Muddy Gurdy invite Ruben Moreno

Ruben Moreno et Tia Gouttebel (Muddy Gurdy), MNOP, juillet 2025. Photo © MNOP

Une semaine à MNOP avec le jeune prodige du zydeco

• Avec Ruben, c’est une histoire de rencontre. Nous nous étions retrouvés sur le même festival du Nord de la France, le Bay Car festival… Lors de son set régnait une ambiance de fête ; Ruben et son groupe éprouvaient un réel plaisir à faire découvrir leur musique, dans un esprit si communicatif qu’ensuite nous nous étions tous retrouvés pour finir la soirée ensemble, comme si nous nous étions toujours connus…

Depuis ce jour, nous sommes restés en contact et, enfin, en 2022, je lui ai proposé de participer à l’enregistrement de notre nouvel album en Louisiane. Il a tout de suite dit oui en me remerciant d’avoir pensé à lui. Ce qui pour nous était une évidence.

Ruben Moreno. Photo © MNOP

Sur « Seven » (Buda Musique), enregistré à l’automne 2023, figurent deux titres avec Ruben Moreno. C’est à ce moment-là qu’il me fait part de son envie de revenir jouer en Europe, me demandant de l’aider à reconnecter avec des gens, des festivals et également faire des concerts ensemble.

De gauche à droite : (de dos) Gilles Chabenat à la vielle à roue, Pierre Bianchi (ingénieur du son de Muddy Gurdy), Ruben Moreno (accordéon), Fabrice Bony (percussions) et Tia Gouttebel (guitare), Louisiane, 2023. Photo © Muddy Gurdy

C’est Stéphane Colin (MNOP) qui a insufflé ce premier pas pour monter une tournée en nous proposant quatre concerts sur l’édition 2025 de son festival. Là, je savais, pour avoir joué plusieurs fois à MNOP, que nous allions passer de fabuleux moments ! C’est un festival de passionnés des musiques de La Nouvelle-Orléans et plus largement de Louisiane, avec des choix de programmation pointus et osés.

Ruben Moreno, MNOP 2025. Photo © Michel Barady

Ruben nous rejoint le 16 juillet à Clermont-Ferrand pour une répétition très courte, car il arrivait d’Angleterre où il jouait la veille. Dès le lendemain nous prenons la route pour notre premier concert sur le festival MNOP. L’idée était de jouer avec Ruben sur tous nos titres et de jouer ses chansons avec la « patte » Muddy Gurdy.

Évidemment, Ruben fut fasciné par les paysages que nous traversions, des volcans d’Auvergne aux plaines vallonnées, et le festival se déroule dans des lieux différents chaque soir. Le premier soir, nous faisions face à un magnifique château. Premier concert en quartet, dans une ambiance bucolique avec un marché de producteurs, où les gens dansaient joyeusement en écoutant ce mélange inédit de vielle à roue et d’accordéon diatonique et chromatique dans un registre blues, zydeco, et musiques traditionnelles du Centre France…

De gauche à droite : Tia Gouttebel, Gilles Chabenat et Ruben Moreno, Louisiane, 2023. Photo © Muddy Gurdy

Le deuxième soir, nous étions en duo avec Ruben, moi à la guitare, nous deux au chant. Un set presque totalement improvisé. Cette soirée était une « spéciale duo » durant laquelle nous avons pu revoir avec plaisir Big Chief Juan Pardo avec qui nous avions également enregistré un titre dans un club de Bywater (BJ’s Loung à La Nouvelle-Orléans). Il était accompagné de Jérôme Bossard aux percussions. Le troisième duo était Craig Klein (tromboniste de NO, il est un des musiciens résidents du plus vieux club de jazz de New Orleans, le célèbre Préservation Hall dans le French Quarter) accompagné d’un sousaphone français.

Ruben Moreno et Tia Gouttebel, MNOP, juillet 2025. Photo © Michel Barady

Trois duos franco-américains, il fallait oser programmer ces formules inédites sur ces esthétiques musicales ! Ce fut un très beau moment, chaleureux, avec beaucoup de complicité, dans un cadre intimiste se prêtant totalement à la teneur de la soirée.

