’a toujours pas reçu la reconnaissance qu’il mérite pleinement. Ce titre en est la preuve éclatante. – Jean-Luc Vabres


Muddy Gurdy

No Border

Buda Musique / Socadisc (double LP)

Le trio Muddy Gurdy, créé par la chanteuse et guitariste Tia Gouttebel et le batteur/percussionniste/compositeur/producteur Marc “Marco” Glomeau en compagnie du « vielleux » Gilles Chabenat, est désormais reconnu en France comme à l’Étranger pour son talent et l’originalité de son concept. Trois albums ont été enregistrés par le trio. Après le décès le 14 avril 2023 de Marc Glomeau (qui avait aussi fondé Black Chantilly, un des groupes phares du jazz afro-cubain), Fabrice Bony l’a remplacé aux percussions, participant ainsi au dernier opus pensé en amont par Marco et Tia et enregistré en Louisiane. « No Border », florilège de vingt-et-un titres provenant des trois albums précédents auxquels est ajouté un inédit de leur précédent groupe Hypnotic Wheels, est un objet luxueux en format double vinyle 33t qu’on ne peut s’empêcher de laisser tourner en boucle sur la platine, tellement l’atmosphère est envoûtante. On y retrouve ce qui fait l’âme du groupe, ces ponts entre différentes cultures, associant la vielle à roue et la culture auvergnate au blues du Mississippi ou encore aux musiques de Louisiane. Aux quatre protagonistes du groupe, Tia Gouttebel (chants, guitare, compositions, arrangements, chœurs), Gilles Chabenat (vielle à roue), Marc Glomeau (percussions, chœurs), Fabrice Bony (percussions, chœurs), s’associent au fil des faces Cedric Burnside, Pat Thomas, Cameron Kimbrough, Sharde Thomas, Guillaume Vargoz, Maxence Latrémolière, Ruben Moreno, The Broussard Sisters, Jeffery Broussard, ou encore Big Chief Juan Pardo. Lorsque l’on demande à Tia ce qui a motivé le choix des vingt-deux morceaux, elle répond : « J’ai choisi en essayant d’avoir un panel vraiment représentatif de tout notre travail avec les invités et des titres en trio qui me semblaient phares, des compositions et arrangements de reprises que le public apprécie quand nous les jouons en concert ». La musique de Muddy Gurdy a quelque chose d’intemporel. Les images de voyages, les souvenirs et les rencontres marquées du sceau de l’amitié, du talent et du partage, émaillent ce double album absolument magique.Marcel Bénédit


The Blueskid Combo

Gaston’s Blues

Blue Track Records BTR04

Marseillais de naissance, vivant dans le sud-ouest, âgé de 18 ans, Enzo Cappadona a un grand-père formidable qui eut la bonne idée de lui offrir une guitare. Il a alors 7 ans et apprend vite et bien. Grâce à son professeur de guitare il découvre le Blues. Instrumentiste remarquable, il développe un jeu personnel. Son talent et sa maturité sont tels qu’il participe à de nombreuses jams et joue avec Sandra Hall, Awek, Kai Strauss. En 2019 il est candidat à l’émission The Voice, puis il accompagne Lucky Peterson. Enzo Cappadona mêle avec bonheur et naturel Blues, Soul, Funk et Rock. Il est aussi un excellent chanteur ce qui lui permet d’être le leader de la formation The Blueskid Combo, formée du bassiste Laurent Basso, du batteur Léo Jimenez et du claviériste Benoît Ribière. Ainsi débarque ce CD intitulé « Gaston’s Blues » en hommage à son précieux grand-père, le tout enregistré et mixé par Arnaud Fradin, leader de Malted Milk. Dix compositions originales d’Enzo Cappadona, Pascal Delmas et Neal Black qui est aussi coproducteur, plus des reprises de Smooth Sailing de Lucky Peterson et Gipsy Woman de Muddy Waters joué à la guitare par Arnaud Fradin, illustrent les diverse grandes qualités vocales et instrumentales de ce jeune homme. Celui-ci est en voie de rejoindre la nouvelle vague contemporaine du Blues : D.K. Harrell, Sean Mc Donald, Harrell ‘Rell’ Davenport, … – Gilbert Guyonnet


