Entre Blues et Zydeco
• Wayne ‘Blue’ Burns a remporté un Grammy Award pour sa contribution à l’album « I’m Here » de Clifton Chenier paru en 1983. Il a commencé à jouer le blues à la guitare puis au trombone, puis est passé à la basse zydeco, avant de revenir à la guitare blues. Il a joué avec de nombreux groupes, dont les plus importants sont ceux de Clifton Chenier, Nathan & The Zydeco Cha Chas, Fernest Arceneaux, Lil Buck & The Topcats, Lynn August & C.J. Chenier… Rencontre.
L’apprentissage
Je suis né en 1947, près de Lafayette en Louisiane, dans la petite ville de Jeanerette, à environ 48 kilomètres de Lafayette. À l’âge de 8 ans, j’ai reçu de ma mère ma première guitare. Elle me l’a achetée parce qu’auparavant j’avais fabriqué ma propre guitare à partir de boîtes en bois et des chambres à air pour fabriquer les cordes en les étirant. La guitare qu’elle m’avait acheté coûtait 12 dollars chez Staggs Music à New Iberia. J’ai alors pu jouer sur une vraie guitare, comme mon musicien préféré de l’époque, Jay Nelson, qui avait un big band.

C’est Gary Alexander, un musicien local, qui m’a appris à jouer. En troisième, j’ai rejoint l’orchestre de l’école pour apprendre le trombone après avoir observé un groupe appelé les Delcambre Rivieras et avoir été fasciné par le tromboniste. J’apprenais à jouer ce que le professeur m’avait appris, mais j’expérimentais et j’inventais des choses de mon propre chef. Le professeur me demandait comment je savais ces choses, ce à quoi je répondais que ça me venait tout seul. À cette époque, je participais également à de spectacles de talents locaux.
La rencontre avec Jay Nelson et Lonesome Sundown
Un soir, l’orchestre de l’école a joué lors d’un match de football local et, à un moment donné, moi et le batteur avons joué un morceau ensemble et c’est ainsi que Jay Nelson me remarqua. Nous nous sommes rencontrés quelques jours plus tard et il m’a proposé de rejoindre son groupe au trombone, ce que je fis de façon intermittente pendant quelques années. Le groupe comptait également Margo White au chant. Je suis allé voir Lonesome Sundown en concert à Opelousas et je lui ai demandé si je pouvais jouer du trombone. Impressionné, Sundown m’a proposé de rejoindre son groupe.

Zydeco : débuts avec Lil’ Buck
En 1965, avec Jay Nelson, j’ai été victime d’un grave accident de la route, près de Morgan City. 85 % de mes os étaient brisés. Heureusement, j’étais jeune et la guérison fut rapide, mais j’ai dû rester à l’hôpital pendant trois mois et il a fallu réapprendre à marcher. On m’annonça que je devrais vivre toute ma vie avec la douleur due à mes blessures. Ma sœur m’encouragea à sortir de la maison avec des béquilles et à m’entraîner à marcher, elle me suggéra d’aller au Alfred’s Club. Un jour, j’entendis de la musique et je suis entré. C’était Lil Buck & The Top Cats qui jouaient. Environ un mois plus tard, alors que ne marchais plus qu’avec une seule béquille, je me rendis au Alfred’s Club pour écouter Little Buck et je lui ai demandé si je pouvais jouer avec le groupe. Little Buck fut impressionné par ma musique et me proposa un poste au sein du groupe. Nous accompagnions de nombreux artistes, dont Percy Sledge et Barbara Lynn. Little Buck & The Top Cats n’ont sorti que deux 45 tours. J’ai joué du trombone sur Cat’s Back (NDLR : La Louisianne LL-8079) et sur Monkey In The Sack (NDLR : La Louisianne LL-8133), tandis que Buckwheat jouait de l’orgue. Ces deux singles étaient signés Little Buck & The Top Cats. Stanley Dural Jr. alias Buckwheat Zydeco faisait partie du groupe avec moi.

Buckwheat Zydeco
Buckwheat quitta Little Buck pour former Buckwheat & The Hitchhikers et je les rejoignis, également au trombone. Little Buck a rejoint Clifton Chenier et Buckwheat & The Hitchhikers, un groupe soul/funk qui a joué en première partie de nombreux artistes funk et soul jusqu’à ce que Buckwheat dissolve le groupe pour rejoindre Little Buck Sinegal dans le groupe de Clifton Chenier. Leur dernier concert a eu lieu à Houston avec Joe Simon. Buckwheat m’a alors conseillé d’apprendre à jouer de la basse zydeco, ce que j’ai fait.

Fernest Arceneaux
Sans groupe, j’ai finalement rejoint Fernest Arceneaux comme bassiste et non comme tromboniste. Pour info, je suis marié à la sœur de Little Buck Sinegal… J’ai effectué deux tournées européennes avec Fernest et j’ai même joué avec le bluesman louisianais Henry Gray en Europe. Le groupe a enregistré un album en Allemagne en 1979, « Live + Well » (NDLR : Ornament Records CH7.114), réédité en 2000 sous le titre « Rockin’ Pneumonia » (NDLR : Chrisly Records-30009). Sur cet album, Fernest jouait de l’accordéon, moi j’étais à la basse, le grand Chester Chevalier à la guitare et le tout aussi excellent Clarence “Jockey” Etinne à la batterie.