Nous arrivons au « grand » soir et la belle scène du festival à Boulazac, montée sur un immense lieu consacré aux arts circassiens. Nous ouvrons la soirée devant un parterre plein, une ambiance très festive. Comme chaque soir, Ruben pousse la musique, ses improvisations, ses parties vocales, toujours plus loin. Il a un vrai sens de la scène ! Il a commencé à jouer en live des l’âge de dix ans, c’est vraiment son élément. C’est un musicien versatile qui sait s’adapter à différents registres musicaux. Il a su se mettre au service de la musique, en toute humilité, sur des chansons de Muddy Gurdy qui peuvent être des boogie bourrée, du gospel, du blues rural du Nord Mississippi. Finalement, il y a tellement de liens entre ces musiques… On joue des musiques d’ailleurs mais finalement ça reste des musiques populaires, de fonction (faire danser les voisins, la famille après une journée de boulot par exemple) et on se retrouve la-dessus…

Ruben Moreno, MNOP 2025. Photo © Michel Barady

Notre set évoluait au fil des concerts, nous rajoutions de nouveaux titres de Clifton Chenier notamment, Ruben prenait parfois spontanément le chant sur des titres de Muddy Gurdy, il a également joué du Washboard (prêté par le grand passionné de Zydeco Phil Sauret). Big Chief Juan Pardo nous rejoint sur scène pour le titre Morning Comes (Muddy Gurdy « Seven »), ce fut pour nous l’occasion de rejouer ce titre pour la première fois depuis l’enregistrement, un titre très funky New Orleans avec une rythmique (Fabrice Bony aux percussions) et un chant Black Indians, Gilles Chabenat à la vielle à roue jouant un riff très épuré et groovy, moi qui doublait ce riff puis passais sur des rythmiques très funky avec ma pédale wah wah. C’est un morceau qu’on adore jouer et quel plaisir nous éprouvions d’accompagner Juan avec sa manière si particulière de chanter et jouer du tambourin qui transporte directement votre cœur vers les second lines des Grands Boulevards de NO et les défilés/battle des Black Indians avec leurs costumes majestueux durant Mardi Gras !

Muddy Gurdy et Ruben Moreno sur la scène de Boulazac, MNOP, juillet 2025. Photo © MNOP

Après nous, sur la grande scène, ce fut un fabuleux mélange de musiciens français (cuivres, percussions) et américains (trombone : Craig Klein et trompette : Mark Braux), projet de Jérôme Bossard (percussions et chœurs) sur lequel Big Chief Juan Pardo était invité. Il fit son apparition dans son magnifique costume qu’il a confectionné lui-même (plumes, perles), très coloré. Nous étions nombreux à danser devant ce groupe, les bénévoles, les spectateurs, les techniciens parfois (merci notamment à Fabio Izquierdo des Flyin’ Saucers pour la régie et l’accueil technique sur chaque édition de MNOP !)  Superbe prestation ! Pour clôturer la soirée, la chanteuse Haïtienne Moonlight Benjamin était accompagnée de jeunes musiciens assez rock, pleins de fougue ! Elle arrive et sa présence est incroyable, elle commence sur un titre qui ramène forcément à Haïti, aux musiques transes, au vaudou, on est totalement envoûtés ! Ce fut tellement puissant émotionnellement pour moi que j’ai dû partir un moment en loge pour me poser… Cela a fait écho notamment à la magnifique exposition consacrée aux Zombies en Haïti qui avait eu lieu quelques mois plus tôt au musée du quai Branly. Ce fut un sacré pari de programmer un tel plateau avec des associations aussi inédites. Le public, très nombreux, éclectique, a eu droit en ce mois de juillet à une soirée exceptionnelle à MNOP !

De gauche à droite : Ruben Moreno, Stéphane Colin, Tia Gouttebel, MNOP, juillet 2025. Photo © MNOP

Mais cette soirée magique ne fut pas la dernière. Notre dernier soir sur le festival, déjà, eu lieu sur une scène où nous fûmes le seul groupe… De plus en plus complices avec Ruben, nous prenons le temps bien sûr de parler au public pour raconter nos histoires, nous invitons Kevin (bassiste irlandais qui joue avec Ruben et qui était du voyage) à nous rejoindre pour faire des chœurs sur quelques titres.

Après ces quatre jours, nous reprenons la route pour quelques dates et la chose qui nous trottait dans la tête à tous depuis le début de cette tournée c’était : refaire une tournée ensemble « sans plus attendre » et, pourquoi pas, enregistrer de nouveaux titres.

Ruben Moreno est un jeune homme d’origines mexicaine – natif (indien américain) – et africaine. Il a une vraie conscience de la transmission, de l’importance de ses racines, de son histoire. Ce n’est pas un simple musicien, il a une belle âme, il aime partager, rencontrer et découvrir. Nous avons prolongé les liens établis dans une réelle amitié et un vrai plaisir à jouer, voyager ensemble !


Par Tia Gouttebel (muddygurdy.com)
Un grand merci à Stephane Colin pour nous avoir permis de nous retrouver et présenter Ruben Moreno au public périgourdin. Nous remercions également tous les bénévoles et les équipes techniques et d’accueil de MNOP ! (www.mnop.fr)