The Freaky Buds

Western Smoke

Freak Land Records / Inouie Distribution

Fins connaisseurs de Blues, mais aussi de garage rock et psychédélique, les Freaky Buds, venus de Nantes, en ont tiré un cocktail qui aujourd’hui, leur assure, dans notre pays et au-delà, une notoriété croissante et des concerts réguliers. Après « Hard Days, Fuzzy Nights » en 2021, leur second album « Western Smoke » explose d’un bout à l’autre d’une formidable énergie et d’une verve à toute épreuve, comme dans The Freeloader ou Nothing to Lose, traversés de percutants riffs d’harmonica. Difficile quand même de détacher tel ou tel titre d’un ensemble à la production énergique et qui vous saute à la figure. Un beau voyage et une belle expérience aussi : les onze titres ont été enregistrés dans les Greaseland Studios de Kid Andersen à San Jose, Californie. Les Freaky Buds semblent avoir beaucoup retenu de l’atmosphère prenante qui se dégageait de l’orchestre de Muddy Waters vers la fin des années soixante. Sans en rajouter. Juste en y apportant leur ressenti contemporain. She’s Nineteen Years Old est enregistrée avec Alabama Mike pour un bonus de coquinerie. – Dominique Lagarde 


Les Todalos

Future & Death

No Jug Records / JUG 156

Troisième volume de l’encyclopédie musicale initiée il y a quelque temps par les protagonistes des Tolados qui revisitent – sans trop y toucher mais leur apportant un petit quelque chose de personnel – le blues old school de bluesmen plus ou moins obscurs. Les Todalos sont un groupe sérieux qui ne se prennent pas au sérieux mais pour qui l’amour de ces vieilles traditions musicales du sud des states imprègnent entièrement leurs reprises. Les prises de sons se sont améliorés au fil du temps, le groupe s’est peaufiné sur les scènes internationales d’un quartier de Paris et de donner du coffre (puisqu’ils sont cinq dorénavant) à des titres humblement joués à l’origine sur une guitare à quelque chose de ventru. Louis Collins de John Hurt par exemple s’enrichit très agréablement de la caresse d’un fouet sur une peau de fût et donne une nouvelle ampleur foutrement sympathique. Le Preachin’ the blues de Son House s’enrichit d’une basse et d’un jeu subtil à la batterie qui n’aurait rien à prouver dans un juke un samedi soir. Mississippi Boweavil Blues de Patton est devenu presque hypnotique, graduel et festif. Leur façon d’arrondir les angles en ajoutant des instruments là ou à l’origine ils n’existaient pas, donne une envergure et une dynamique à un passé qui tire un trait d’union avec le présent. Voire le futur. Au point de se demander parfois qui à repris l’autre…. non, j’déconne ! Mais une chose est certaine, écouter cet album (plus que les deux précédents) donne une envie folle de réécouter les originaux. Et si à travers ce disque vous découvrez ce panel de musiciens tous aussi doués les uns que les autres, alors ces gais lurons auront réussi leur pari. Meilleur album pour moi de cette trilogie actuelle. Et peut-être qu’un jour, ces troubadours contemporains nous donneront à goûter quelques originaux ? Va savoir… – Patrick Derrien


Geraud Laurentin

Don’t Look Up !

No label (autoproduction) – www.geraudlaurentin.band

Il y a quelques mois, Geraud Laurentin m’envoyait gentiment son CD auto-produit « Don’t Look Up ». Je l’avais trouvé si bon que lorsque j’appris que le Geraud Laurentin Blues Band tournerait en septembre et accompagnerait l’excellent Franck Goldwasser, je fis le nécessaire pour que ces artistes vinssent à Montpellier. Ce fut le 27 septembre dernier. J’ai apprécié le grand talent de guitariste de Geraud Larentin, sa gentillesse et son humilité. Geraud Laurentin s’initie à la guitare en 1984. Il devient très vite un excellent instrumentiste et est alors considéré comme l’un des meilleurs guitaristes de la scène blues parisienne. Il croise alors les routes d’Albert Collins, Bob Margolin, Eddie King, Luther et Bernard Allison, Franck Goldwasser… Dans les années 2000, il se reconvertit et devint ébéniste. Le virus du Blues reprit le dessus et, en 2021, Geraud Laurentin reprit le chemin de la musique et, bien sûr, du Blues. Il a donc sorti sa guitare du placard, formé un trio avec deux superbes musiciens : l’organiste Pierre Fabre et le batteur Andy Martin. Ce retour bienvenu à la musique a débouché sur ce CD, « Don’t Look Up », qui nous donne à écouter un blues sans l’esbrouffe qui pollue d’innombrables productions contemporaines. Du Blues qui touche le cœur, l’âme et les tripes de tout auditeur. Fluide et incisif est le jeu de guitare de Geraud Laurentin tout au long des dix titres sélectionnés avec un goût fin, sûr et éclectique : de l’instrumental éponyme du disque composé par Geraud lui-même à Jimmy Reed en passant par Bernard Allison, Carey et Lurrie Bell, Freddie King, Lonnie Smith et Jimmy McGriff (la touche jazz pour ces deux derniers). Pour peaufiner ce superbe travail, la crème du blues français actuel s’est jointe à l’enregistrement : le guitariste Stan Noubard Pacha, l’harmoniciste Cadijo, le contre-bassiste Mig Toquereau et le violoniste Benoît Chambille selon les titres. Procurez-vous ce disque et précipitez-vous si Geraud Laurentin et son remarquable Blues Band se produisent près de chez vous. – Gilbert Guyonnet


