Octobre rouge à New Orleans
• Du 17 au 19 octobre 2025, le NOLA Funk Festival réunissait un plateau d’un niveau exceptionnel. Récit de moments inoubliables dans la Cité du Croissant et d’un festival dans tous ses états…
Dans ce monde troublé, où que vous alliez, vous tomberez régulièrement sur un prototype imparable… Celui du « So Frenchy ». Ce modèle français vous expliquera la vie, les us et coutumes locales et la manière dont il faut continuer le combat… Par cette dernière phraséologie, il entendra toute action négative lui permettant de déverser sa bile pour mieux éviter le moment de bien être ou de béatitude. L’idée développée par le « thuriféraire » néo-orléanais local était ainsi de boycotter le funk-festival de New Orleans pour d’obscures raisons de mésententes personnelles, de récurrence programmatique et, plus vraisemblablement, d’entrées gratuites non attribuées…

Disons le sans ambages, on aurait eu tort de suivre le perfide conseil… Le Miss River Revival et sa flopée de musiciens réunis pour l’occasion valait à lui seul le déplacement. La section de cuivres du Dirty Dozen Brass Band croisant le fer avec d’anciens membres du groupe tel le guitariste Jake Eckert et le tromboniste Big Sam réconcilierait avec la vie le plus déprimé d’entre les dépressifs.

Les Mardi Gras Indians Juan Pardo et Eric Gordon étaient judicieusement poussés sur scène par le tuba de Kirk Joseph, la patte du jeune River Eckert sur ses claviers, la guitare de Luther Dickinson soulignée par la terrible batterie de Stanton Moore… Il aurait été été dommage d’être ailleurs ! On pardonnera à la sirène du bateau à aubes proximal de ne pas être à l’unisson de la musique de Georges Porter.

Retrouver l’ancien bassiste des Meters dans une aussi bonne forme octogénaire est un miracle local suffisamment puissant pour s’affranchir des sons parasites. Un cierge à St Augustine pour cette prescription de funk tout aussi drue avec son propre orchestre des Runnin’ Partners qu’avec les Funky Meters 2.0 ou avec l’opportune recréation de l’album des Wild Tchoupitoulas de 1976. Le regroupement familial des Neville induit par un Cyril aux qualités vocales intactes réchauffe indéniablement le cœur en transcendant le souvenir des vertes années.

Coincé entre le casino et le ponton du ferry, confronté au croissant du Mississippi adjacent, on écouterait jusqu’à plus soif tous les réels efforts de programmation de ces trois jours festivaliers. Fred Wesley, présent sur le show de l’imparable chanteuse Erica Fall, délivrera ainsi un puissant hommage à James Brown avec la complicité du Dumptaphunk Tony Hall. Une occasion parmi d’autres pour saluer la qualité du travail de deux enfants Neville : Ivan (fils d’Aaron) et Ian (fils d’Art) qui sont à même de transcender à tout moment les susnommés Dumpstaphunk.

L’hommage original à Sly Stone en est l’exemple patent et l’on se surprendra régulièrement à superposer l’image ancienne d’Art derrière ses claviers des Meters et des Neville avec celle bien vivante et sacrément remuante de son neveu Ivan qui semble avoir pris sous sa protection le jeune pianiste River Eckert. James Booker et Dr John revivent sous les doigts de l’adolescent d’une façon toute naturelle. Pas de copie servile ici. Le délié est tout aussi propice au groove que pendant le show de Jon Cleary ou lors de la rencontre de la fanfare des Soul Rebels avec le rapeur légendaire Master P.

Les Tribal Gold de Big Chief Juan Pardo ou les Rumble menés par les fils de Monk Boudreaux et de Sunpie Barnes portent beau l’héritage des Mardi Gras Indians en le réactualisant avec force. On finira par ce moment de grâce initié par les Galactic de Stanton Moore accompagnant quatre chanteuses : le groupe ultime du funk néo-orléanais, désormais propriétaire du légendaire club du Tipitina’s, possède indéniablement la bonne carburation pour porter les voix de Maggie Koerner, Jelly Joseph, Erica Fall et de la grande Irma Thomas. La voix intemporelle de cette dernière semble à même de flotter jusqu’aux tramways de Canal Street. Time is on my side… Only in New Orleans…, as usual !
Par Stéphane Colin
Remerciements à Monique Pyle et à tout le staff du NOLA Funk Fest (www.nolafunkfest.com)