Trudy Lynn

Trudy Lynn, 50th Chicago Blues Festival Tour, La Coop de Mai, Clermont-Ferrand (France), 26 novembre 2019. Photo © Yann Cabello

First Lady of Blues in Houston

• Trudy Lynn fait une apparition remarquée parmi les duos du nouvel album de l’harmoniciste Steve Krase avec lequel elle collabore depuis six ans. Pour ABS Magazine, c’est l’occasion de mettre en lumière cette talentueuse artiste de Houston, Texas, à la carrière déjà longue et bien remplie. Nous avions retrouvé avec grand plaisir – pour sa troisième visite sur nos terres – la “First Lady of Blues in Houston”, vedette de la cinquantième tournée du Chicago Blues Festival, lors de sa venue à Clermont-Ferrand le 26 novembre 2019. Année qui fut faste pour Trudy, puisqu’elle fut nominée pour deux prestigieuses récompenses aux États-Unis : le Living Legend Blues Award de la Houston Blues Society et le Willie Mitchell Artist Award de la Jus’ Blues Music Foundation. C’est avec sa gentillesse habituelle que la pétulante Trudy Lynn avait accepté de répondre à nos questions.

Trudy, si l’on vous dis que vous êtes une « Texas blues woman », est-ce que ça vous convient ?

Oui, je suis née à Houston et j’y réside toujours. C’est là que j’ai débuté avec des orchestres locaux comme celui de Clarence Green et ses Rhythmaires. Clarence était guitariste et chanteur et frère du légendaire Cal Green, lui-même guitariste de Hank Ballard. J’ai également pu chanter avec Albert Collins à mes tout débuts. Le Texas a toujours été une terre de blues avec des géants comme Lightnin’ Hopkins, T. Bone Walker, Freddie King, Johnny Copeland et des femmes comme Big Mama Thornton que j’admire particulièrement. J’ai toujours été influencée par les grandes chanteuses de Rhythm’n’Blues : Ruth Brown, Big Maybelle et les soulwomen comme Aretha, Esther Phillips ou Ann Peebles que j’ai écoutées durant toute ma jeunesse.

Trudy Lynn, 50th Chicago Blues Festival Tour, La Coop de Mai, Clermont-Ferrand, 26 novembre 2019. Photo © Yann Cabello

Vous avez débuté sur disque chez Ichiban dans les années 80 ?

« Oui, j’ai enregistré en tout dix-sept albums à mon actif, dont cinq chez Ichiban à partir de 1988, plus un « live » ? Ces disque m’ont permis de toucher un large public car ils comportaient un mélange de Blues et de Soul avec une touche de paroles sexy comme dans Fish Girl Blues ou Bring The Beef Home To Me. Ces disques se sont bien vendus et j’ai ainsi pu me produire régulièrement dans tout le Sud : Texas, Louisiane, Alabama, Arkansas. Puis j’ai fait un album pour Ruf Records en 1999 accompagnée par Lucky Peterson et Bernard Allison entre autres qui a été marquant dans ma carrière, « U Don’t know What Time It Is ».

Trudy Lynn, photo promotionnelle, DR (collection ABS Magazine).

J’ai aussi tourné en Europe plusieurs fois, dont la tournée 1991 du Chicago blues festival et celle de 2004 durant laquelle j’ai gravé un album en France pour Isabel Records, « Trudy’s Blues Live », un excellent souvenir, et me revoici en 2019 pour la tournée anniversaire des 50 ans, quel honneur. J’aime beaucoup venir en France !

Trudy Lynn, 50th Chicago Blues Festival Tour, La Coop de Mai, Clermont-Ferrand, 2004. Photo © Marcel Bénédit

Vous avez ensuite débuté un nouvel épisode sur un nouveau label : Connor Ray Music ?

Mon directeur musical, harmoniciste et chef d’orchestre Steve Krase, m’a engagée sur son label Connor Ray Music, et ça a tout de suite bien fonctionné. Le premier album – « I’m Still Here » – en 2006 avec l’orchestre de Calvin Owens, a été nominé pour un Blues Award et le second – « Royal Oaks Cafe Blues » – en 2013, a atteint le numéro 1 dans les Top Blues Awards charts en septembre 2014. Puis le dernier album – « Blues Keep Knockin’ » – sorti en 2018, a remporté le Willie Mitchell Lifetime Artist Award cette année. Ça fait quand même pas mal de récompenses et de reconnaissances de la part des milieux musicaux. J’ai récemment enregistré mon dernier album, une série de chants de Noël, toujours sous la houlette de Steve Krase, avec son groupe, toujours pour Connor Ray. Mais je pense qu’ils sortiront aussi sur une compilation avec d’autres artistes. Je suis aussi sur un projet d’enregistrements avec Kenny Neal.

Trudy Lynn, 50th Chicago Blues Festival Tour, La Coop de Mai, Clermont-Ferrand, 26 novembre 2019. Photo © Yann Cabello

Sur un de vos albums, vous avez enregistré deux titres d’Otis Redding : My Lover’s Prayer et Pain In My Heart qui sont particulièrement réussis. Pourquoi pas un album entier en hommage à Otis ?

Oui, sur l’album « I’ll Run Your Heart Away » (NDLR : Ichiban 1158 de 1993). J’adore Otis et j’aimerais bien faire ça. Il faut que j’en parle à Steve Krase ; c’est une excellente idée ! Il y a pleins de morceaux d’Otis qui me plaisent et que la nouvelle génération serait sans doute heureuse de découvrir, bien qu’ils n’aient peut-être jamais entendu Otis Redding.

Chantez-vous du gospel de temps en temps ?

J’ai chanté dans ma jeunesse dans la chorale de mon église et, lorsque j’en ai l’occasion, je le fais avec plaisir. J’ai d’ailleurs gravé Holy Night et Go Tell It On The Mountain pour la compilation dont je vous parlais tout à l’heure…

Trudy Lynn, 50th Chicago Blues Festival Tour, La Coop de Mai, Clermont-Ferrand, 26 novembre 2019. Photo © Yann Cabello

À Houston aujourd’hui, y a t-il toujours des blues clubs qui attirent du monde ?

Oui, il y en a quelques-uns , dont le Big Easy qui marche bien. Ce n’est plus tout à fait la grande époque, mais il y a toujours un public qui se renouvelle pour cette musique et, si vous leur donnez le maximum, ils gens viennent… Le blues est bien vivant à Houston !


Par Marin Poumérol
Remerciements à Guillaume Tricard (Jazz Me Blue Concerts), Didier Veillault, Hervé Defontis et toute l’équipe de la Coopérative de Mai à Clermont-Ferrand, ainsi qu’à notre ami photographe Yann Cabello (www.yanncabello.com)