Wynonie Harris

Rocks

Bear Family BCD 17746 – www.bear-family.fr

Je me rappelle avec émotion la découverte du 25 cm Vogue L.D.082 de Wynonie Harris dans la discothèque paternelle à la fin des années 1960. L’adolescent que j’étais eut alors un coup de foudre pour les huit chansons diaboliques du disque. Je ne découvris que bien des années plus tard la faute d’orthographe sur la pochette : Bloods Hot Eyes au lieu de Bloodshot Eyes. Je me rappelle aussi mon bonheur quand j’acquis « Mr. Blues Is Coming To Town » (Route 66 KIXn°3) en 1977, « Oh Babe ! » (Route 66 KIXn°20) en 1982 et « Playful Baby » (Route 66 KIXn°80) en 1986. Je me souviens avec nostalgie de la firme de disques suédoise Route 66. Depuis, il y eut bien sûr d’autres compilations de l’œuvre du blues shouter Wynonie Harris. Dans sa remarquable série “Rocks ”, la firme allemande Bear Family offre une sélection de trente chansons gravées par Wynonie Harris pour King Records entre le 23 décembre 1947 et le 15 avril 1957. Le ‘boss’ de King-Federal, l’avisé Syd Nathan, signa avec Wynonie Harris en 1947. Aux environs de Noël 1947, celui-ci gagna le studio King sis à Cincinnati, Ohio. Accompagné par les magnifiques saxophonistes ténor Tom Archia et Hal Singer, le grand trompettiste ‘Hot Lips’ Page et l’impeccable contre-bassiste Carl ‘Flat Top’ Wilson, Wynonie Harris interprète les magnifiques Blowin’ To California, la chanson de Roy Brown Good Rockin’ Tonight, et Lollipop Mama, les premiers grands succès du chanteur. Jusqu’en 1954, il est un très gros vendeur de disques. Le producteur de chez King, Henry Glover, fait enregistrer à sa vedette de nombreuses chansons. Quelques exemples : le tube country de Hank Penny Bloodshot Eyes, Mr. Blues Is Coming To Town, All She Wants To Do Is Rock, Good Morning Judge, Adam Come and Get Your Rib, Bad News Baby (There’ ll Be No Rockin’ Tonight, Quiet Whiskey, Git To Gittin’ Baby (qu’Albert Collins reprit sous le titre Get To Gettin’ sur l’album Alligator de 1983 « Don’t Loose Your Cool »). De véritables perles ! Les accompagnateurs sélectionnés sont tous des pointures. Citons en plus de ceux que j’ai signalés plus haut : les contre-bassistes Gene Ramey et George Duvivier ; le futur batteur du Modern Jazz Quartet Connie Kay ; les pianistes Milt Buckner, Sonny Thompson, Todd Rhodes et Sir Charles Thompson ; les saxophonistes Big John Greer, Buddy Tate, Rufus Gore et Red Prysock ; les guitaristes Mickey Baker et Kenny Burrell. Hélas, les ventes de disques s’effondrent à partir de 1954. Plus une chanson n’est classée dans les charts. Le chanteur ne peut pas prendre le wagon du Rock & Roll dont il est un des principaux inspirateurs. King se sépare d’une de ses vedettes. Après une tentative de collaboration avec Atlantic vite avortée, Wynonie Harris retrouva une dernière fois King Records, à New York en 1957. Seule That’s Me Right Now a été retenue. Comme toujours chez Bear Family, le son est parfait. En outre, un livret de vingt-trois pages rédigé par Bill Dahl vous révèlera tout ce que vous auriez voulu savoir sur Wynonie Harris. Enfin, une sérieuse discographie due à Nico Feuerbach complète ce très sérieux travail. Indispensable ! – Gilbert Guyonnet