Clifton Chenier
Lors d’un concert au club Dipsy Doodle de Beaux Bridge, Clifton Chenier est venu me parler pendant la pause etm’a dit qu’il aimait comme j’avais joué. Un jour, j’étais au Blue Angel Club de Lafayette lorsque le chauffeur de Clifton est arrivé et m’a demandé si j’avais mon matériel avec moi car j’allais devoir jouer le soir même et sans répétition ! Heureusement, le concert s’est bien passé. C’est ainsi que j’ai rejoint le groupe de Clifton et j’y suis resté jusqu’à la mort de ce dernier.

Les années C.J. Chenier
C.J. Chenier, le fils de Clifton, a alors pris la relève. Lorsque j’étais au sein du groupe, j’ai régulièrement tourné en Louisiane, au Texas et en Californie et, bien sûr, ailleurs aux États-Unis. Lorsque je jouais avec Clifton, nous nous sommes souvent produits chez Antone’s à Austin et Stevie Ray Vaughan a demandé à plusieurs reprises de nous rejoindre et d’ improviser avec nous. J’ai remporté un Grammy Award en jouant de la basse sur l’album « I’m Here » de Clifton Chenier paru en 1983 (NDLR : Alligator Records – ALCD 4729).

Alors que Clifton tombait gravement malade, vers la fin de sa vie, et se retrouvait en fauteuil roulant, lors d’un de ses derniers concerts chez Antone’s à Austin, Texas, il m’annonça qu’il transmettait le groupe à son fils C.J. et me demanda si je pouvais rester avec lui pour l’aider. je suis donc resté avec C.J. pendant une dizaine d’années, jouant de la basse. Nous avons fait des tournées mondiales ensemble, jusqu’en Allemagne de l’Est juste après la chute du mur de Berlin, devenant ainsi le premier groupe à se produire ainsi après la chute du mur. J’ai enregistré trois albums avec C.J. : « My Baby Don’t Wear No Shoes » en 1988 (NDLR : Arhoolie ARHCD 1098), « Hot Rod » en 1990 (NDLR : Slash 2-26263) et « I Ain’t No Playboy » en 1992 (NDLR : Slash 2-26788).

Lynn August
Après dix ans passés avec C.J., j’ai quitté le groupe pour rejoindre celui de Lynn August pendant environ deux ans. Nous avons effectué une tournée d’environ six semaines en Afrique, sponsorisée par l’État. J’ai vécu de nouvelles expériences en Afrique, j’ai apprécié jouer à Nairobi, en Ouganda, mais aussi à l’île Maurice, à Madagascar et dans plusieurs autres pays africains. J’ai été choqué par la pauvreté et le mode de vie précaire de certaines populations locales. Le groupe semblait constamment en tournée.

Nathan & The Zydeco Cha Chas
Deux ans plus tard, j’ai quitté le groupe et ai rejoint Nathan & The Cha Chas pendant environ quatre ans, pendant lesquels le groupe était constamment en tournée à travers le pays. J’ai enregistré deux albums avec eux : « I’m a Zydeco Hog : Live at the Rock ‘N’ Bowl, New Orleans » en 1997 (NDLR : Rounder Select ROUCD 2143) et « Let’s Go » en 2000 (NDLR : Rounder Select/Rounder ROUCD 2159). Les voyages incessants, certaines scènes horribles, les accidents de la route et le fait de vivre avec les valises en permanence m’ont finalement poussé à quitter le groupe pour une vie plus facile, où je pourrais être plus souvent chez moi. J’ai néanmoins passé de bons moments en tournée à jouer avec les groupes avec lesquels j’ai travaillé.

La guitare blues : retour aux sources
Un jour, un vieil ami, Dwayne Delcour, est passé chez moi. Il m’a a dit qu’il avait acheté une nouvelle Fender Telecaster avec un étui et il m’a demandé si je la voulais. J’ai accepté. Mais plus tard, après le départ de mon ami, je me suis demandé pourquoi il avait fait ce geste. Malgré tout, je me suis empressé d’aller chez un prêteur sur gages du coin et je me suis procuré un amplificateur d’occasion.

C’était l’occasion de me remettre à la guitare. J’ai rapidement formé un petit trio pour retrouver ma passion première, le Blues, sous le nom de Wayne ‘Blue’ Burns Trio, jouant dans diverses salles de Lafayette et, plus récemment, au Whiskey and Vine. L’un des membres de mon trio est Larry Jolivette, bassiste et fils de King Karl, qui a tourné en Europe avec Sherman Robertson au début des années 1990. Si vous passez à Lafayette, vous pourrez probablement m’apercevoir en train de jouer au Whiskey & Vine !
Par Dave Thomas.
Propos recueillis le 4 novembre 2024 au Whiskey & Vine Cocktail Lounge, Lafayette, Louisiane.
Traduction et adaptation : Jean-Claude Morlot