The Coasters

The Jasmine  EP Collection

Jasmine records JASMCD 1248 www.jasmine-records.co.uk

Les Coasters furent au Rock’n’roll  ce que Tex Avery fut au dessin animé : une réjouissante folie ! Groupe vocal de R’n’B qui débuta à l’aube des 50’s sous le nom des Robins dont on peut rechercher les excellents enregistrements, ils eurent la chance de rencontrer deux jeunes compositeurs blancs (Jerry Leiber et Mike Stoller) très au courant du langage des ghettos et passionnés de musique noire. La rencontre fut explosive et idéale, produisant quelques-uns des grands classiques du rock : Along came Jones, Charlie Brown, Poison ivy, Yakety yak, Run Red run et le fameux  That is Rock’n’roll qui pourrait être l’hymne de la musique que nous aimons. Toutes ces petites saynètes pleines d’humour et mettant en piste des personnages types de la société américaine de l’époque sont interprétées avec talent par des vocalistes de grande classe comme Billy Guy, Cornell Gunter, Carl Gardner, Will Jones ou Adolph Jacobs suivant les plages. Il y a là 31 titres représentant le crème de leur production de 1954 à 1961. Ils sont accompagnés par de fantastiques musiciens de studio dont l’incontournable King Curtis, Barney Kessel, Panama Francis, Milt Hinton et l’étonnant guitariste George Barnes, entre autres ! C’est une pièce maîtresse de l’histoire de notre musique à emporter sur la fameuse ile déserte. Les Coasters sont immortels et la preuve est là ! – Marin Poumérol


The Five Royales

The “5” Royales Story
Think ! Part 2 – 1957-1962

 Jasmine Records JASMCD 3320 – www.jasmine-records.co.uk

Décidément, les plus grands groupes vocaux de l’histoire se donnent rendez-vous ici, après les Coasters voici les 5 Royales ! C’est le chapitre 2 de leur carrière, le premier chapitre est à retrouver sur le CD  Jasmine 3313 « Baby don’t do it » regroupant leurs faces de 1951 à 1956 toutes aussi excellentes et mettant en valeur leurs racines gospel depuis leurs débuts sous le nom des Royal Sons Quintet sur le label Apollo. Mais en 1954 ils signent chez King Records où ils vont graver la majeure partie de leur répertoire jusqu’en 1960 avant de passer chez Home of the Blues, puis Federal, Vee-Jay et ABC en 1962. Ce CD regroupe le meilleur de cette deuxième phase et c’est un festival de R’n’B haute qualité (ou de rock’n’roll si vous voulez). Les 5 Royales avaient la chance d’avoir un formidable chanteur de basse et guitariste – compositeur très en avance sur son temps : Lowman Pauling ; écoutez ses solos dans Think, chef-d’œuvre absolu qui fut repris par James Brown en 1960 et aussi en 1973 et dans Tell the truth repris par Ray Charles puis Otis Redding. Steve Cropper et Eric Clapton déclaraient avoir été largement influencés par Mister Pauling. Mais les chefs-d’œuvre sont nombreux dans ce disque : Dedicated to the one I love, qui fut un tube pour les Shirelles, The real thing, Don’t let it be in vain, Solid rock, on pourrait les citer tous et leur auteur est toujours L. Pauling. Mais les autres Royales sont aussi talentueux, dont le chanteur leader Johnny Tanner, précurseur de la Soul, son frère Eugene Tanner et le pianiste Royal Abbit et Obadiah Carter. Toute discothèque sérieuse se doit d’avoir ces enregistrements historiques : les deux CD Jasmine sont parfaits et indispensables. Pour ceux qui voudraient tout avoir, il existe un coffret de six CD comprenant 174 titres (l’intégrale) – History of Soul Records (Soul 025). – Marin Poumérol


Nina Simone

Singular Simone
The chronological 45s 1959-1962

Jasmine JASMCD2865 – www.jasmine-records.co.uk

Il y a mille et une manières de rééditer les disques de Nina Simone. Jasmine a choisi d’adopter celle du chassé-croisé, que se sont livré dans une période de trois ans deux maisons de disques, Bethlehem et Colpix, autour de la publication de 45 tours de l’artiste en devenir. Angle singulier, il est vrai et tombé jusque-là aux oubliettes, hormis pour les discographes de l’artiste. Remontons le temps. Fin des années cinquante, Nina enregistre son premier album pour Bethlehem. Il contient le fameux My baby just cares for me, qui ne deviendra pourtant un succès mondial qu’en 1985. Malgré sa qualité et son esthétisme, le 33 tours ne fait pas de vague et Nina Simone signe au printemps 1959 avec Colpix, division de Columbia Pictures. Des titres comme Chilly winds don’t blow, The other woman, porteurs d’une identité nouvelle de la voix féminine dans la musique, font parler d’eux. Piqué au vif, Bethlehem ira jusqu’à répondre 45 tours pour 45 tours aux publications de Colpix. Mais côté Bethlehem, le stock est maigre. La quasi totalité de l’unique album est découpée en singles. Alors le temps joue en faveur de Colpix, qui sortira neuf albums de Nina. Et la musique dans tout ça ? Superbe, quand elle n’est pas essentielle ! – Dominique Lagarde


The Rays  

Complete Recordings 1955-1962  

Jasmine Records JASMCD 1230 – www.jasmine-records.co.uk

The Rays ! Encore un de ces innombrables groupes de doo-wop qui fleurissaient à l’époque ! Ils n’ont pas laissé un souvenir impérissable, mais un tube en 1957 : Silhouettes qui se vendit à plus d’un million d’exemplaires. Ils venaient de Brooklyn et étaient dirigés par un puissant chanteur lead Harold  “Hal” Miller, qui avait acquis beaucoup d’expérience avec les Four Toppers. En 1955 ils signent chez Chess pour qui ils gravent quelques bons vieux rocks : Tippety Top ou Moo-goo-Gai-Pan, puis vont passer chez XYZ ou le succès va leur sourire avec ce fameux Silhouettes. Ce CD reprend l’intégrale de leurs 45 tours parus sur plusieurs labels : XYZ , Perry et Cameo ; des rock’n’roll bien ficelés comme Daddy cool, Elevator operator, ou It’s a crying shame. Leur répertoire comprend des ballades et des reprises, mais rien de bien original, sauf peut-être une version du clair de lune de Debussy sous le titre de Magic moon. Silhouettes fut repris avec succès par Herman’s Hermit en 1965 puis par les Four Seasons et Mitch Ryder. Tout ceci nous donne un CD sympathique et dansant sans être indispensable. – Marin Poumérol


The Johnny Otis Blues Caravan

The Duke/Peacock Sessions
Part Two, Pledging My Love, 1954-1957

Jasmine Records JASMCD3324 – www.jasmine-records.co.uk

Voici le compagnon du CD « The Johnny Otis Blues Caravan, The Duke/Peacock Sessions Part One, Hound Dog 1952-1957 » (JASMCD3316). Johnny Otis, d’origine grecque, s’appelait Iannis Alexandres Veliotes. Il grandit dans un quartier à majorité noire de Berkeley, Californie. Encore enfant il décida de vivre comme les afro américains et donc d’épouser leur musique. C’est ainsi que Johnny Otis, batteur, vibraphoniste, chanteur, chef d’orchestre, producteur, découvreur de talents (Little Esther Phillips, Etta James, Big Mama Thornton, Johnny Ace, …) et impresario, devint une figure considérable du Rhythm & Blues donc une influence essentielle du Rock & Roll. Grâce à ses multiples talents, il collabora avec de nombreuses firmes de disques. Aussi n’est-il pas surprenant de le trouver donnant un coup de main à l’avisé Don Robey, le patron de Duke et Peacock. En tant que leader et chanteur, Johnny Otis ne grava que quatre disques pour Peacock. Ce second volume nous donne à écouter les trois derniers disques de 1954 et 1955. Au sein de sa formation, deux formidables musiciens : la pianiste Devonia Williams et le guitariste et harmoniciste Pete Lewis ; le résultat : six excellents titres. Les vingt-six chansons produites par Johnny Otis et son orchestre sont par ordre chronologique. Lovey (Luvenia ou Lavenia ou Levenia ?) Lewis ouvre le bal avec la belle ballade Take A Chance With Me, unique face disponible de son seul 78 Tours Peacock. Dans les années soixante, elle enregistra quelques 45 Tours de Soul maintenant fort recherchés par les collectionneurs. En 1970 elle épousa le guitariste Cal Green et abandonna la musique. Des six chansons de la star Johnny Ace enregistrées peu avant sa mort au City Auditorium de Houston, la nuit de Noël 1954, la meilleure est la célèbre Pledging My Love, tube posthume du chanteur. The Sultans était un bon quintet de Doo Wop avec comme chanteur ténor Wesley Devereaux le fils de Wynonie Harris. Des deux disques, je retiens les  faces rapides, Good Thing Baby et Baby Don’t Put Me Down, les deux ballades sont trop mielleuses à mon goût. Quand il rejoignit, en 1951, la Johnny Otis Rhythm & Blues Caravan le chanteur Junior Ryder n’avait que 14 ans. Malgré les qualités de son chant que je découvre grâce à son second et ultime disque Duke, il ne devint pas une star du Rhythm & Blues. Superbes sont les deux faces de Joe ‘Mr. Google Eyes’ August, Lead Us On et Oh Ho Doodle Lu. Tout comme I’m Gonna Latch On et The Shape I’m In de la chanteuse texane Marie Adams, née Ollie Marie Givens. In Memory (A Tribute To Johnny Ace), hommage de celle-ci au regretté Johnny Ace rencontra un grand succès. Mais il est maintenant difficile d’écouter une chanson aussi larmoyante et grandiloquente. En 1957 Johnny Otis produisit la dernière séance Peacock de Big Mama Thornton. Just Like A Dog (Barking Up The Wrong Tree) et My Man Called Me, deux chansons très moyennes qui furent un échec commercial, provoquèrent l’éclipse, qui dura quelques années, de Big Mama Thornton abandonnée par Don Robey. Malgré les quelques bémols soulignés par votre serviteur, cette compilation est très recommandée. – Gilbert Guyonnet     


Shirley Bassey

As I Love You
The Complete Shirley Bassey 1956-1962    

Frémeaux & Associés FA 5907 (Coffret 5 CD) – www.fremeaux.com

Magnifique objet ! 5 CD et 108 titres qui retracent une partie importante de sa carrière. Shirley Bassey, avec cent quarante millions de disques vendus, est une icône de la chanson en Grande Bretagne. Née au Pays de Galles, elle est reconnue dans le monde entier pour sa voix et son talent. Lorsqu’elle chante le blues dans son album « Born to sing the blues » avec des classiques comme Beale street blues, Basin street blues ou Careless love, on est loin du vrai blues, mais on plaît au grand public. Dans « The fabulous Shirley Bassey », le répertoire dit tout : A foggy day in London, April in Paris. Voici donc un coffret de grande qualité mais qui s’adresse plus au grand public qu’à l’amateur de blues chevronné. Une biographie est parue en 2008 intitulée :  « Diamond Diva » et en 1999 Shirley Bassey fut élevée au rang de Dame de l’ordre de l’Empire britannique par la reine d’Angleterre. Une riche carrière, sans aucun doute ! – Marin Poumérol


Mother Blues with Gerald McClendon

Sleeping While The River Run

Sleeping Dog Records SDRCD 10003

« Sleeping While The River Runs » est une superbe réédition qui réunit la formation Mother Blues et le chanteur Gerald McClendon, alias “The Soulkeeper”, pour un album solide et sincère, à la croisée du Blues, de la Soul et du R&B. Les titres, enregistrés en 2004 et 2005, retrouvent ici tout leur éclat grâce à un son soigné et une interprétation d’une rare intensité. La voix chaude et expressive de McClendon s’appuie sur une équipe de musiciens chevronnés de Chicago : Steve Bramer à la guitare et à l’écriture, Gordon Patriarcha à la basse, Jim Barkley et Gikas Marks à la batterie, Hurtin’ Burt à l’harmonica, sans oublier le chœur composé de Carole Baskin, Lara Jenkins et LaShann McNicholas. Sur ses dix-sept titres et près d’une heure de musique, l’album alterne entre moments d’émotion comme Pass You By ou Leaves Tremble on the Trees, et titres plus rythmés tels que Common Ground ou Glory Train, sans oublier deux instrumentaux : Me & Ian et Where’s the Fire, qui mettent en valeur la cohésion et le savoir-faire du groupe. Enregistré sous la houlette de l’expérimenté Jerry Soto, ce disque offre un éclairage nouveau sur le talent de McClendon, chanteur d’une intensité rare, trop souvent resté dans l’ombre. Le remettre aujourd’hui en avant est une excellente initiative : une redécouverte précieuse, chaleureuse et hautement recommandée. – Jean-Luc Vabres


Della Reese    

Don’t You Know ?
The RCA singles 1959-1962  

Jasmine Records JASMCD 1254 – www.jasmine-records.co.uk

Née en 1931 à Detroit et décédée en 2017, Della Reese débute en chantant avec le groupe de gospel The Meditation Singers en 1953 ou elle côtoie la grande Ernestine Rundless (voir CD Ace/Specialty 465). Elle est ensuite recrutée par l’orchestre de Erskine Hawkins et enregistre chez Jubilee Records (15 singles et 6LPs) puis finit par être remarquée par RCA et leur duo de producteurs Hugo et Luigi dont on peut discuter les mérites (voir le travail qu’ils ont effectué avec Sam Cooke). Son premier single, Don’t You know ?, devient un énorme succès et elle va enregistrer toute une série de classiques de la musique populaire : The lady is a tramp, Come home Bill Bailey, The touch of your lips, que l’on retrouve dans ce CD. Della a une fort belle voix, très masculine par moments, mais son répertoire n’a pas grand-chose à offrir aux amoureux de la musique afro-américaine que nous sommes, sauf peut-être deux titres où elle est soutenue par les Meditation Singers : Ninety nine won’t do et You don’t know how blessed you are. Grande artiste, sûrement ; mais style, accompagnements et répertoire grand public. – Marin Poumérol


Ray Charles on records
Discographie complète de Ray Charles
A critical guide to Ray Charles’ released music

Joël Dufour

Frémeaux & Associés – www.fremeaux.com

En 1959, Joël Dufour a été foudroyé par le 45 tours de Ray Charles avec What’d I Say, Blackjack et Heartbreaker. Une dizaine d’années plus tard je subis le même sort avec le 45 tours Greenbacks, Come Back Baby et Black Coffee déniché dans la discothèque de mon père et écouté sur le Teppaz de la salle de séjour. Je ne suis, depuis, qu’un simple grand amateur de la musique de Ray Charles quand Joël Dufour est devenu le plus grand spécialiste mondial de l’artiste. Son expertise de l’œuvre monumentale du Genius est universellement reconnue. « Ray Charles on records – discographie complète de Ray Charles » que publie Frémeaux & Associés est une espèce de précipité final dans lequel se résout, s’exprime, se synthétise et se cristallise un long processus d’écoute passionnée de toute la musique de Ray Charles, quel que soit le support : 78 tours, 45 tours, LPs vinyle, CDs, cassettes VHS, DVDs, apparitions radio, télévision et cinéma. De nombreux articles dans Soul Bag et la production de divers coffrets CDs chez Frémeaux & Associés ont été la propédeutique de Joel Dufour. Après une préface de l’éditeur Patrick Frémeaux, l’auteur résume la vie et l’oeuvre de Ray Charles dans le chapitre intitulé « Repères biographiques ». Puis il décortique, analyse et critique une cinquantaine de disques, vidéos et cassettes VHS avant de livrer la discographie et la vidéographie les plus complètes jamais réalisées (mais probablement pas définitive !) de cet artiste majeur de la musique afro-américaine. Indispensable est ce livre ! Cette véritable bible n’est pas uniquement réservée aux lecteurs et lectrices francophones. En effet, l’édition est bilingue français-anglais, donc accessible aux innombrables amateurs de Ray Charles de notre planète. – Gilbert Guyonnet


 

Caraïbes/États-Unis
Du Calypso au Ska

Bruno Blum

Frémeaux & Associés/Musée du Quai Branly Jacques Chirac (2025) www.fremeaux.com

Au même titre que les musiques (pourtant évidentes !) des Indiens d’Amérique influencent une partie du blues, les Caraïbes ont elles aussi largement possédées les musiques Afro-Américaines. A l’instar de la musique Hawaïenne qui prendra une importance notable dans les compositions des musiciens noirs dès la fin du 19ème siècle. On pense à Son House qui citait souvent cette influence et on revoit cette image d’un Blind Lemon Jefferson avec sa guitare sur les genoux, dans le style d’un Kekuku (Joseph Kekuku, 1874-1932) dont la paternité de la steel guitar est aujourd’hui reconnue (Charles DeLano, « Musique hawaïenne à Los Angeles »). Nombreuses sont les influences qui ont enrichi cette musique et pourtant, durant fort longtemps, peu de spécialistes parlaient de ces ascendances qui nourriront les deux plus grands piliers musicaux que sont le Jazz et le Blues. L’esclavage, ce crime contre l’humanité, qui mit à nu des dizaines de millions d’Africains (mais pas que !) ne leur enlevèrent pas leurs identités culturelles. Ils leur fallait avoir une sorte de résilience aussi bien cachée qu’elle fut, pour pouvoir rester « vivants ». Bruno Blum, journaliste, écrivain, dessinateur, producteur (notamment les remix dub des deux albums reggae de Gainsbourg), chanteur… met en  perspective dans ce nouveau livre les essences multi-raciales qui inspireront quasiment toutes les musiques « modernes » du siècle dernier. Soul, Funk, Blues … ne sont donc pas nés du hasard, mais bien d’une interaction commune, de prises d’intérêts musicaux, d’échanges entres cultures. Les exemples sont particulièrement nombreux et s’il ne devait y en avoir qu’un, je prendrais celui de La Nouvelle-Orléans qui fut jadis le carrefour migratoire de bien des cultures différentes qui eurent un impact sur les individus et les sociétés artistiques comme jamais. Située dans le delta du Mississippi, entourée de marais et de lacs qui l’isolent du grand continent et érigée sur de la boue, elle a été l’escale portuaire qui donnait accès à la multiplicité culturelle des Antilles. Ce mélange cosmopolite qui comprenait des Amérindiens, des Africains, des Européens et la créolité vaudou n’était pas en reste pour faire danser les âmes de Congo Square. L’altérité qui émanait de cette ville fut à l’origine d’un style de jazz (New Orleans Jazz) qui émerge dès le début du XXe siècle avant de prendre ses distances en migrant à Chicago (en 1917, la fermeture du quartier des plaisirs de La Nouvelle-Orléans marque un tournant. Les musiciens de jazz sont contraints de migrer vers des villes comme Chicago et New York, contribuant ainsi à la  popularité grandissante du jazz), puis de doucement s’éclipser face au middle jazz. Louis Armstrong et K. Ory lui redonneront souffle en réaction au Be-Bop en couches et d’un autre courant musical, le Dixieland. Et que dire du Funk ? De ceux qui répandront ce vacillement musical qui ne tient pas en place comme Professeur Longhair, Docteur John, Allen Toussaint, The Meters, Clifton Chenier ou les Neville Brothers… « Caraïbes / États-Unis, du Calypso au Ska » y répond dans toutes ses largeurs et ses profondeurs. Ce livre, préfacé par Christine Taubira avec des mots percutants, fait suite à l’ouvrage « Les Musiques des Caraïbes, du vaudou au calypso » (co-édition du Castor Astral et de Frémeaux & Associés) du même auteur et donne au lecteur un nombre de pistes musicales à suivre tout au long de sa lecture, sources principalement tirées des éditions de Frémeaux & Associés. Mais n’oublions pas que ces échanges n’allaient pas que dans un sens, que tous se nourrissaient de l’assiette pleine. Et si Bruno Blum, à travers ce travail fouillé, peut permettre au plus grand nombre de s’apercevoir des réminiscences musicales dans les styles de musiques qu’ils affectionnent, alors il aura tout bon. Un livre qui servira de référence. – Patrick Derrien


If You Can Kill It I Can Cook It

Swamp Dogg

Pioneer Works Press

Jerry Williams Jr., plus connu sous le nom de Swamp Dogg, est un auteur-compositeur, chanteur, pianiste et producteur. Sa carrière débuta en 1954. Il avait 12 ans. Il est un original iconoclaste et incontrôlable. Les paroles de ses chansons sont souvent anti-commerciales, les pochettes de ses disques souvent douteuses et laides. Tel un bouffon de cours il dit ses quatre vérités au monde en plaisantant pour mieux faire passer ses messages. Il illustre avec grand talent l’adage « Rire pour ne pas pleurer ». Mais Swamp Dogg a une autre corde à son arc : il aime cuisiner, activité qu’il semble pratiquer pour ses amis et proches depuis une éternité. À ceux-ci, il annonça en 1972 son intention d’écrire « le meilleur livre de cuisine jamais publié » (…), « le livre qu’Hemingway aurait aimé écrire, qu’Agatha Christie ne put écrire, … et qu’Alex Haley ne put écrire parce qu’il n’avait pas assez de ‘soul’ pour le rédiger ». Plus de cinquante ans après avoir émis l’idée de ce livre, le rêve de Swamp Dogg s’est enfin réalisé. « If You Can Kill It I Can Cook It » est disponible chez tout bon libraire américain. « The Musical Cookbook » aurait pu en être le titre. En effet, chaque recette illustrée de photographies du chef de cuisine, de sa famille et de ses amis musiciens, a été baptisée du nom d’un proche ou d’un des musiciens que Swamp Dogg a rencontrés. En outre, pour chacun de ces artistes ou proches, Swamp Dogg a rédigé une historiette, une anecdote, de petits détails inconnus de nous, des souvenirs de ses rencontres avec ceux-ci. En voulant préparer les Larry Williams Potato Balls, vous découvrirez que Larry Williams utilisait du Champagne comme liquide de refroidissement de sa Rolls Royce. Vous dégusterez en riant le Joe Turner Beans Boogie Woogie Country Girl, les Baked Beans Bo Diddley, les Meatloaf Little Milton, les Fettucini Jerry Lee Lewis, le Wynonie Drunken Sweet’n Sour Chicken Harris qui nécessite beaucoup de vodka ; qui sera surpris ? Tout n’est pas comique. Vous découvrirez un fascinant et émouvant témoignage, page 184, que Swamp Dogg rend à sa tante adorée Libby (Libby’s Grated Sweet Potato Pudding). Le provocateur Swamp Dogg avait demandé à son éditeur de vendre le livre au prix de $399,95. Ce que ne fait pas l’éditeur, bien sûr. Le prix est très raisonnable : un peu plus de 40€. J’avoue n’avoir pas réalisé la moindre recette de Swamp Dogg. Que l’on cuisine ou pas, ce livre sera le bienvenu dans votre bibliothèque. – Gilbert Guyonnet   


 

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